Entre la grande traversée d’Aliénor d’Aquitaine, les fruits du jardin et la balade à vélo, c’est une journée pleine d’altesses. La chaleur retombe. La chaleur ne cesse de retomber, pour grimper de nouveau et retomber de nouveau. Au moins, la forêt n’est-elle pas en feu, ici. Des reines-Claude, hélas, il n’y en a guère et en tout cas pas assez pour faire des confitures. Alors on les mange comme ça et c’est d’ailleurs très bon. Je remarque, aux noyaux trouvés sur le muret, que d’autres ont profité de l’arbre en notre absence. Humains ou oiseaux ? Et / ou ? S. aime bien le vélo à plat et en descente mais en montée ce n’est pas encore son truc. On s’est fait offrir un verre d’eau au village.
A propos de feu, j’ai envoyé une chanson en cours – à propos de renard la nuit dans les phares (paroles à venir) – à H.K. pour lui demander d’y poser une guitare ou ce qu’il voulait et il m’a renvoyé un tel brasier de glitchs numériques que cela me pousse à faire flamber tout le morceau. Il faut que je laisse cramer un peu.
Reçu les éléments d’un nouveau montage son et, après quelques galères avec le fichier AAF, tout est bon. Les étoiles sont bien alignées.
Appel de N.V. pour une étude acoustique. J’ai renvoyé un devis. On verra bien.
Ce sont les vacances et je parle boulot. C’est que c’est du boulot de parler vacances.
Ah oui, nous sommes allés au bowling hier soir. On a mangé des pizzas et fait une partie tous les trois. Pendant le dîner S. pleurnichait parce qu’une guêpe tournait autour de son coca et, après le jeu, il râlait de n’avoir pas gagné la partie, à cinq points près. Mais le jeu vidéo à dos de dauphin lui a redonné le sourire. Bref, c’était une belle soirée. J’ai perdu mes clés là-bas et il faut que je retourne les chercher ce soir.
Après avoir mangé notre risotto aux cèpes, on a regardé King Kong Skull Island avec S. cet après-midi. En ce moment c’est l’obsession absolue de la collection des jouets Godzilla x Kong de la marque Playmates Monster verse. En ce moment même, S. tourne autour de moi en répétant inlassablement: « papa, je peux voir le jouet Shimo ? ».
C’est donc une rétrospective Arthur Penn, depuis hier. D’abord, revu la fin de Four Friends (Georgia en français), puis, ce matin, Miracle en Alabama et ce soir Inside puis Penn and Teller get killed. Entre temps, j’ai passé la débroussailleuse, pour éviter de prêter le flanc aux incendies, suis allé acheter du café, des tomates et du persil, je suis rentré, j’ai préparé un dahl avec du riz, que j’ai mangé en écoutant Michel Foucault parler de bio-pouvoir et de racisme (ça raccordait pas mal avec Four Friends et Inside), développant l’idée que le concept grâce auquel un bio-pouvoir peut justifier l’exercice d’un droit de mort sur autrui c’est le racisme en tant que principe biologique de conservation de l’espèce (de la race, donc): je supprime (ou je laisse mourir) l’autre, celui qui n’est pas de la même espèce que moi, pour accroître la puissance de mon espèce, la faire croître et prospérer.
Puis, donc, Miracle en Alabama, à nouveau avec Anne Bancroft, et ensuite du rangement, du nettoyage et un nouvel agencement de la chambre de S. J’espère que ça lui plaira. J’ai essayé de la rendre plus lumineuse et plus dégagée. J’ai installé le lit au milieu pour qu’il ne soit plus comme un petit lapin blotti dans une tanière, mais plutôt comme un aigle sur son aire. Dans l’idée de lutter contre la peur, d’avoir une vue panoramique sur la chambre, de réduire les formes sombres et les menaces.
Il n’a pas fait trop chaud, aujourd’hui. Il y avait du vent. Les portes et les fenêtres ont claqué. Les incendies de la région de Bordeaux s’étendent et, en Espagne, autour de Madrid, c’est encore pire, on dirait. L’été est un danger. Les gens ne sortent plus. Ils vont se ravitailler et rentrent se protéger de la chaleur ou retournent travailler dans des lieux climatisés, quand c’est possible.
