Je n’ai rien écrit, j’étais épuisé et je le suis encore, mais suffisamment peu pour au moins l’écrire. Et le train n’avait, aujourd’hui, pas autant de retard qu’hier. Hier, c’était 2h40. Aujourd’hui, moins d’une heure.
Mais j’étais enroué, ce matin et j’ai toussé, toute la journée, jusqu’à l’heure présente. Pour me soigner, j’avais, contre toute attente, commandé un bol de nachos à la salsa piquante et un verre de Jack Daniel’s, vers 17h, avant d’aller attraper le train. Cela m’avait réchauffé.
Nous avions passé une journée studieuse, commençant par une réunion de préparation de notre périple coréen et se poursuivant par des accrochages des étudiantes de première année de master. Je crois qu’on ne doit plus dire master mais j’ai oublié comment il fallait dire. Il doit y avoir un courrier de P.-Y. A. portant sur cette question. Il y a un courrier de P.-Y.A. portant sur cette question. Ce n’est pas une supposition. J’irai relire ce courrier lorsque je serai moins épuisé.
Mais, aussi, j’aurai beaucoup à faire demain. Il faudra passer à la banque déposer un chèque, aller chercher une voiture de location, passer prendre les affaires de C., retourner chercher le pied de caméra de P., le déposer à L. chez E., revenir, déjeuner, faire des mails et des coups de fil, charger mes affaires dans la voiture, passer prendre les jeunes au lycée à 15h45, récupérer leurs affaires auprès des mamans respectives, puis tracer une route de sept heures au bas mot, jusqu’à C.
Je sens que je n’en ai pas fini avec l’épuisement.
Ces lits des studettes, non. Mal au dos, au crâne, au dos, au crâne. Mal partout. Et la douche, et la douche. Et la tête, et la tête. Mal aux couettes, mal aux couettes. Maaaaaaaal !
Bref. J’étais debout quelques minutes plus tôt que d’habitude et pourtant j’ai ensuite écouté la chronique de Jean Leymarie, consacrée au droit de vote des étrangers aux municipales, ce marronnier de cinquante ans. Et puis, à la Maison, la routine. Et, tout à coup, on ne sait pourquoi, les gens sont gentils, aimables, prévenants. Je me dis que c’est peut-être moi qui suis devenu plus sympathique ? Je ne sais pas.
Comme je n’ai pas d’argent pour payer, je fais écouter au personnel de la boulangerie le message téléphonique d’un client qui m’annonce la possibilité d’un gros chantier dans l’année. Cela les met en confiance et ils acceptent de me nourrir gratuitement. Ensuite je transfère ce message à ma banque, qui m’autorise immédiatement un découvert illimité. J’en profite pour commander une nouvelle voiture et un iPhone 17. Champagne.
J’avais envisagé de me mettre à mon compte à mi-temps comme chauffeur VTC pour passer cette période économiquement un peu sombre, mais, après m’être renseigné, je constate qu’il faut suivre une formation, faire un business plan, passer une visite médicale professionnelle et un examen. Je me dis que ça va prendre du temps et que ce n’est pas comme ça que je vais trouver en deux semaines les quinze mille euros qui me manquent pour finir le mois. Alors, pour l’instant, je me contente de faire écouter ce message téléphonique et, pour l’instant, ça semble fonctionner.
Alors, peut-être qu’il pleut sans cesse sur Brest, mais en tout cas, sur Nantes, ce n’est pas mieux. C’était une journée agréable au studio. On a enregistré des textes de J.M. et ensuite un rap de H.B., qui fait son service civique à l’école, en duo avec F.S. On a d’abord fait la prod avec un Drummer de Logic Pro et des boucles (une basse, un piano). Puis on a posé la voix de H.B. Je pourrais passer ma vie à faire des trucs comme ça. C’est trop beau de voir apparaître une forme, de jouer avec, de la voir prendre sens et vie. Donc, c’était une bonne journée.
La nuit avait été courte, parce que j’avais absolument tenu à terminer l’étude acoustique de H.K. avant de me coucher et que tout cela m’avait mené à deux heures du matin. J’ai de nouveau pu vérifier que le point froid de la nuit survenait vers 3h00 du matin. C’est un point froid mental. C’est un point froid relatif à la chaleur de sous la couette, me dis-je. Au vrai point froid, comme je suis réveillé et actif, je n’ai plus froid. Au point froid de 3h00 du matin, un chat mouillé vient chercher des câlins et mordiller la main qui le caresse. C’est ça, les chats. Quelque part, sans doute, git le cadavre d’une souris. Ou peut-être simplement le reste d’un intestin et d’un organe jugé non comestible.
