GOLEM DE FER

Nuit mouvementée.

J’avais tué quelqu’un, un ami, T.R. je crois. Je ne sais plus pourquoi je l’avais tué, mais je me souviens comment je l’avais tué. À coups de casque de moto sur le crâne, je l’avais tué. Jusqu’à écrasement complet du visage.

Ça demandait de la vigueur et une franche détermination à tuer. J’avais surement eu une bonne raison, mais je ne me souviens de rien. C’était peut-être tout simplement un crime crapuleux, d’ailleurs.

J’avais laissé accuser une innocente. La femme de ménage. Je ne sais pas exactement de quel ménage elle était la femme, d’ailleurs, mais je me souvenais l’avoir vu passer les plats. Une femme bonne et pieuse, aurait dit Julien Guyomar dans un film de Buñuel. Une espagnole, c’est certain. Je pense qu’au fond, elle savait que c’était moi le coupable et acceptait de se sacrifier pour m’éviter d’être pris. Sans doute se disait-elle que je ne supporterais pas la prison, alors qu’elle était dure à la peine? Je ne sais pas. Elle était trop bonne pour laisser voir qu’elle me savait coupable et agissait à mon égard avec sa gentillesse habituelle.

C’était horrible, son innocence était évidente et ma culpabilité non moins évidente. J’avais même conservé l’arme du crime (le casque). Je n’avais qu’une chose à faire: aller me dénoncer, mais le problème c’est que j’avais une complice, qui me suppliait de n’en rien faire.

Je lui expliquais qu’il allait y avoir une enquête et que, même si la femme de ménage continuait de plaider coupable, personne de sérieux ne pouvait la croire, que l’enquête allait fatalement remonter jusqu’à moi. Et pendant tout ce temps je me disais qu’il n’y avait qu’une chose à faire: se rendre sur le champ et que d’avoir accepté ne serait-ce qu’une seconde qu’une innocente soit accusée à ma place était un crime impardonnable; que j’étais dorénavant damné, entre les damnés.

Et puis plus tard, je ne sais plus pourquoi, je fais la queue derrière les membres du groupe Dépêche Mode et, un peu par bravade, je dis aux personnes avec qui je me trouve deux ou trois choses pas franchement gentilles sur la musique de Dépêche Mode et l’un des musiciens en prend ombrage. Il se met à ourdir des plans contre moi, avec un tel acharnement, que le chanteur du groupe l’engueule et me prend sous sa protection. Il me présente sa collection de thés rares. Il y en a un, par exemple, qui s’appelle Babouchka et qui ressemble tout à fait à un minuscule napperon, tricoté avec du fil de soie. Mais c’est un thé. Et puis il y en a un autre qui est vivant, c’est un lézard. C’est aussi un thé. Je suis très intrigué par ce thé qui bouge. Le chanteur, qui est dans son bain, attrape le lézard entre ses doigts et lui écrase la tête. Une énorme vague de sang se répand dans la baignoire. Il attrape un gobelet, le remplit d’eau rouge, en boit un trait et me tend le verre.

-Tu vas voir, c’est dingue.

Ça a un goût de fer.

Dimanche, on avait fait des films avec S. et une intelligence artificielle. Un truc sur Minecraft, bien sûr. Steve et Gareth et la Théorie des Couleurs. Je mettrai ça en ligne demain, si j’ai le temps.

Hier, suis allé m’occuper de l’affaire de la chaudière à pellets. Constitution de dossier d’aide. Recherche de crédits. Éco-prêt à taux zéro, etc. Avant, j’avais fini le mixage du dernier film AMU et passé un coup de débroussailleuse à l’arrière de la maison. Ce matin, il y a eu un peu de pluie, c’était pas du luxe. J’ai coupé les branches du figuier qui gênaient le passage et un arbuste qui était de pousser contre le mur des dépendances. Ensuite, musique jusqu’à l’heure de la sortie de classes, parce que je devais accompagner S. à son rendez-vous à Poitiers.