WET LEG

Qu’importe, il faut écrire.
Il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose de particulier à écrire. Ce n’est vraiment pas un problème. En réalité, me dis-je à l’instant, tout le secret est là. Il ne faut rien avoir à écrire de particulier et écrire tout de même, coûte que coûte.
C’est ça, me dis-je, coûte que coûte. Et il en coûte.
Ce qui vraiment m’épuise, me dis-je à l’instant, c’est la rigidité cadavérique des outils de mise en page de cette interface. Le fait qu’il faille ensuite aérer par des balises HTML.
Je sais que je l’ai déjà écrit, mais tout de même, cela pèse un certain poids de fonte, de plomb, de plutonium.
Et finalement, une solution consiste à ne pas faire de balises HTML et à laisser des pavés de texte, mais cela nuit à la respiration, me dis-je, tout de même.

J’avais ouvert le portail pour inviter les parents des copains de S. à entrer sans hésiter dans le jardin, puisque nous fêtions, très en avance, son anniversaire, et puis le portail est resté ouvert et il l’est toujours.
Je passe devant ce portail ouvert et je me demande s’il ne faudrait pas plutôt le fermer. Mais pourquoi le fermer ? Pourquoi ne pas le laisser ouvert ?
En tout cas, tant que quelqu’un est à la maison.
Ce n’est pas plus mal qu’il reste ouvert, non ?
Est-ce que cela ne constitue pas une invitation trop permanente à entrer ? Je ne sais pas et je ne sais pas si cela doit être considéré comme une qualité ou comme un défaut.
Cela dit, je remarque que, lorsque le portail reste ouvert, le facteur n’hésite pas à entrer, tandis que lorsqu’il est fermé, le facteur hésite à entrer. D’ailleurs, il n’hésite même pas: il n’entre tout simplement pas et laisse un avis de passage.
Donc, il est plus efficace, d’un point de vue postal, de laisser ouvert, quitte à fermer lorsqu’on s’en va pour quelques heures, ou quelques jours.

Je n’arrive pas à conserver une discipline alimentaire.
Un jour je perds un kilo, le lendemain, je prends un kilo.
C’est le status quo.
Le soir, souvent, je m’en aperçois, je mange pour me calmer, parce que S. fait le débile et me porte sur les nerfs. Si j’étais détendu, je ne mangerais pas le soir. Mais je suis tendu et je mange le soir.
Comme c’est difficile de rester détendu le soir, et le matin aussi d’ailleurs, me dis-je, face à un enfant qui fait le débile exprès pour vous faire enrager.
Il faut une capacité de mise à distance étonnante. Il faut une qualité de sérénité à toute épreuve.

Mais pendant la journée, je fais de la musique, je n’arrête pas, du matin au soir. Je commence quand je rentre de l’école, où j’ai déposé S. à 8h55, et je m’arrête à 17h15, lorsqu’il est temps d’aller chercher S. au centre de loisirs.
Parfois, je vais le chercher à 18h et je peux encore travailler jusque vers 17h45.
Et puis, il y a ces jours où c’est à 16h30 que je dois aller chercher S. et, ces jours-là, je dois m’arrêter tôt.
Enfin, je ne peux tout de même pas passer tout mon temps à faire de la musique parce qu’il y a aussi quelques tâches ménagères à accomplir, ainsi qu’un entretien minimal du jardin: tonte mensuelle, taille des arbres, débroussaillage, nettoyage des rosiers.
Tiens, me dis-je à l’instant, il faudrait que j’aille faire un tour à la déchèterie pour me débarrasser des branches trop grosses pour être broyées et d’un paquets de vieux trucs cassés et poussiéreux qui traînent un peu partout.
En vérité, ce n’est pas un saut qu’il faudrait, c’est une bonne demi-douzaine d’allers-retours, étant donnée la petite taille d’Olivier (c’est le nom de la voiture, je dis ça pour celles et ceux qui débarquent).

J’ai pris des places pour le concert d’Aldous Harding vendredi à la salle Pleyel. On y va avec R., pendant que S. restera chez ma sœur. Je profite de ce passage à Paris pour aller prendre les mesures acoustiques qui s’imposent dans le studio de G.K., récemment terminé.

CUEILLETTE

J’ai cueilli un peu plus de cinq kilos de cerises ce matin, dans le jardin. Et il en reste au moins autant dans l’arbre, encore, mais je me suis dit que ça allait bien comme ça pour aujourd’hui. Au début, c’est amusant de cueillir des cerises, mais vient un moment ou cela devient ennuyeux. Et puis cela paraît sans fin.

Les produits anti-tique et anti-puces pour les chats sont arrivés. Il faudra que nous les traitions demain (pour Uranus il faut être deux, parce qu’elle renifle l’arnaque à la vue de la pipette et se taille dans sa cachette secrète, entre les murs). Quand il fait moins chaud, les chats mangent deux fois plus. J’ai du pratiquement doubler les doses des repas distribués automatiquement par la machine.