Sinon M.G. dirigeait un workshop avec les étudiants de la situation image et tout se passait bien. Tout semblait s’être bien passé jusque là et tout semblait destiné à se passer bien jusqu’à la fin. Bonnes conversations. Échanges fructueux. Déjeuner léger et tôtif chez Dubble, avant le recording.
Rien à dire, donc, il pleut. Ça s’entend. Ça finit par se savoir. Je me suis fait virer du studio à l’instant et je suis en repos. Je vais regarder quelques épisodes de Game of Thrones, que je rattrape en ce moment.
Les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, me disais-je, mais elles ne sont pas non plus ce que nous croyons qu’elles sont. Difficile de savoir ce que sont les choses, alors ? Difficile, même, de savoir si les choses sont. Tout simplement.
Mais cela importe peu et, ce petit-déjeuner, c’était déjà celui de la semaine dernière. Il faut avancer. Avancer un pied dans l’inconnu. Passer de l’autre côté.
Parfois le monde semble se mouvoir lentement, tel une lourde masse de boue. Quand je dis le monde, c’est une façon de parler. C’est le monde comme mode de l’être, encore et toujours. Je ne vais pas pouvoir aller beaucoup plus loin. Une grand fatigue s’est abattue sur moi. Les affaires n’avancent pas vite et la rouille ne dort jamais.
Si je parle par énigme, c’est provisoire. Ou peut-être que non.
Ce matin, le chauffage fonctionnait de nouveau. Chilperic avait remplacé le gicleur et nettoyé le filtre. Cela faisait une différence, cette tiédeur de fond. Rex avait besoin d’un carton pour livrer sa construction de Mecano et nous avons dégoté un carton. Puis hop, dépôt au centre de loisirs et route de Nantes. Je suis à la recherche de Diesel Excellium. J’ai compris qu’il fallait à Olivier du diesel Excellium pour éviter d’encrasser encore un injecteur.
Fatigue ce matin. J’avais faim et j’ai mangé un hamburger au resto sur le boulevard. J’ai même pris un fondant au chocolat. Si, si. L’après-midi a été plus tonique. Exercice de montage avec les étudiants de la situation image. Nettoyage de fichiers et montage avec deux personnes en service civique, réflexions créatives avec une étudiante du programme international. C’était une bonne journée.
Ils sont formidables chez Leclerc, me dis-je. Pour un peu, ils vous donnerait gratuitement la voiture. L’idée c’est que ce sont les kilomètres que vous payez. À prix d’or. Mais si vous voulez juste une voiture pour la poser dans votre jardin, il y a moyen.
Tout le monde me dit qu’elle est belle, cette voiture. Une Peugeot 2008. Moi je trouve qu’elle ressemble à une grosse basket. Genre Nike. Genre Reebok. Et puis j’ai tellement peur qu’il lui arrive la moindre égratignure (vu la franchise éberluante).
J’ai donc passé le week end et les deux derniers jours à éviter de rouler, en regardant souvent cette voiture absurde rangée dans le garage au bout du jardin. Tout cela à cause d’une panne. l’injecteur, j’en ai maintenant la certitude, après avoir discuté avec le patron du garage de haute Goulaine. Et ça va coûter bonbon, je ne vous dis que ça. Plus de 700 euros. Moi qui me plaignais déjà d’être à la ruine.
Je suis beaucoup resté à la maison et ça tombe bien ,j’avais du travail. J’ai toujours du travail, bien sûr. Toujours beaucoup trop de travail. Trop pour une vie. Trop pour une personne. Je n’en viendrai pas à bout, de ce travail. Ça n’a jamais été mon projet, d’en venir à bout. Même si, parfois, on rêve. Et c’est très bien. Le travail n’est qu’un horizon d’attente. Un projet. La vie n’est rien d’autre que le projet de la vie.
Mais aussi, parfois, il faut renoncer à un travail parce qu’un autre travail ou bien le travail de quelqu’un d’autre dont nous dépendons, qui dépend de nous, en rend impossible l’exécution dans le temps et dans l’espace et cela va bien comme ça.
Tout est très bien. C’est la volonté de dieu, comme le rappelle Anouk, citant Spinoza, se moquant des superstitions. On rigole bien en mangeant notre joue de bœuf, qui avait mijoté tout l’après-midi, alors que je faisais des dessins dans Autocad et des rendus 3D dans Sketchup.
