C’EST TENDU

Avant d’aller aider à la direction de deux classes de CE1 en vue d’un opéra fin juin, j’étais passé à la banque pour tirer du liquide.
Il y a des choses qu’il faut savoir payer en liquide, me dis-je.
Tout est décidément affaire de trésorerie, me dis-je.
Et il faut savoir que le client paye à quarante cinq jours, pensais-je.
Pas oublier, dans le prévisionnel, me dis-je.
Et G. m’appelle pour me demander si j’ai pensé à la trésorerie et je lui réponds que justement j’y ai pensé. 
Pas possible, qu’il me fait. 
Si, que je lui dis.
Avec toi, même pas la peine de demander, qu’il réplique.
C’est normal, que je lâche.
Si seulement, qu’il soupire.

L’important, c’est d’assurer la trésorerie, pensais-je, me dis-je.
Anticiper, me dis-je. Investir, me dis-je.
On est à flux tendus.
Tendus comme le tissu.
Et c’est beau.
Et le meuble nous promet treize unités de racks dix neuf pouces.
En plus d’un abri frais pour l’unité centrale.
Il faudra penser patch et pitch.

Et il pleut mais je ne sais jamais qui est celui dont on dit qu’il pleut.
Dieu pleut ?
Le ciel pleut ?
Ca pleut, me dis-je.
Comme vache qui pisse, me dis-je.
Comme Marcel Pagnol, me dis-je encore.

On reste jusqu’à dix-sept heures avec G. et je ne devrais pas parce qu’on bavarde et ce n’est pas comme ça que les travaux vont avancer mais en même temps, me dis-je, c’est en parlant qu’on avance, me dis-je.
Je fais un saut sur le toit dont nous avions arrosé la pelouse hier soir avec C.
C’est encore bien de la paille.
Il va falloir de l’eau et puis ratisser large, me dis-je.
Les roses sont presque fanées.
Le petit jardinet avec ses fraises semble bien se porter.
C’est beau tous ces chantiers aux alentours.

Bon, c’est ce soir pour la déclaration des revenus.

Une odeur de cordons bleus.
Une petite fille qui vient mâcher trop près de mon oreille et s’appuie sur mon fauteuil.
– Quoi ? C’est l’arnaque ! Tu vas pas noter tout ce que je dis, quand même ? C’est vrai quoi ! Arrête ! C’est pas vrai, là !

Bon allez, ça suffit.

DES CERISES SUR LE TOIT

En me réveillant, vers sept heures, je me dis: « Tiens, c’est bientôt le jour le plus long ».
Et je repense à ces tentatives des astrologues chinois pour essayer de faire coïncider les cinq éléments avec les quatre saisons. 
Cette idée, par exemple, que l’on pourrait inventer une saison inexistante au centre (élément de Terre). 
Une saison invisible. 
Une saison d’un instant.

Je file à la gym, après les deux parties d’échecs réglementaires.
Il me faut éliminer tous ces hydrates de carbone, tout ce Chardonnay.
Une semaine d’ascèse.
Perdre deux kilos.
Et puis reprend le cours de la vie.
Au secours, je me dis.
Steaks et haricots verts.
Yoghourt zéro pour cent.

Apprentissage de WordPress, pour le site de C.A. Studio.
F.V. m’envoie des propositions de logo.
C’est bien, mais rien n’est aussi bien que le logo de Life Design.
Alors, avec l’autorisation de H. et de F., je m’en vais utiliser le logo de Life Design.
C’est un logo générique.
Un logo total.
En tout cas pour l’instant.
J’ai une semaine pour trancher.

Vers seize heures quinze, on part pour Montreuil avec C.
On retrouve G. dans la salle associative.
Il est en train de peindre les plinthes.
Seconde couche.
Puis il se remet à l’installation du tissu.
C’est fou comme c’est beau.
C’est beau comme c’est fou.
J’ai hâte.
C’est bientôt.

On va acheter des cerises, des chips et de l’eau et on rejoint N., M. et L. sur la terrasse pour l’apéritif.
C. se fait des peintures de guerre avec le jus de cerises.
On va dire au revoir à G. et on rentre.
Encore un peu de tutoriel WordPress.
Il va me falloir des notions de CSS.
Il faut savoir tout faire.
Faire de tout.
Mais j’oublie tout immédiatement.

C. écrit son journal intime, m’apprend-elle, en traversant l’avenue de la Résistance.
– Comme toi, papa, me dit-elle.
– C’est bien… tu écris tous les jours ?
– Pas tous les jours. Juste quand il m’arrive quelque chose de spécial.
– Moi, j’essaye d’écrire tous les jours, mais ce n’est pas simple. On n’a pas toujours quelque chose à écrire, ni envie, ni la force, ni le temps.
– Oui… Et en plus parfois il y a une petite fille qui te dérange.
– Tu veux parler de la petite fille qui toujours veut absolument être citée ?
– Oui, celle là même…
– Ra la la…

Je regarde deux épisodes de House of cards, j’achète des câbles sur eBay et je crois que maintenant, il est temps d’aller me coucher.
Une heure cinquante.
Il est temps.
Demain, on verra.

