
Finalement, pour trouver un dentiste en plein juillet , obtenir un rendez-vous dans l’instant et être soigné dans l’heure – avec maîtrise et sûreté – il faut encore et toujours se rendre à Paris.
Alors, puisque cette dent était décidément en crise, j’y ai fait un saut hier et un dentiste hors pair, le prince des endodontistes, m’a ouvert cette molaire, désinfecté la chose et refermé d’un pansement en attendant la suite en septembre.
Tout cela en moins d’une heure et avec le sourire. On arrive à se faire des blagues malgré le champs opératoire.
J’ai eu droit à une anesthésie de cheval. Ma joue est restée en carton tout l’après-midi. Au point que la forme des verres que je portais à mes lèvres semblait de demi-lune et qu’il me paraissait n’avoir soudain plus aucune dent du côté gauche, ni de langue non plus.
Mais comme j’étais sorti de là avec une faim coriace, j’ai couru au Paradis du ravioli où j’ai commandé deux portions de raviolis, une salade aux cacahuètes et une Tsing Tao. Je n’ai jamais mangé aussi lentement et avec autant d’appétit en même temps. J’avais tellement peur de grignoter ma joue sans m’en apercevoir que j’ai fait très attention.
Ensuite, je suis allé voir coup sur coup Evil Dead Burn, qui n’est pas formidable, même si parfois assez drôle (mais pas autant que le chef d’œuvre de Sam Raimi, Evil Dead II) et le Héros de Berlin, dont j’ai loupé la fin pour ne pas arriver en retard sur le quai. J’avais failli aller voir un film au Mk2 mais le caissier du Mk2 – qu’un dieu le bénisse – m’a dit: « nous ne prenons pas la carte UGC 5/7 et le prix d’entrée est de 13€, c’est beaucoup trop cher, allez plutôt à l’UGC. » Quoi qu’il en soit, sortir de la projection dix minutes avant la fin était une précaution inutile car, comme d’habitude, le train avait 20 mn de retard au départ, parce qu’un-e imbécile avait, comme d’habitude, laissé traîner son sac Lacoste dans le périmètre de sécurité.
Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie sans rage de dents et c’est bien agréable. J’ai fêté ça en allant jeter tout un tas de bois mort et de vieux trucs cassés à la déchèterie. Dont le sapin de Noël, qui traînait devant la chaufferie depuis cet hiver. Puis je suis allé me faire couper les cheveux, j’ai rencontré P.P. à l’Intermarché et je suis rentré. J’ai fait une longue sieste, écouté la radio, puis j’ai regardé A Dog day afternoon de Sydney Lumet, avec Al Pacino, qui est une beauté, une sorte de Maman Kusters s’en va au ciel à l’américaine, et un bout de The Graduate de Mike Nichols, qui n’est pas fameux mais pour Ann Bancroft. Et là j’ai repensé à Arthur Penn, je ne sais pourquoi et j’ai mis en téléchargement presque toute sa cinématographie. Je viens de regarder le début de Four Friends. A l’instant, avant d’aller me coucher, j’ai revu le début de Four Friends, et arrêté sur cette phrase prophétique de Georgia au pauvre Danilo, qui n’a même pas idée de ce qui l’attend.