Regardé les premiers épisodes de Legion et les personnages sont gnangnans (cela dit, j’aime bien le double imaginaire Lenny, qui est interprétée par la stratosphérique Aubrey Plaza, vous savez la stagiaire psychopathe de Parks and Recreation), mais ce qui maintient l’intérêt c’est l’incertitude absolue quant au statut de ce que l’on voit: quand et où, qui et quoi, etc. Il n’y a plus de délimitation claire entre le présent et le passé, les lieux, les temporalités. On saute d’un lieu à l’autre, d’une situation à l’autre. Par ailleurs, ça a l’air de se passer à la fin des années 80, mais ce n’est pas vraiment clair. C’est cet anachronisme qui rend la série supportable.

Un peu de musique. Je m’aperçois qu’il faut toujours retirer davantage qu’on ne le croît. Au lieu de cinq notes, en garder trois, etc. Je travaille la position de la main gauche en cassant moins souvent le poignet, un peu à la Hendrix. Cela, suite au cours de guitare du conservatoire, hier, où nous sommes allés en visite avec S. D’ailleurs S. a de nouveau une otite. Il va falloir voir un ORL, parce que c’est otite sur otite en ce moment.

En rentrant, ce soir, pendant que S. regarde Grizzy et les Lemmings, je dénoyaute trois kilos de cerises pour en faire des confiture et je les laisse macérer pour la nuit avec 1,5 kilo de sucre et des gousses de vanille.

GOLEM DE FER

Nuit mouvementée.

J’avais tué quelqu’un, un ami, T.R. je crois. Je ne sais plus pourquoi je l’avais tué, mais je me souviens comment je l’avais tué. À coups de casque de moto sur le crâne, je l’avais tué. Jusqu’à écrasement complet du visage.

Ça demandait de la vigueur et une franche détermination à tuer. J’avais surement eu une bonne raison, mais je ne me souviens de rien. C’était peut-être tout simplement un crime crapuleux, d’ailleurs.

J’avais laissé accuser une innocente. La femme de ménage. Je ne sais pas exactement de quel ménage elle était la femme, d’ailleurs, mais je me souvenais l’avoir vu passer les plats. Une femme bonne et pieuse, aurait dit Julien Guyomar dans un film de Buñuel. Une espagnole, c’est certain. Je pense qu’au fond, elle savait que c’était moi le coupable et acceptait de se sacrifier pour m’éviter d’être pris. Sans doute se disait-elle que je ne supporterais pas la prison, alors qu’elle était dure à la peine? Je ne sais pas. Elle était trop bonne pour laisser voir qu’elle me savait coupable et agissait à mon égard avec sa gentillesse habituelle.

C’était horrible, son innocence était évidente et ma culpabilité non moins évidente. J’avais même conservé l’arme du crime (le casque). Je n’avais qu’une chose à faire: aller me dénoncer, mais le problème c’est que j’avais une complice, qui me suppliait de n’en rien faire.

Je lui expliquais qu’il allait y avoir une enquête et que, même si la femme de ménage continuait de plaider coupable, personne de sérieux ne pouvait la croire, que l’enquête allait fatalement remonter jusqu’à moi. Et pendant tout ce temps je me disais qu’il n’y avait qu’une chose à faire: se rendre sur le champ et que d’avoir accepté ne serait-ce qu’une seconde qu’une innocente soit accusée à ma place était un crime impardonnable; que j’étais dorénavant damné, entre les damnés.

Et puis plus tard, je ne sais plus pourquoi, je fais la queue derrière les membres du groupe Dépêche Mode et, un peu par bravade, je dis aux personnes avec qui je me trouve deux ou trois choses pas franchement gentilles sur la musique de Dépêche Mode et l’un des musiciens en prend ombrage. Il se met à ourdir des plans contre moi, avec un tel acharnement, que le chanteur du groupe l’engueule et me prend sous sa protection. Il me présente sa collection de thés rares. Il y en a un, par exemple, qui s’appelle Babouchka et qui ressemble tout à fait à un minuscule napperon, tricoté avec du fil de soie. Mais c’est un thé. Et puis il y en a un autre qui est vivant, c’est un lézard. C’est aussi un thé. Je suis très intrigué par ce thé qui bouge. Le chanteur, qui est dans son bain, attrape le lézard entre ses doigts et lui écrase la tête. Une énorme vague de sang se répand dans la baignoire. Il attrape un gobelet, le remplit d’eau rouge, en boit un trait et me tend le verre.

-Tu vas voir, c’est dingue.

Ça a un goût de fer.

Dimanche, on avait fait des films avec S. et une intelligence artificielle. Un truc sur Minecraft, bien sûr. Steve et Gareth et la Théorie des Couleurs. Je mettrai ça en ligne demain, si j’ai le temps.

Hier, suis allé m’occuper de l’affaire de la chaudière à pellets. Constitution de dossier d’aide. Recherche de crédits. Éco-prêt à taux zéro, etc. Avant, j’avais fini le mixage du dernier film AMU et passé un coup de débroussailleuse à l’arrière de la maison. Ce matin, il y a eu un peu de pluie, c’était pas du luxe. J’ai coupé les branches du figuier qui gênaient le passage et un arbuste qui était de pousser contre le mur des dépendances. Ensuite, musique jusqu’à l’heure de la sortie de classes, parce que je devais accompagner S. à son rendez-vous à Poitiers.