CELLULE CORÉENNE

Nous avons eu de la chance, me suis-je dit, beaucoup de chance de nous voir attribuer des sièges de catégorie intermédiaire, ceux où l’on peut allonger ses jambes et pas des sièges économiques, plus étroits et moins étendus. Cela a rendu le voyage beaucoup plus confortable que le précédent.

Et le fait de partir le soir est également un avantage, me suis-je dit, nous sommes nous dit, puisqu’ainsi l’on arrive plus tard dans la journée et l’on est moins tenté de faire une sieste vers 16h-17h.

Ici, le confort est ce qu’il est et d’aucunes s’en plaignent, mais pas moi.

Sur ce, au lit.

COULEURS SUR NANTES

Grâce à E.V., qui présentait son diplôme blanc, ça vibre au niveau chromatique, dans les couloirs du département vidéo-son et ça n’est pas pour nous déplaire. On lui a demandé de tout laisser en place, de ne rien toucher et il s’en est trouvé d’accord, avec tout de même l’intention assez ferme de retoucher quelque peu à la dominante rose, qui lui paraît excessive. Alors voilà, couleurs sur Nantes, donc. Il était temps de changer.

Sinon, j’attends le retour de déjeuner d’A. pour voir s’il est possible d’emprunter un enregistreur et un micro avant le départ pour la Corée. Trois semaines. A partir de lundi prochain.

Coup de fil de C.N. hier pour une proposition de travail sur le montage son d’un documentaire et je dis oui, bien sûr, merci, bravo !

Il fait très froid dans les rues, dans l’amphithéâtre et même dans l’auditorium. C’est à dire qu’il fait normalement froid mais que l’on n’est plus habitué à cette norme.
Hier, je projetais le début de « Tous les autres s’appellent Ali » et puis, tout à coup, un étudiant, J. pour ne pas le nommer, hasarde: « on ne pourrait pas le regarder en entier ?
– Bah oui, que je réponds. Et hop, c’est parti et, évidemment, je pleure comme une madeleine tout le long et après encore, ce qui, avec les frissons dûs au froid, me met dans un état de tremblement excessif, dont je cherche à m’extraire par l’ingestion d’un maffé-poulet bien chaud.

Et maintenant, me dis-je, il faut finir le film marseillais, sound design, musique et mixage, d’ici dimanche.

Et préparer le départ, les affaires, me dis-je encore.

Et régler l’histoire de cette clef perdue (misère de moi-même, comment ai-je pu perdre une clé ?).

Et faire la sélection des dossiers d’équivalence avec C.V.

Et assister au spectacle de l’école de S. vendredi.

Bref, il y a, on le voit, sur la planche, du pain…

EN RETARD

Nous avons rendez-vous chez Askip, avec R.L.M. et A.L.B. mais R.L.M. a écrit qu’elle aurait du retard et je ne sais pas si A.L.B. l’aura lu, mais, moi, je me dis là, maintenant, que j’ai cinq minutes et donc voilà. On voit qu’il fait beau. Il y a un rayon de soleil. Plus qu’un rayon. Plusieurs rayons. Des tâches. Des ce matin, d’ailleurs. Au réveil, presque. Passé sept heures, mettons. Un beau rayon. Sur la chaise de Bubunne et puis de proche en proche. De loin en loin. Les lunettes de soleil pour conduire et hop. J’avais dû rentrer hier soir, ne pouvant trouver de studette libre. Ce n’était pas de chance, d’autant qu’Olivier était encore en panne. Et cette fois ci ce n’était pas les injecteurs. Non, cette fois ci c’était une valve qu’il fallait remplacer. Et c’était tout de même onéreux, comme me le fit remarquer le garagiste. 272 euros la pièce seule. C’était effectivement onéreux. Mais avais-je le choix ?

Et donc, en attendant la réparation, j’avais de nouveau dû louer une voiture. Une Peugeot, encore. Une 208, cette fois. Et chaque kilomètre de dépassement allait me coûter bonbon, comme il arrive qu’on dise.

Et tout à coup, nous sommes lundi matin. Il est cinq heures trente et je suis dans un train. C’est une ellipse. Olivier est réparé. Je l’ai garée à Poitiers et je me dirige maintenant vers Paris, pour aller donner deux jours de formation en post production audiovisuelle sur Protools.

Ce matin à trois heures trente, c’était l’angoisse: impossible de retrouver la clef de P.G., alors que j’étais absolument sûr et certain qu’elle se trouvait sur ma table de nuit. Je cherche partout, je remue ciel et terre mais, bien sûr, je ne trouve rien. On ne trouve jamais rien en cherchant. Il faut arrêter de chercher et l’on tombera sur ce que l’on cherche quelques jours plus tard, par hasard. Mais pour l’heure, c’est embêtant. J’espère qu’il y aura quelqu’un chez P.G. parce que j’arrive tôt à Paris – vers sept heures – et que la formation ne commence qu’à neuf heures trente. Et puis après, c’est compliqué, les allées et venues. Je n’ose y penser. L’angoisse, vous dis-je.

Avec tout ça, pas moyen de se faire un café. J’en prends donc un – détestable – à la gare et voilà où j’en suis. Ça commence bien.