Allez, demain matin, je file chez Leclerc rentre cette voiture grotesque et je récupère Olivier, avec un nouvel injecteur, jeudi, si telle est la volonté de dieu. Et si telle n’est pas la volonté de dieu, je dois bien avouer que me voila dans la mouise.
Un bonheur n’arrive jamais seul. La situation était propice, il faut le dire, à un incident moteur sur la nationale en rentrant de Nantes hier. C’est toujours quand les finances sont au plus bas qu’il est bon de se souvenir que rien n’est éternel et moins que rien le moteur de votre voiture. Il ne faudrait pas croire que l’on va s’en tirer à bon compte.
Je suppose qu’il s’agit encore et toujours de l’injection et, après 15000 kilomètres de bons et loyaux services, il n’est pas extraordinaire qu’Olivier nécessite un petit entretien. Ainsi donc, c’est une panne et je dois faire une sortie intempestive, tous warnings dehors, du côté de Haute Goulaine, appeler l’assistance, qui n’a d’assistance que le nom et attendre l’arrivée pas absolument immédiate du dépanneur. On laisse la voiture sur le trottoir devant un garage, puis le dépanneur me dépose devant le Burger King du coin, d’où je rappelle l’assistance pour la suite des opérations. Ils ne peuvent pas me rapatrier, c’est trop loin, étant donnée ma franchise taxi (250 €) et il faut que je trouve un hôtel à moins de 60 € (montant de la franchise hébergement), ce que je trouve à Basse Goulaine. Un chauffeur VTC m’y conduit. Ce matin, je découvre que l’assistance ne couvre pas les frais de location d’un véhicule de remplacement et je vais en trouver un à vil prix du côté du Leclerc de Rezé.
Rentré à 12h30, le temps de me préparer un frichti et je m’apprête à me mettre à l’étude acoustique pour Abbas, qui court contre la montre. Donc, j’y vais de ce pas.
Ça ne va pas, mais pas, mais pas du tout. Je confonds les dates, je confonds les jours.
J’avais dit à mon bro, Pasglop, que je viendrai lundi, alors que c’était mardi que je devais venir. Et aussi, j’avais réservé un parking pour mercredi alors que c’était mardi que je devais laisser la voiture à la gare. J’avais donc raté mon bro et reçu une contravention.
Heureusement, Pasglop ne m’en tient pas rigueur et Effia s’est montré magnanime. J’avais écrit au service client que des tracas d’ordre financier produisaient un impact délétère sur mon mental, m’amenant à perdre le fil du temps et des jours, que j’étais un client régulier, pas du genre à resquiller, que d’ailleurs je n’annulais pas ma réservation alors que je n’allais pas m’en servir, évidemment, et que je les priais de m’accorder leur confiance, comptant sur leur bienveillante attention. Ils l’ont fait. C’est formidable. Il y a encore des humains quelque part derrière les algorithmes.
J’avais déjeuné dans un très bon restaurant de nouilles chinois, Bises Nouilles, au 4, rue Civiale, et puis j’étais allé à mon rendez vous aux studios Ferber, pour les traitements acoustiques d’une cabine de mixage. Ensuite, j’étais passé dans le marais mais, curieusement, presque toutes les galeries se sont transformées en boutiques de fringues.
J’avais envisagé d’aller au cinéma mais les films possibles se terminaient trop tard pour pouvoir sereinement rejoindre la gare dans les temps.
Pénélope ne sortait du lycée qu’à 18h . Trop tard, également, pour prendre un goûter, fut-il tardif, voire dinatoire.
J »étais donc allé travailler dans un café de la rue Montorgueil, jusque vers 18h50, puis j’étais parti attraper mon train de retour.
J’avais tenté le coup. Le coup de travailler à l’entraînement d’une IA en enregistrant des phrases. Des fragments d’histoires. Toutes plus débiles les unes que les autres, évidemment. Avec des indications émotionnelles stéréotypées. Bon, déjà, à faire c’est pénible. Mais alors, quand on reçoit ensuite les annotations des soi-disants « correcteurs » et qu’il faut tout refaire parce que ce n’était pas exactement la bonne émotion, ou alors pas exactement la bonne intonation, ou alors pas exactement la bonne intensité, ou alors pas exactement sur le bon mot, etc. Bref, je reçois ça et je me dis: « non, non, non ». Et je quitte. Et j’efface. Sans laisser de traces. Sans demander mon reste. Je ne réclame pas mon maigre dû qui doit s’élever à 15 €, une fois les corrections exécutées et validées. Je n’exécuterai pas ces stupides corrections et je me moque d’une hypothétique validation. Non, non, non, je préfère faire le ménage, c’est mieux payé et c’est plus agréable. Au moins on peut méditer et même réfléchir, en faisant le ménage.
