BAGNOLES

Je manque de charité envers les mouches, me dis-je. Elles vrombissent autour de l’écran et moi, je les maudis. Au lieu de m’émerveiller de leur bal volant, me dis-je. Je manque de poésie. Je manque de patience. Je manque de charité.

Au moins, cette fois, je ne les pulvérise pas à grands coups de tapette à mouche, comme je le faisais dans la cuisine encore tout à l’heure. On ne peut pas taper à la fois sur un clavier et sur des mouches. Il ne faut pas exagérer non plus.

Je viens juste à l’instant de jeter un œil aux dossiers des candidats que nous devons auditionner demain en visiconférence et qui souhaitent intégrer l’école de Nantes en deuxième année. Je suis impressionné par la qualité, la maturité, je dirais même l’autorité de certains candidats. Ça va être difficile de départager. Un jugement de Salomon, me dis-je. Je dis un peu n’importe quoi.

Sinon, du point de vue de la bagnole, ce fut une bonne journée: le dépanneur arriva de bonne heure. Olivier fut rappatrié à mon garage habituel chéri et adoré et, en fin d’après midi, j’eus le plaisir de recevoir un coup de fil de M. Avril (je crois que c’est son nom) m’annonçant que la voiture était prête. C’est formidable. J’irai rendre demain, à la première heure, la voiture de location et récupérer Olivier chez ce bon Monsieur Avril.

Comme partout, je le note pour mémoire, il a fait entre trente cinq et trente huit degré toute la journée. Je suis resté à l’ombre, à monter des sons. Le facteur est passé pour me déposer deux ampoules gigantesques, que j’avais commandées pour la salle de bains. Cela produit une lumière éclatante. Un peu trop éclatante, je trouve. Mais R. aime bien.

J’allais oublier de dire que R. a retrouvé mes clefs hier. Je les avais tout bonnement posées sur le dos du fauteuil crapaud du salon, occupé que j’étais à hurler sur S., qui ne faisait que des bêtises avec la porte vitrée du salon et toute cette sorte de choses. Bref, les clefs sont là, ouf.

OÙ SONT MES CLÉS ?

Alors, cette fois, c’est bon: le portail fonctionne. La charnière de rappel est fixée et fait son travail comme prévu. Un peu trop, en fait, puisqu’elle ne permet plus une ouverture complète du portillon. J’essaierai de trouver une charnière plus souple. J’ai aussi remplacé la chambre à air de la roue arrière de mon vélo et nous sommes allés nous balader avec S. à vélo hier, par une température caniculaire.

Allergie: alerte niveau rouge. La respiration s’avère difficile, malgré un anti histaminique pris préventivement vers 16h. Il faudra peut-être changer de molécule ? En tout cas, la petite promenade dans le parc animalier de Châtillon-sur-Thouet m’a été fatale. Et, je ne sais pas comment c’est possible, je n’arrive plus à retrouver mes clefs. C’est à dire mon jeu des clefs de la maison. Ce n’est pas très grave, j’utilise un double, mais c’est vexant.

En ce qui concerne Olivier, c’est la série noire: à peine étais-je aller la chercher au garage, où les deux derniers injecteurs avaient été changés, que je tombe en panne d’embrayage à l’entrée de Saint-Jouin-de-Marnes, alors que j’accompagnais S. au rugby vendredi en fin d’après-midi. Bien sûr, le garage est fermé pour le week-end, ce qui inclut le lundi de la Pentecôte et je loue de nouveau une voiture au Super U de Thouars. R. est passée nous prendre à Saint-Jouin et S. a pu attraper la fin de l’entraînement, après quoi nous sommes allés manger des crêpes au bord de l’eau au restaurant Trompe-souris, mais c’est infernal, pour moi, à cause de l’allergie.

Avec cette chaleur, je ne supporte pas d’être à l’extérieur passé dix heures du matin et avant onze heures du soir. Pour aller bien, il faudrait que je passe la journée au frais, dans l’obscurité. C’est ce que je ferai demain. La même température est prévue pour toute la semaine, c’est encourageant.