Finalement, pour trouver un dentiste en plein juillet , obtenir un rendez-vous dans l’instant et être soigné dans l’heure – avec maîtrise et sûreté – il faut encore et toujours se rendre à Paris. Alors, puisque cette dent était décidément en crise, j’y ai fait un saut hier et un dentiste hors pair, le prince des endodontistes, m’a ouvert cette molaire, désinfecté la chose et refermé d’un pansement en attendant la suite en septembre. Tout cela en moins d’une heure et avec le sourire. On arrive à se faire des blagues malgré le champs opératoire. J’ai eu droit à une anesthésie de cheval. Ma joue est restée en carton tout l’après-midi. Au point que la forme des verres que je portais à mes lèvres semblait de demi-lune et qu’il me paraissait n’avoir soudain plus aucune dent du côté gauche, ni de langue non plus. Mais comme j’étais sorti de là avec une faim coriace, j’ai couru au Paradis du ravioli où j’ai commandé deux portions de raviolis, une salade aux cacahuètes et une Tsing Tao. Je n’ai jamais mangé aussi lentement et avec autant d’appétit en même temps. J’avais tellement peur de grignoter ma joue sans m’en apercevoir que j’ai fait très attention.
Ensuite, je suis allé voir coup sur coup Evil Dead Burn, qui n’est pas formidable, même si parfois assez drôle (mais pas autant que le chef d’œuvre de Sam Raimi, Evil Dead II) et le Héros de Berlin, dont j’ai loupé la fin pour ne pas arriver en retard sur le quai. J’avais failli aller voir un film au Mk2 mais le caissier du Mk2 – qu’un dieu le bénisse – m’a dit: « nous ne prenons pas la carte UGC 5/7 et le prix d’entrée est de 13€, c’est beaucoup trop cher, allez plutôt à l’UGC. » Quoi qu’il en soit, sortir de la projection dix minutes avant la fin était une précaution inutile car, comme d’habitude, le train avait 20 mn de retard au départ, parce qu’un-e imbécile avait, comme d’habitude, laissé traîner son sac Lacoste dans le périmètre de sécurité.
Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie sans rage de dents et c’est bien agréable. J’ai fêté ça en allant jeter tout un tas de bois mort et de vieux trucs cassés à la déchèterie. Dont le sapin de Noël, qui traînait devant la chaufferie depuis cet hiver. Puis je suis allé me faire couper les cheveux, j’ai rencontré P.P. à l’Intermarché et je suis rentré. J’ai fait une longue sieste, écouté la radio, puis j’ai regardé A Dog day afternoon de Sydney Lumet, avec Al Pacino, qui est une beauté, une sorte de Maman Kusters s’en va au ciel à l’américaine, et un bout de The Graduate de Mike Nichols, qui n’est pas fameux mais pour Ann Bancroft. Et là j’ai repensé à Arthur Penn, je ne sais pourquoi et j’ai mis en téléchargement presque toute sa cinématographie. Je viens de regarder le début de Four Friends. A l’instant, avant d’aller me coucher, j’ai revu le début de Four Friends, et arrêté sur cette phrase prophétique de Georgia au pauvre Danilo, qui n’a même pas idée de ce qui l’attend.
Au niveau de la molaire numéro 19 c’est pas la joie, comme dirait Henri Salvador. Heureusement, il y a le 15 et un docteur m’a prescrit hier de l’amoxicilline. Pour la douleur, le paracétamol ne suffit pas et je retrouve au bon moment une boîte de Lamaline (paracétamol, caféine, opium) qui me permet de dormir la nuit et de passer cette journée.
Les antibiotiques semblent agir et la douleur est moins intense ce soir. Quoique… Ça dépend des moments, de la position, des angles, etc.
Hier, je suis quand même arrivé à enregistrer des bouts de chansons, malgré la gueule en bandoulière, mais aujourd’hui, après être allé chercher mes médocs, j’ai roupillé presque toute la journée, tout en écoutant Witold Gombrowicz parler de sa détestation de James Joyce. Et, au fond, sans détester Joyce, je dois tout de même avouer n’être jamais parvenu à lire plus de trois pages d’affilée d’Ulysse sans passer à autre chose.