Donc, à la place, musique. J’ai travaillé la question de la dynamique. Le placement et le volume de la batterie sont déterminants. Les arrêts sont déterminants. La durée des pauses est déterminante. J’ai essayé de conserver une dynamique située entre 12 et 18 dB, mais il en faut des silences…et de l’air.
J’avance très lentement au piano. Le synchronisme main gauche-main droite est une épreuve pour les nerfs. Je ne tiens pas plus d’une demi-heure sans sursaut. Il vaut mieux travailler plusieurs fois par petits fragments que longuement jusqu’à l’épuisement. Le progrès se fait dans l’inaction, entre deux entrainements.
J’entends un pic-vert dans un arbre du côté du château mais je ne suis pas encore parvenu à l’apercevoir.
Gymnastique, deux séries. C’est de moins en moins douloureux. Ensuite, il faudrait marcher, mais le temps manque.
Réservé une place sur le parking extérieur de la garde de Poitiers. Demain, un saut à Paris pour aller faire une mesure de réponse en fréquence dans un studio, déjeuner avec Pasglop et retour en fin de journée. Pas de nouvelles d’Abbas, j’ai peur que les carottes ne soient cuites.
À chaque fois que je traverse le jardin pour aller jeter une poubelle ou bien chercher un sac de pellets je me dis, quand même, quelle chance, c’est magnifique.
En prévision de la semaine à Courchevel fin février, j’ai achetés, en ligne, deux pneus « 4 saisons », sur le conseil de Don papa et je devrais être livré rapidement.
Je me suis dit que ça allait bien comme ça, les chichis. Qu’il fallait faire bref.
Donc, qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui ? J’ai déposé Rexy, suis rentré, ai fait les comptes. Terribles, les comptes. Désastreux, les comptes. J’ai écrit des mails et des mails à la banque, aux organismes de crédit, pour repousser les échéances, réduire la béance. J’ai travaillé à travailler (dans un travail), comme dirait B.B. (non, pas Brigitte Bardot).
Au bout des comptes, au moins les choses étaient dites. Ou plutôt écrites, noir sur blanc. J’ai oublié de dire qu’avant ça j’avais balayé, nettoyé et rangé le garage, comme ça, contre l’angoisse. Et cela avait eu un résultat certain. Cela avait dissipé toute angoisse. Je n’étais pas allé au marché, d’abord parce que je n’ai pas le début du commencement d’un kopeck, mais aussi, surtout, parce que j’attendais une livraison de pellets, qui est arrivée vers midi.
J’ai de la chance: on prévoyait de la pluie et puis rien ou presque rien. Les pellets sont au sec.
J’ai réchauffé du riz, avec des shiitakes et la sauce du poulet, dont j’ai mangé une cuisse froide. Deux tranches de pain grillé avec de la tomme de chèvre. Un verre d’Anjou rouge. Un yaourt grec avec de la crème de marrons et de la cacha. Ensuite, une petite sieste dans le canapé en écoutant de la musique.
Après avoir été plutôt déçu par le dernier Sleaford Mods., je réécoute une madeleine, Stiff Little Fingers, Inflammable Material,.
A la fin, je n’y tiens plus: je saute du canapé et je reprend Break Out à la guitare folk, jusqu’en avoir mal aux doigts.
Break out and leave this life behind Break out and see what I can find Might lose, I’m gonna try my luck Might win, don’t really give a fuck
Puis gymnastique, douche et je n’ai pas vraiment eu le temps de travailler le piano. Il me fallait être à cinq heures trente au centre de loisirs.
Ca n’a l’air de rien mais tous ces mails, ces coups de fil, toute cette guitare, tous ces pellets, toute cette angoisse, tout ce rangement, tout ce balayage, toute cette cuisine, tout ça prend un temps fou. Un temps fou.
Curieusement, je ne sais pourquoi, je ne dors jamais très bien dans ces studettes. En me levant, j’ai souvent mal au dos. Les cervicales sont raides. Il me faut un certain temps pour me remettre d’aplomb. Un certain temps pour que les articulations se réajustent. Pour que les yeux se replacent bien en face des trous.