DÔME DE CHALEUR

C’est monté aujourd’hui. La température. 27 °C en fin d’après-midi. Les pierres chauffent doucement. À l’intérieur de la maison, il fait encore bien frais. L’inertie est importante. C’est comme en automne, mais à l’envers. Je laisse le chauffage la nuit, parce qu’il faut vider cette cuve de fioul avant de la démanteler et de remplacer la chaudière à fioul par une chaudière à pellets. C’est R. qui a déposé S. à l’école ce matin, pendant que je préparais les bandes sons, scène par scène de l’acte III de la pièce d’Aldéarde.

B. est arrivée vers 10h et on a monté du son jusque vers 16h, avec une petite pause déjeuner autour de 13h30. B. avait apporté une quiche, que l’on a mangée sous le tilleul, avec un reste de coleslaw. Après son départ, je passe faire trois courses, avec aussi un saut au magasin de bricolage, pour acheter une mèche à métal et des boulons, afin de fixer la charnière de rappel du portillon automatique. En rentrant, je m’y colle, mais les boulons sont trop courts. Il faudra que j’en prenne de plus longs demain. Cela dit, même comme ça, même avec cette fixation précaire, cela fonctionne. La porte se referme.

Avec Bubunne, on a regardé pour la dix-millième fois de la semaine Minecraft, le film, après qu’il eût monté son dernier set de Lego Minecraft. On se fait des plateaux repas de pâtes au pesto, puis c’est le calvaire de la prise des antibiotiques, qu’il faut couper en huit (ce matin, j’ai cassé un couteau) et c’est toute une histoire, qu’il faut parfois accompagner de suppliques et de hurlements. Heureusement, en principe, sauf rechute, cela prend fin samedi. Pour compenser l’effet destructeur sur le microbiote intestinal, Bubunne doit manger un yoghourt à chaque repas. Heureusement, il s’est découvert une passion pour les yaourts à la grecque. Tiens, j’ai utilisé coup sur coup – et sans préméditation consciente – les deux orthographes du mot.

Je lis dans le journal que l’annulation des ZFE est abrogée, ce qui revient à dire, ce me semble, que les ZFE sont de nouveau d’actualité. Cela introduit un nouveau facteur d’anxiété: vais-je devoir m’équiper d’un véhicule électrique ? Il faut que je creuse la question.

LA NUIT UN CRI

C’est lundi, hop, hop, c’est la nuit, hop, hop, dans mon lit, hop, hop, j’entends un cri. C’est Orson Welles à la radio. Orson Welles qui crie et rit comme un dément. Et puis c’est mardi, hop, hop, dans mon lit, hop, hop, encore des cris. Ce sont les gars qui dorment dans la rue au pied des studettes de l’école. Ce n’est pas Orson Welles, cette fois. Un cri, la nuit, c’est parfois Orson Welles mais pas toujours. Les gars ne crient pas comme des déments mais je pense qu’ils ont froid. Il faisait un peu froid encore, cette nuit. et puis ce week-end, c’est l’été, annonce la météo. Des trente et quelques.

C’était à Nantes, donc, mardi et aujourd’hui, mercredi, les concours d’entrée. Concours de circonstances. Montage concourant. J’y étais allé au flan, avec Olivier, malgré l’incident moteur. Et il n’était rien arrivé. Je ne dépassais pas les 2500 tours minutes. Je ne dépassais pas les 108 km/h. Je n’arrivais pas jusqu’au hoquet, jusqu’au défaut d’injection. Et j’avais pris rendez-vous déjà pour vendredi. On changerait les deux derniers injecteurs. Et ce serait la paix, du moins j’osais l’espérer.

Ce midi, à la Maison, c’était délicieux. J’avais été mauvaise langue au début. J’avais dit que cela manquait de saveur et puis j’avais découvert une saveur florale, puis une saveur résineuse et puis un ensemble, un bouquet, une construction savante. C’était formidable, en réalité. J’avais été mauvaise langue. J’avais fait mes compliments à la patronne. Peut-être que j’en avais fait trop ?

Et, sinon, j’avais regardé hier soir, dans ma cellule nantaise, avant les hurlements, bien avant les hurlements, le récent concert de Laurie Anderson, dans une église parisienne. C’était très beau, très réjouissant et cela m’avait de nouveau donné envie de faire du Taï Chi.