Nourritures liquides essentiellement (gaspacho, yaourts) et quelques écarts mous (tomates farcies, melon). Je mâche très lentement et précautionneusement. Le simple contact entre la mâchoire supérieure et la mandibule est source de douleur.
Ce soir, j’ai regardé coup sur coup Feuilles mortes et Pastorale d’Otar Iosseliani et, pendant un moment (le pic d’efficacité du Doliprane) j’arrive même à grignoter un reste de chips en buvant la dernière bière. Les films d’Iosseliani ressemblent à des films de famille. On dirait nos vacances: des gens qui font des travaux agricoles, jouent à des jeux de société, mangent , boivent, chantent, font de la musique, s’engueulent. C’est très plaisant et sans aucune tension. Chaque tension est en fait matière à rigoler, à prendre confiance, à ré-enchanter le monde. Je me souviens qu’on l’avait croisé, Otar Iosseliani, dans un bar – qui n’existe plus – rue Rambuteau, au début des années 2010. On s’était brièvement parlé et il m’avait pris dans ses bras et embrassé comme si j’étais son fils ou un truc comme ça. Et c’est l’effet que me fait le film, surtout le premier. Un film qui vous prend dans ses bras et vous embrasse tendrement. En rigolant. En pleurant. En chantant. En se cassant la gueule dans le caniveau.
J’ai commencé à monter les rushes de meules de foin et c’est très beau. C’est tellement beau que je n’ai même pas envie de mettre du son. On dirait qu’elles vont parler, les meules de foin. En revanche, il faut que je retourne en filmer. Des tonnes. Il me faudrait un système de caméras installées de part et d’autre de la voiture pour filmer en latéral pendant que je roule. Je pense que ça doit pouvoir se bricoler avec des Go-Pro et une télécommande. Je vais étudier la question. Trouvé une guitare électrique en 2/3 pour S., une Jackson Dinky Minion JS1X noire, avec un petit ampli Marshall. J’espère qu’il me la prêtera.
Et sinon, pendant que je comatais sous opium cet après-midi, L.B. a appelé pour me dire qu’elle était tombée sur un carton que j’avais laissé chez elle à Romainville en 2017. Dedans, il y a un classeur plein de photos de moi, de ma naissance à mettons mes vingt ans – photos de classe et bulletins scolaire compris – et elle me décrit chaque image au téléphone, pendant que je retrouve une bouteille de Zubrowka au fond du congélateur, que je la termine dans un dé à coudre de 25 cl en gloussant bêtement, alors que L.B. me décrit le contenu du carton, que je lui promets d’aller chercher à mon prochain passage parisien.
Grosse flemme hier, après avoir rangé le salon, la cave, le cellier et la buanderie. Grosse flemme et donc rien fait de très productif. Me suis allongé et j’ai écouté les entretiens de Renoir avec Jean Serge. J’ai ensuite lancé quelques machines, accroché, décroché, plié, rangé. Mis en vente la platine bluetooth sur Le bon coin. Et toute cette sorte de choses. Bu des bières et du vin blanc en me disant qu’ensuite on allait passer à l’eau. En grignotant les derniers chips de la saison, j’ai regardé Sunhi de Hong Sangsoo – nous avions revu, en compagnie de T. et S., Un jour avec un jour sans en début de semaine. Et aussi, avant cela, une bouse oubliable intitulée, je crois Nobody, mais avec Bob Odendrick, ce qui la rend plaisante. J’ai bien fait d’avoir retourné le matelas. J’ai moins mal au dos ce matin mais toujours mal à ma dent. Cela s’atténue pendant la journée et revient pendant la nuit.
Le truc, me disais-je en prenant le café à la buvette du marché d’Airvault ce matin, le truc avec le fait de raconter sa vie, c’est qu’il faut avoir quelque chose à raconter. Cela incite à se bouger les fesses, me disais-je. Pour ne pas dire le cul, me disais-je. Mais à l’écrit, n’est-ce pas, comme aurait écrit Charles Péguy, il y a un certain niveau de langage à respecter.