En général, c’est-à-dire pratiquement toujours, le réveil sonne à 6h30. J’écoute les matins de France Culture avec Guillaume Erner, quand ce n’est pas la grève – ils sont souvent en grève – et je reste au lit jusque vers 7h55. A 7h55, c’est à dire lorsque j’estime qu’il est 7h55, je bondis hors du lit tel un tigre et je mets le lit en pièces. C’est à dire que j’arrache la couette à sa housse, l’oreiller à sa taie et matelas à son drap. J’envoie tout ça par-terre rageusement. Je plie les vêtements de la veille et prépare ceux du jours. Je range les câbles qui trainent et je bois le fond de la bouteille d’eau. Bientôt, Guillaume Erner va annoncer le journal de 8h, qui est, par exemple, celui de Margot Delpierre. A 7h30 c’était le journal de l’économie d’Anne-Laure Chouin et puis il y avait eu aussi la revue de presse internationale de Catherine Duthu, quelque part entre les deux…
L’idée est d’être sous la douche à 8h00 et d’être dehors autour de 8h10. Mais, ce matin, le lavabo était bouché et j’ai perdu du temps à essayer de le réparer, en vain. A chaque fois je rate le billet politique de Jean Leymarie. C’est à l’heure où je marche vers La Maison qu’il commence. La Maison, je rappelle, est ce lieu où je vais boire mon café allongé et prendre un petit déjeuner, composé soit d’un croissant et d’un pain au chocolat, comme ce matin, soit d’un croissant et d’un pain au raisin, soit d’un kanelboller et d’un pain au raisin, soit – c’est arrivé seulement une fois, mais c’était la meilleure – d’un croissant au jambon. Je ne sais pas pourquoi ils ne font pas plus souvent des croissants au jambon. Le matin, je préfère manger salé. Mais il est presque impossible de trouver un petit déjeuner salé autour de l’école. Moi, le matin, j’aimerais manger un congee, ou des œufs brouillés. Même un chili con carne serait le bienvenu. Ou des tacos aux haricots rouges avec de la crème fraîche et du cheddar. Ou ces crêpes fabuleuses que l’on vend dans les rues de Tianjin le matin, fourrées aux œufs et aux herbes, avec un beignet au centre et une sauce épicée. Les viennoiseries, ce n’est pas trop mon truc. Mais il n’existe pas d’autre possibilité, à ce qu’il semble.
Ce matin, dans la rue, alors que je me trouvais en pleine recomposition, je croise Virginie Desmonts, toute pimpante et j’ai du mal à échanger trois mots, parce que mes articulations ne sont pas encore en place et mes yeux pas tout à fait en face des trous.
J’aime quand il n’y a personne de ma connaissance à la Maison au moment où j’arrive pour prendre mon petit déjeuner. Cela me permet de manger mon croissant en paix, le regard perdu dans la contemplation des tasses artisanales, plutôt moches, qui sont vendues là, une fortune. La vacuité de ces tasses moches est un support de rêverie pas plus con qu’un autre; rêverie qui m’offre exactement le laps de temps nécessaire pour remettre en place mes articulations et recaler mes globes oculaires pile dans l’axe d’ouverture des orbites. Le personnel est plutôt désagréable. En tout cas avec moi, car je remarque que certains clients ont droit à un accueil plus chaleureux. Le mien est exécrable. Il n’y a qu’une boulangère qui soit sympathique et je m’arrange pour n’avoir affaire qu’à elle. Je ne sais pas pourquoi elle se montre plutôt gentille, c’est-à-dire tout simplement aimable, avec moi. Je pense que les autres ont oublié de lui expliquer qu’il fallait me traiter comme le dernier des chiens. Je suis persuadé qu’ils ont des instructions très précises dans ce sens. Pour une raison que j’ignore. J’ai toujours l’impression d’être coupable d’un crime quand je rentre dans cette boulangerie. Je me demande ce qu’ils me reprochent exactement. Il y en a une, en particulier, une grande blonde musculeuse et menaçante. J’ai clairement l’impression qu’elle me hait de tout son être. Je ne peux pas m’en expliquer la raison. Mais je ne l’aime pas non plus.
La matinée n’était pas épuisante. Un rendez-vous remis et donc du temps pour faire des mails, des réglages, des enregistrements et quelques échanges. L’après-midi, accrochages des étudiants de deuxième année de master. À la fin de l’après midi, on est fatigués mais contents des progrès. Avec Nicole Barnum on rempli les fiches pour Ganesh (c’est le nom du programme pédagogique) tandis qu’Eléonore souffre d’une crise d’urticaire.
Il me faut environ 45 minutes pour sortir de Nantes. Il pleut des hallebardes.