QUAND ON ARRIVE EN VILLE

Je l’avais pressenti. Je le savais. À chaque instant, je me disais: « le petit voyant rouge va s’allumer (incident moteur) » et on connaît la suite. Et ça n’a pas manqué.
Au bout de deux heures tranquilles sur l’autoroute, je ressens les premiers a-coups.
Ça sent l’injecteur qui décroche, je me dis.
Je coupe le son, je relâche la pédale. Bip-bip. Lumière rouge. Incident moteur.
C’était à prévoir, me suis-je dit. Il fallait s’y attendre. Jamais deux sans trois. Et il y en a quatre. Donc on va changer les deux derniers en rentrant et puis marre.
En attendant, on roule en-dessous de 90 km/h. La durée du trajet passe de 3h45 à 5h50. Mais ce n’est pas grave. On traverse de jolis petit coins.
On est tombés en panne dans le Perche. C’est beau le Perche. On poursuit tranquillement nos routes nationales et départementales. On traverse l’Essonne. On rentre dans Paris.

Là-dessus, ce matin, S. a le nez plus que pris et mouche vert fluo. Et les oreilles dolentes. On prend rendez-vous chez SOS médecins. On en profite pour passer chez King Jouet. Puis, au dispensaire, on est reçus très vite. Double otite, encore. Antibiotiques encore. On achète des yaourts. Et on va manger un pad thaï chez Basilic Thaï.

Je déteste Paris. Tout coûte si cher que c’en est paralysant. On ne trouve pas un produit correct dans les grandes surfaces et les commerces de qualité sont hors d’atteinte. On ne peut pas se garer. Je réserve un parking sur Yespark et, lorsqu’on arrive, la place est prise. Le simple fait d’avoir une voiture dans la rue coûte 5 euros par heure. Et, avec S. qui est malade, on ne peut rien faire. Il y a un vent de folie. Il pleut. Rien d’autre à faire que de rentrer et de se reposer en regardant un film à la télé.

Alors ce soir on dîne avec C. et T. et demain, à la première heure, hop, on rentre par les petites routes. Je ne sais pas quoi leur faire à manger. Je me sens sans force et sans volonté. J’ai juste envie de me coucher et de dormir, mais il faut quand même s’occuper de S., sinon il va passer son temps sur Minecraft en s’empiffrant de chocolats.

ASCENSION

Bon, alors déjà dire que j’ai bien travaillé.
On peut, on a le droit de le dire. Je veux dire, quand on a bien travaillé, bien sûr. Pas tout le temps et à tous les sujets.
Enfin, j’espère que j’ai bien travaillé. Est-ce que j’ai bien travaillé, au fait?
J’espère que le réalisateur et le mixeur seront contents. J’espère que la production sera contente. Que la télévision sera contente. Que les téléspectateurs seront contents.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours cette peur de m’être complètement planté, de n’avoir rien compris, de n’avoir rien fait de bon, d’avoir tout faux, d’être passé à côté.
Je me dis que ça y est, je vais recevoir un coup de fil désagréable, un mail déplaisant, un sms un peu sec, un message agacé. Je ne sais pas. Une lettre d’avocat, pourquoi pas ? Ça m’est déjà arrivé, une lettre d’avocat. C’était drôle d’ailleurs, j’aurais dû l’accrocher au mur.
On verra. Mais bon, donc j’ai tout de même enfin terminé le montage son de cette affreuse histoire de criminel nazi, en fuite au Chili. Cet horrible criminel nazi sadique, épouvantable, médiocre, roublard, maniaque, veule, haïssable, méprisable, qui a fini ses jours tranquillement dans ses pantoufles, après avoir encore fabriqué des camps d’exterminations pour Pinochet et trafiqué dans des colonies de vacances nazies style Salo ou les 120 jours de Sodome.
On ne sort pas indemne d’un truc comme ça. Ça vous donne des envies de… Je ne sais pas des envies de quoi, d’ailleurs. Des envies de ne pas être de cette humanité-là. Des bras qui vous en tombent. Des mâchoires qui vous en tombent. Des jambes qui vous en tombent. Tout qui tombe. Bon, il faut se redresser, se relever, reprendre de la hauteur. Alors, pour changer, j’ai réparé la chasse d’eau. Et j’en suis fier.

Alors, je ne sais pas si j’ai bien travaillé. L’avenir le dira, mais en tout cas, j’ai fini. Fini pour aujourd’hui, en tout cas. Ça c’est sûr, me dis-je. Je ne vais pas m’y remettre maintenant. Il est trop tard pour s’y remettre maintenant. Bien sûr, je me dis qu’avec encore une semaine de travail, ce serait encore mieux, mais on n’a pas encore une semaine. Alors, dans le temps donné, je crois que c’est déjà pas mal.