À PROPOS D’HÉRITAGE

C’était comme le rituel ancien d’une religion en train de disparaître.
Le vrombissement du projecteur seize millimètres. Le son optique, l’image tremblante, les rayures.
Les yeux levés vers l’écran au format quatre tiers.
C’était, à nouveau, autrement, la Molussie.
C’était N.R., un peu plus vieux, mais le même.
C’était, autrement, le même film pourtant, même si les bobines avaient été projetées dans un ordre différent et le serait encore.
J’avais roulé pendant une heure et demie à l’aller et une heure et demie au retour.
C’était comme le rituel ancien d’une religion disparue. Disparaissant dans la luit.
Le projecteur dans le brouillard.
Sur la route du retour j’avais eu envie de m’arrêter au Mac Do. Mais le Mac Do était fermé, bien sûr, et dieu merci.
Je m’étais arrêté dans la nuit et j’avais fait demi-tour.

J’avais fait de la retape et trois étudiantes étaient tout de même venues voir le film de N.R.
Ça valait le coup.
Ça vaut toujours le coup de faire de la retape.
De même, ils étaient trois hier soir encore pour Le Pouvoir de la Province de Kangwon, dans l’amphithéâtre glacé.
Et là aussi, cela m’avait paru loin, loin, loin. Même sans le projecteur seize millimètres. Même en vidéo HD 1080.
C’était loin, le cinéma et pourtant, quand même, c’était là.
C’était toujours là. Ça avait toujours été là et ça avait toujours été loin, mais je ne le savais pas encore.
C’est là et c’est loin.
C’est un mort qui écrit des lettres à une morte.
C’est un vivant qui poste les lettres d’un mort à une morte.
À propos d’héritage.
Il y avait aussi que la haine vient en tuant. Et encore que le positif est invisible.

Je m’étais dit qu’il serait peut-être temps de lire Gunther Anders.

Et hier, ça avait été bien et aujourd’hui aussi.
Bon, il faut bien avouer que le risotto chez Macoa, c’était trop gras. Avec C.M., on n’avait pas songé à prendre un dessert.
On était restés à l’eau. Un petit café, mais juste pour dire. Mais ça aussi c’était très bien.
Et boire de l’eau. Et rentrer tôt. Et passer prendre M. à son bureau. Le déposer chez lui avant de rentrer. Tout ça était très bien.
J’avais peur de regarder mon compte en banque. Je tremblais au moindre a-coup, m’attendant à tout instant à un incident moteur que je ne pourrais pas prendre en charge financièrement.
Je cherchais un moyen. Je consultais Linkedin.
J’étudierais toute proposition. Il fallait faire de nouveaux plans, de nouveaux projets.

PAR DESSUS LE TOIT

Je ne sais pas photographier la lune avec un téléphone, mais c’était bien la lune, là au bout du jardin, au-dessus du château.
La belle lune rouge de la semaine dernière, en rentrant avec S.
D’où rentrions nous déjà ? Je ne sais plus. Du rugby, peut-être ?
Non, non, c’était le jour d’avant. C’était de Poitiers que nous étions rentrés.

Mais il y avait eu la même lune, presque la même lune le lendemain. A ne plus savoir quand elle avait été pleine et quand elle ne l’avait pas été, ou plus été, ou pas encore été.
Il me semble que, le lendemain, elle avait été comme anamorphosée, comme vue de biais sur un écran.

Et puis hop, à l’instant, des cris de chats dehors.
Je ne sais pas si on peut dire « des cris » à propos des sons émis par des chats qui se battent?
Le bruit, en tout cas, très nettement, d’une violente baston de chats.
J’ouvre la porte, j’essaye de voir dans la nuit. Uranus est là mais Gribouille, je ne sais pas. J’espère qu’il est là, qu’il roupille quelque part.
C’est un poil inquiétant ces cris. Si l’on peut parler de cris.

C’est désormais le printemps.
C’est effectivement le printemps depuis la mi-février.
J’ai arrêté le chauffage avant hier et on ne met plus le poêle en route qu’occasionnellement, le matin au réveil et un peu le soir, avant d’aller se coucher.
On a fait une belle balade cet après-midi, du côté d’Argentine, d’un pont à l’autre.
La terre est encore détrempée par endroits, mais les inondations sont loin derrière.
Hier j’avais passé l’après midi dans le studio de TV Thouars avec B. et M. pour enregistrer les dialogues de leur spectacle à venir.
On a enregistré quinze ou vingt personnes. Je ne sais plus.
Trois actes et une voix off.
Planning chargé mais on en vient à peu près à bout.
J’ai l’épaule droite ankylosée à force de tenir la perche.

CHIMERA OBSCURA

Comment éviter de parler du temps qu’il fait ? C’est qu’il fait très beau. Il fait beau et chaud. C’est le printemps et pourtant ce n’est pas encore tout à fait le printemps. Mais c’est ennuyeux de parler du temps. C’est embêtant. Mais comment éviter de parler de la guerre ? C’est la guerre. Ce sont des guerres. Et pourtant ce n’est pas encore tout à fait la guerre, ici. Pas encore. On espère, pour un moment.

Je dois m’arrêter d’écrire, parce qu’on m’attend. G. m’attend. Salle scène, dit-elle. Une performance. Bon.