ET PUIS NOUS SOMMES RENTRÉS

On avait eu chaud, bien chaud, derrière les rideaux noirs, les baies vitrées inondées de soleil, dans le ronronnement des vidéoprojecteurs.
Tout le monde avait eu chaud et, plus que tout le monde, les étudiants qui présentaient l’épreuve du DNAP.
Mais l’on avait finalement eu raison de la chaleur et l’on s’était rafraîchis, rassérénés.

J’avais mangé trop de sucres lents, trop de féculents, trop de gâteaux, de pain, de frites.
C’avait été une semaine somptuaire sous l’angle des hydrates de carbone.

Tout avait commencé par le potjevleesch sur la plage de Malo, jeudi soir avec S. et P.
Puis à midi, vendredi, C. me fait découvrir une nouvelle cantine, qui fabrique des hamburgers.
En engloutissant cette nourriture trop riche, nous discutons des mérites comparées des philosophies de l’action et de la contemplation et poursuivons une conversation entamée la veille avec P. quant à la difficulté de dire la différence – sexuelle en l’occurence – l’indifférenciation étant confondue avec l’égalité en droit.
Dire la différence comme condition du désir.

Mais trop de pain, décidément, trop de gâteaux.
Il fallait mettre un terme à cette débauche.
L’on se mettrait au régime sec.
L’on reprendrait un entraînement intensif.
Et les travaux s’achèveraient.
On savait qu’au loin, pas si loin, les travaux touchaient à leur fin.
L’on était régulièrement informé de la progression d’une certaine quantité de colis, acheminés en notre direction par différents livreurs.
Mercredi avait été indiqué par nos soins comme la journée de convergence de tous ces colis.

Et l’on installerait mercredi.
Et l’on souderait.
Et l’on assemblerait.
Et l’on visserait.
Et l’on monterait.
Et l’on fixerait.
Et l’on brancherait.
Et l’on écouterait.
Et l’on étalonnerait.
Et l’on ferait la balance.
Et l’on testerait l’installation.
Et l’on installerait les mises-à-jour.
Et l’on autoriserait en ligne.

Pour l’heure, les lignes convergent nettement.
Lentement mais sûrement.

Hier soir, donc, quittant l’école, P.G. et moi nous étions installés avec un nombre insuffisant de canettes de bière dans le train de 16h56 en direction de Paris, que nous avions atteint à 19h15 environ.
Le temps de déposer mes affaires à la maison, de passer embrasser L.B. et ses amis rue Tiquetone et j’avais rejoint le Silencio où se produisait Yolk.
J’assistai au concert dans un état de catalepsie avancé.
Agréable stupeur contemplative dans la transe musicale.
Bises aux amis et back home, je m’effondre instantanément.

Ce matin, grasse matinée jusqu’à 8h50.
Rapide petit déjeuner et je fais un saut à Montreuil où je tombe sur M.
Je fais des photos et je repars.
G. appelle.
Nous convenons de nous voir demain en fin d’après-midi.

Je fais des courses en rentrant.
Y. est allée chercher C. chez L.
Nous déjeunons et j’emmène C. à sa leçon de piano.
On achète de la crème contre les piqûres de moustiques (Onctose), un DVD (Les Pingouins) et des cerises avant de rentrer.

C. range sa chambre.
J’écoute Alfred Schnitke. Concerto Grosso n°1. Posté par M.S.
Merci.

ATTERRISSAGE

Atterrissage, disait la Région.
C’était la manière douce pour dire « les carottes sont cuites ».
Les carottes sont-elles cuites pour l’art et la culture en Région Hauts de France ? Non! 
Léguman !
T’es enfant de la Terre, le Soleil est ton père, tu fais mordre la poussière à tous ceux qui veulent la guerre…
Etc.

Et nous nous étions retrouvés, P.G. et moi, à 6h35 Gare du Nord.
Et nous nous étions aperçus qu’il avait réservé dans la voiture 18 la place 56 et que j’avais, pour ma part, réservé dans la voiture 18 la place 55.
Coïncidence…

La vie est bien faite, il n’y a personne dans la voiture et pour finir on s’installe absolument où l’on veut. 
Un soleil sans partage flotte dans l’azur.
Tout est bien.
Tout est lumineux.
Tout est illuminé.

On fait un arrêt à la pâtisserie, pour boire un café insipide servi dans des tasses Pantone® avec des viennoiseries qui ne font pas semblant d’être au beurre.
Puis, direction l’école, où P. doit remplacer au pied levé le président du jury de DNAP.
Je fais le porteur de chronomètre.
À midi, je n’ai pas droit à un plateau-repas et je suis bon pour le sempiternel menu à 11€80 du Tokyo.

Ensuite, je vais acheter des aiguilles et un spray antiseptique pour crever une ampoule sur la plante de mon pied gauche. J’en profite pour avaler une tarte au citron meringuée.
C’était pas le jour pour bouffer des protéines.
Retour à l’école.
Suite des passages.

C’est bien.
C’est fou.
Vers seize heure trente, le jury délibère.
Je fais des mails, des jeux.

J’attends.
C’est long.
Tout le monde attend.
J’attends toujours.
J’attends encore.

Viendra un moment où l’on n’attendra plus. Où l’on aura oublié avoir attendu.
On sera sur la plage.
On boira du vin blanc en regardant passer les filles.

C. ne voulait pas dormir hier soir parce qu’un jour la Terre allait exploser et alors, nous serions tous morts mais que deviendraient ses doudous ?
Sérieusement…