Je ne sais pas pourquoi, il me semblait que j’avais eu l’intention d’écrire quelque chose de particulier, mais je n’ai absolument rien de particulier à écrire pourtant, me dis-je. Simplement, comme l’idée qu’une idée m’avait effleuré. C’était l’ascension. Quelque chose montait. Quelque chose était tombé (les bras, la mâchoire, etc) et maintenant quelque chose montait. Quelque chose allait monter. C’est beau, cette ascension.

Je fais le décompte des douleurs. Ce ne sont que de petites douleurs, encore. La dent, c’est stationnaire. Du moment que je ne croque pas dessus et que je ne bois pas glacé, c’est imperceptible. Le torticolis, du côté droit, ça persiste. Ça ne s’arrange pas. Depuis deux ou trois jours. Il faudrait faire un peu de stretching, bien sûr. Mais la fatigue le matin, la migraine systématique, le manque de temps… Sans doute en partie à cause des anti-histaminiques, la fatigue, les maux de tête. Mais aussi, la dent. Alors il y a aussi le talon gauche, depuis deux ou trois semaines. Je pense que je me suis déchiré un ligament en faisant de la gym. Quand je me baisse, pour nouer mes lacets, par exemple, je sens que ça lance. J’attends que le corps se répare. Avec cette crainte qu’il ne veuille plus vraiment se réparer. Que ça lui prenne trop de temps. Que la réparation ne soit que partielle. J’hésite entre faire des efforts et me garder des accidents.

LE MONDE DE L’ORIGINE

C’était difficile de respirer, hier soir. Trop de graminées dans l’air certainement. Et d’avoir tondu la pelouse justement, et les hautes herbes jusque dans l’enceinte du cirque Friteau, hier en fin de journée, justement.

Le nez avait coulé tel un robinet ouvert. Une dame avait été saisie d’un élan d’empathie à mon égard et m’avait fourni, pendant toute la durée du spectacle, des mouchoirs en papier. Dans ma poche droite, je rangeais les mouchoir secs, dans la gauche les mouchoirs usagés qui finissaient par former une boule humide assez gênante. À l’entracte, nous avions pris des popcorns et j’avais pu récupérer le sachet pour en faire une poubelle portative.

En rentrant, j’avais pris un antihistaminique, mais trop tard.
Vers dix heures, il m’était impossible de respirer par le nez et j’avais pris des corticoïdes, puis je m’étais préparé une tisane, puis une inhalation.
J’avais fait des mouvements de taï chi, de qi gong. Je ne savais plus quoi inventer. J’étais en panique.
Je m’imaginais suffoquant dans mon sommeil. Aussi, je ne dormais pas.
Je me suis recouché vers 2h00 du matin, avec la radio.
Vers 4h00, un mince filet d’air parvenait à circuler et je m’étais endormi.
Je n’aurais pas voulu mourir asphyxié pendant la nuit, à l’idée que S. découvre son papa tout inerte et gris au réveil et ne sache que faire ou vers qui se tourner.
J’avais ainsi évité de m’endormir tant qu’une asphyxie me paraissait une issue, sinon probable, du moins possible.
Ça avait été une soirée drama-queen, avais-je pensé.
À ce sujet, il me revient à l’instant avoir soudain ressenti une violente douleur intercostale, sous le chapiteau, en revenant de l’entracte, et de m’être demandé si je n’étais pas en train de subir un pneumothorax ou une sorte d’attaque quelconque.
Ça avait bel et bien été une soirée drama-queen, me dis-je de nouveau, en repensant à ces minutes d’angoisse.
Donc, j’avais attendu que l’air circule de nouveau et j’avais surélevé mon oreiller et j’avais pu dormir jusque vers 8h00, heure à laquelle S. s’était éveillé, rendant toute poursuite de sommeil impossible.

Ce matin, la respiration était décente, même si l’écoulement nasal restait abondant. J’avais repris des corticoïdes, par acquis de conscience, mais j’avais attendu la fin de la journée pour reprendre un antihistaminique, ayant lu qu’il était sans intérêt de faire une surdose. Le nez de S., lui aussi, avait été congestionné toute la soirée et toute la nuit et encore aujourd’hui, toute la journée. Peu-être est-il, lui aussi, sujet aux allergies ?