Quelque chose à raconter ce peut être d’avoir regardé longuement le plafond mais avec une certaine profondeur de pensée et l’envie d’en rendre compte. Cela ne voulait pas forcément dire réellement faire quelque chose ou aller quelque part. Bien que faire quelque chose et aller quelque part pussent être de bonnes choses à raconter.
Et donc, au lieu de rester à paresser jusqu’à pas d’heure, comme m’y autorise une absence totale d’obligations, je me suis levé à huit heures, après avoir écouté de passionnants témoignage au sujet de Jacques Copeau. Je me suis dit qu’il ne devait pas avoir beaucoup d’humour, Jacques Copeau et même qu’il devait être carrément chiant comme la mort. Un peu comme Charles Péguy, l’autre nuit, avais-je pensé. C’était la semaine revival des statues du Commandeur, le retour des darons terribles, m’étais-je dit. Le retour du surmoi en roue libre. Heureusement, en contrepoint, il y avait Renoir, le bon vivant, qui savait rester joyeux en toute occasion, surtout lorsqu’il s’agissait de raconter les horreurs de la guerre et, tiens, cette fois où l’on avait bien failli l’amputer de toute une jambe. Quelle rigolade, mon vieux! Heureusement qu’un médecin un peu avisé passait justement par là et heureusement que Clémenceau était un bon législateur. Celles et ceux qui veulent connaître les détails de l’anecdote n’ont qu’à m’écrire.
Bref, je m’étais levé et deux tartines de jambon, un yaourt et un litre de café plus tard, j’étais au travail. Aspirateur, lessives, rangements. Ayant remarqué que l’appétit des chats était revenu avec la fin de la canicule, je me suis dit qu’il était temps d’aller racheter un sac de dix kilos de croquettes. Je suis d’abord passé jeter les bouteilles et bocaux de verre dans le container prévu à cet effet, situé à l’arrière de la mairie. Un barnum avait été installé et tout un tas de gens s’affairaient autour à la préparation de quelque chose. Un mariage ? Une fête ? Que sais-je ?
Ensuite, sur la route, je me suis arrêté pour filmer les meules de foin, de plus en plus rares et éparses, dans les champs qui bordent la routent de Borcq. Un rapide passage chez Gamm Vert pour les croquettes, puis un tour au marché, où je croise G.B., avec qui l’on discute un moment, puisqu’il faut que nous mettions au point le planning de l’installation de la nouvelle chaudière. Mais G.B. dit qu’il est un peu trop tôt pour s’organiser. Justement, je lui dis, c’est parce qu’il est trop tôt que c’est le bon moment. Et puis, j’achète un kilo de carottes et je rentre, après avoir bu mon petit café à la buvette.
Je me prépare des tomates et des courgettes farcies en écoutant Jon Spencer Blues Explosion, je ne sais plus pourquoi. Ce matin ça avait été Guillaume de Machault, La Messe de Notre Dame et puis celle de Stravinsky, en contrepoint, comme m’en avait donné envie je ne sais plus quelle émission entendue à la radio je ne sais plus quelle autre nuit.
Maintenant, un café et musique. Ah, tiens, voilà le livreur avec deux paquets.
Ce serait beaucoup dire que de dire qu’il a plu. Car il a plus, certes oui, mais non toutefois en suffisante quantité et non pas suffisamment longtemps pour réellement en ressentir les bienfaits. Néanmoins, il a plu et la chaleur est moins rigoureuse. La nuit devient hospitalière. Il redevient possible de laisser certaines fenêtres ouvertes pendant la journée.
Impossible d’écrire ou de faire quoi que ce soit ces derniers jours, en raison des visites, de l’intendance et de l’écrasante canicule. Mais R. et S. sont partis ce matin pour dix jours et je dépose demain matin C. et T. au train à la première heure. Je pourrai ensuite me remettre à travailler un peu, bien que l’entretien de la maison requiert également une bonne part de mon temps et de mon énergie.