
Hier soir, vers la fin de Disclosure Day de Spielberg, j’ai brusquement ressenti une élévation de la température.
Tout à coup, je me suis rendu compte que les spectateurs du film commençaient à s’éventer et même carrément à sortir.
La climatisation avait sauté. Surcharge.
Très vite, assis au centre d’une salle de 500 places pleine de monde, j’ai ressenti le besoin impérieux et urgent de sortir et je n’ai pas vu la fin du film, mais nous n’en étions pas loin et il était tout de même minuit vingt.
Tout en marchant dans les couloirs du métro, notant au passage que tapis roulants et escalators étaient également hors service, peut-être également en raison de la surcharge du système de climatisation, je me disais que ce qui faisait la différence entre Spielberg et mettons Laetitia Masson, c’est que, chez cette dernière la mise en scène s’inscrit généralement dans une intention empathique, qui place le spectateur dans une posture d’identification aux émotions des personnages, alors que Spielberg mettait en place une distance systématique.
En gros, que j’aime ou que je n’aime pas le film de laetitia Masson (mais on pourrait le dire du Kawase), je me trouve au bord des larmes quand les personnages ressentent de fortes émotions.
Chez Spielberg, pas du tout.
Spielberg est un conteur: ce qu’il provoque c’est l’émerveillement devant la nature extraordinaire des situations qu’il dépeint.
Les émotions des personnages ne sont qu’une mécanique narrative – de même que, par exemple, nous sommes indifférents aux émotions de Blanche-Neige ou de la Belle au Bois Dormant. Ce qui intéresse Spielberg ce ne sont pas leurs émotions mais leur (et notre) émerveillement.
C’est la différence entre lire un roman de Dickens (Masson et Les grandes espérances) et un conte de fées (Spielberg et la chanson de Blanche-Neige).
Chez Masson, la référence est culturelle, littéraire, adulte. Le sentiment et l’émotion doivent être élevés et dignes, au risque de l’enflure et d’un certain cloisonnement social (et économique), tandis que, chez Spielberg, la référence est enfantine, universelle.
C’était d’ailleurs étrange, quand j’y repense, la manière dont les films communiquaient sur la question de l’enfance et de l’Amérique, me disais-je à l’instant.
Kawase aussi s’intéressait à l’enfance.
Il y avait chez Kawase, comme chez Spielberg, une amnésie originelle, le sentiment d’être orphelin au Monde des hommes, d’être au ciel.
Chez Kawase, cela s’empêtrait dans une mise en scène démonstrative, une musique redondante et une écriture flemmarde mais il y avait une belle idée dans cette histoire de dons d’organes.
On n’était pas si loin des extra-terrestres, finalement, me disais-je à l’instant.
Chez Kawase, l’on était plutôt du côté des arbres, chez Spielberg, avec les cerfs, les renards, les ratons laveurs et les oiseaux (Blanche-Neige!!!) et chez Masson, c’étaient les ânes, me disais-je à l’instant. Curieux ce bestiaire. Ces bestiaires.
Bon, et alors cette nuit pas moyen de dormir. Trop chaud 27*C à une heure du matin. Et dans le train ce matin, panne de climatisation à nouveau, mais heureusement c’est le matin et il ne fait pas encore trop chaud. Ce qui est embêtant c’est que le train est bondé au départ de Paris. Il se vide un peu à Saint-Pierre des Corps et l’on respire mieux.