Mais cela allait mieux, il pleuvait. Cela va toujours mieux lorsqu’il pleut. Les pollens retombent. Les graminées retombent. L’air est plus frais. L’on reste plus volontiers à l’intérieur.

R. devait rentrer vers 15h30 mais, suite à des retards sur la ligne, elle n’est arrivée que vers 18h. J’avais pensé pouvoir travailler un peu aujourd’hui mais c’est loupé. Je crois que je vais mettre le réveil sur quatre heures du matin pour travailler demain un peu à l’aube.

C’EST EN FORGEANT

Le soleil revient et il va falloir de nouveau tondre la pelouse. Il y a aussi le portillon de la grille à réparer. Je dois trouver le moyen de remplacer la charnière de rappel du portillon, qui a étrangement disparu – sans laisser de trace – empêchant le portillon de se refermer correctement et, par suite, gênant l’ouverture et la fermeture automatique du portail. Pour l’instant, je préfère le laisser ouvert en tout temps, mais cela ne saurait durer indéfiniment. Donc, le moyen le plus simple est d’installer un ressort et de trouver une fixation simple. Boulon et écrou, a priori. Puis, il faudra repeindre, pour éviter la rouille, qui déjà pointe. La rouille n’est jamais loin. La rouille ne dort jamais.

Nous étions allé faire trois courses avec S., dont le nez est bien pris et qui est de nouveau à l’amoxicilline. Coulis de tomates, poitrine fumée, polenta, brocoli, vinaigre blanc, kinder surprise. En rentrant, nous nous sommes préparé une bolognaise, des pâtes et nous avons déjeuné dans le jardin, avant de partir pour Cerizay,, chez Yaya Cool, où S. a sauté tout l’après midi dans des environnements pneumatiques. Et puis nous avons joué au hockey sur coussin d’air. S. s’est fait un copain pour l’après-midi et nous sommes restés presque jusqu’à la fermeture, vers 18h30. En rentrant, je remarque des affiches de cirque et l’on se dit que l’on irait bien au cirque demain. À l’instant, je vois qu’il y a le cirque de la famille Friteau à Sainte Verge demain à 18h, alors banco, je dis.

S. mange une galette de sarrasin puis nous regardons la fin de Jumanji, avant de laver le nez, les dents et d’aller dormir. Un loup en slip, un journal de Yoto, la bande son de Back to the Outback et hop, dodo. Et je ne vais pas tarder non plus.

HUG A BASTARD

Tout en rentrant, en conduisant, je me disais que j’allais écrire pour plus tard. Écrire pour relire plus tard. Ne rien penser sur le moment de ce que j’allais écrire. Ne pas relire, sauf pour en corriger l’orthographe. Ne rien en penser. Ne pas y mettre d’intention particulière. Pas d’autre intention que celle d’écrire pour plus tard. Pas pour maintenant. Il est trop tôt maintenant. Il faut faire reposer. C’est comme la pâte à crêpes. Mais c’est plus long que pour la pâte à crêpe. Plus tard, ça peut vouloir dire vraiment beaucoup plus tard. Il s’agit d’ailleurs de ne pas avoir trop d’idée quant à la nature de ce « plus tard ».

Mais, m’étais-je dit, ce n’est pas seulement pour plus tard que j’allais écrire, avais-je pensé. C’était pour quelqu’un d’autre. Il importait peu de savoir pour qui. Il fallait surtout ne pas chercher à savoir, sinon c’était cuit. Il ne fallait pas que ce soit trop cuit.

Tout en rentrant, en conduisant, j’avais pensé que, si c’était lu trop tôt, ça ne sonnerait pas. Ça ne sonnerait ni juste ni faux. Cela ne sonnerait tout simplement pas. Le son serait comme étouffé. Pour que cela sonne, il fallait attendre. Il fallait poser cela et ne plus y penser.

Il fallait écrire cela. Poser cela et ne plus y penser.

Simplement cela: que j’allais maintenant poser là des mots pour les relire plus tard. C’était une alternative. C’était la seule alternative acceptable. Parce que sinon, vite la nausée me prendrait. Cette nuit, la nausée. Hier soir, la nausée.

J’étais sorti, hier soir, après les évaluations de la situation image et j’avais marché jusqu’au restaurant de ramens Ichi-Go Ichi-E. Mais le restaurant était fermé à l’heure où j’arrivais, alors j’étais allé boire une IPA dans une brasserie non-loin. J’avais accompagné ces vingt cinq centilitres de bière d’une assiette de frites. Étant donné qu’habituellement je ne mange pas le soir, j’aurais dû m’arrêter là mais, je ne sais pourquoi, je m’étais dit que, puisque j’étais venu pour les ramens, du restaurant Ichi-Go Ichi-E, il fallait que je commande un bol de ramens avant de rentrer. Alors, puisque maintenant le restaurant était ouvert, j’étais entré et j’avais commandé un bol de Tantan ramen avec encore vingt cinq centilitres de bière. J’avais absorbé tout cela en lisant le journal sur mon téléphone et puis j’étais rentré. Et j’avais été malade jusqu’à une heure avancée de la nuit. La nausée. Des remontées acides. Mal au crâne. Impossible de fermer l’œil. Malade dès que je m’allongeais. Je me suis dit: plus jamais ça. Manger légèrement. Ou mieux, ne pas manger. Mais s’il fallait absolument manger, alors légèrement. Et pas d’alcool.

Ce matin, j’avais pris ma douche vers sept heures trente et j’étais allé chercher un Doliprane dans la voiture. Puis, à la Maison, c’est à dire à la boulangerie qui s’appelle La Maison – et où je dois dire que les gens sont de plus en plus gentils avec moi, j’ai dû baisser la garde, ou bien je me fais vieux, mais passons – bref, à la Maison, donc, tout de même un kanelboller et un café allongé. Et là ça va. Ça va beaucoup mieux. Le pâté de maison est terminé. C’est construit, fini, flambant neuf. Beau comme un camion. Pour un peu, j’aurais pris une photo. Dans un sens j’ai le soleil dans les yeux, dans l’autre, je l’ai dans le dos. Et inversement. Selon que je me dirige vers la voiture, pour un Doliprane ou vers la Maison, pour un kanelboller. Vers la voiture, c’est à l’aller que je l’ai dans les yeux et au retour dans le dos. Vers la Maison, c’est à l’aller que je l’ai dans le dos et au retour dans les yeux.

Je croise deux fois le même type aux cheveux blanc, avec une cravate et une raie sur le côté. Une fois en rentrant du petit déjeuner et une fois en rentrant du déjeuner, pris avec C., à la Maison également. Il faut que je fasse attention à ne pas devenir un trop bon client.

Et puis c’étaient les accrochages de M1, c’est à dire la suite de la semaine dernière mais avec C. au lieu de T. Ensuite, j’avais rempli ma fiche de frais et j’étais parti en ayant pu remettre mon cahier de factures à T.B., qui était restée tard, elle aussi. J’ai de la chance.

S. a encore attrapé une otite. Avec R. et S. on regarde les vingt ou trente premières minutes de Jumanji, avant d’aller se coucher.

CAN’T STAND IT ANYMORE MORE

Non, décidément non, je ne peux plus supporter plus de dix minutes de n’importe quelle série américaine. C’est toute cette civilisation que je ne peux plus sentir. Et quand je dis « civilisation », il vaudrait mieux dire « barbarie ». Eugène avait raison. C’est l’ethos américain, le pathos américain, l’éros américain, tout cela que je ne peux plus supporter. Ces corps et ces regards que je ne peux plus regarder sans frissonner d’horreur. Ces voix que je ne peux plus entendre. Que viennent les poulpes, me dis-je. Que viennent les cachalots, me dis-je. Cette espèce a fait son temps.

Ainsi donc, fini Netflix, Prime video, Disney, et consort. Je n’y arrive plus. Ce n’est plus supportable. On va revenir aux fondamentaux. Au cinéma. À la littérature. À la musique.

Ce soir, les chats avaient attrapé un petit merle. Un petit merle se débattait sur le tapis en piaillant de terreur. J’avais d’abord pensé à une souris, un mulot. Mais c’était trop fort. On a réussi tirer l’oisillon de leurs griffes, mais il était tout de même un peu amoché. Apparemment, il a réussi à prendre la poudre d’escampette. Toute la famille merle était dans tous ses états, tous voletaient et sifflaient, et piaillaient à qui mieux mieux. J’avais temporairement bloqué la chatière pour offrir un répit aux oiseaux avant la nuit.