
Sans doute est-ce le début de la fin de quelque-chose mais je ne ressens pas le besoin de savoir pourquoi, tout à coup, la bibliothèque photo de mon téléphone ne se synchronise plus avec celle de mon ordinateur portable, me disais-je. Ce n’est plus de saison, me disais-je. Ce n’est plus un problème pour moi, comme aurait dit l’autre, me dis-je. Donc, n’y pensons pas même, me dis-je. Pouic, me dis-je.
Et c’était une journée assez bien remplie, me dis-je encore. Remplie quoiqu’équilibrée, me dis-je.
Et lorsque j’en aurai assez de me dire me dis-je, me dis-je, je dirai me disais-je, me dis-je.
Donc tout avait commencé par un homme trop las pour poursuivre sa route.
Tout avait commencé par un motel abandonné sur une route écartée, alors que je cherchais un raccourci que jamais je ne trouvai. Tout avait commencé par un métro trop bondé pour y croire et pourtant il fallait y croire car c’était ainsi. Tout avait commencé par l’évidence d’une gueule de bois à six heures du matin et par l’absorption de mille milligrammes de paracétamol. Tout avait commencé par un certain découragement qui devait cependant très vite céder face à quelques centilitres de café, quarante grammes de morbier, et deux tartines de pain complet grillées beurrées.
Ajoutez à cela qu’il pleuvait.
Et, en marchant hier, je m’étais fait cette réflexion très profonde que décidément il faisait froid.
Et encore aujourd’hui cette pensée me tourmentait, mais moins.
Il faisait moins froid, me disais-je.
Il faisait moins que froid, me dis-je.
C’était humide et quand c’est humide, c’est moins froid.
La lumière était jaune, me souviens-je.
Il y avait du jaune dans du gris, me précisai-je.
Je croisais le gardien, comme chaque matin, ou presque, et comme chaque matin nous nous saluâmes en silence.
Pas tout à fait en silence.
En maugréant quelque chose dans nos barbes.
Il n’a pas de barbe, mais c’est une expression.
D’ailleurs, à propos de barbe, me disais-je, ne serait-il pas temps de me raser ?
De tout raser ?
Cheveux, barbe, tout ?
Hum…
Donc, métro bondé, mais je saute sur une place libre et parviens à la tenir jusqu’à Nation.
Là, vient un moment où il devient nécessaire de relever son strapontin et d’affronter la violence olfactive.
La longue et pénétrante violence olfactive. Et visuelle, me disais-je.
Pour ne pas dire tactile, me disais-je.
On affronte et puis, vers neuf heures, l’on sort à Saint Philippe du Roule pour rouler vers notre premier chantier. D. arrive peu après. Il faut décharger des plaques d’aggloméré et j’en perds mes lunettes et j’en laisse glisser les plaques dans le caniveau.
Sans heurts, par bonheur.
Café, recherche d’une place.
Longue matinée de tergiversation, d’inversion du plan.
La porte change de mur.
La baie vitrée glisse.
Chaises musicales.
Y. inscrit ses gaines dans les réserves.
Et puis arrive P.C.
Il valide. C’est l’extase. Pour moi la vie va commencer.
Et c’est l’heure d’aller déjeuner avec G. à Ménilmontant.
Il y avait des œufs pochés, des lardons, du cabillaud, des haricots verts, des cafés gourmands, du vin rouge et du calvados.
On en sortait réchauffés, direction l’étude de notre huissier préféré.
Puis, en allant chercher C. à l’école, l’on croisait Y-N.G. chez Bio c’est Bon, parce que c’est bon, quand c’est bio, non ? L’on se promettait d’essayer d’aller suivre son séminaire, son cours, son atelier, sa bonne parole. Promettre d’essayer ce n’est rien promettre, me disais-je.
Rendez-vous pris avec C. chez F.J. pour demain onze heures.
Avant cela nous aurons retrouvé J. et G. sur le chantier pour la valse des prises et des interrupteurs. Puis, de la rue de Douai, nous irons à Bercy déjeuner avec D. avant de rejoindre O. pour une étude de maçonnerie et une ébauche de devis.
Vers 18h30 il sera temps de se rendre rue de Charonne pour une étude acoustique et compagnie de K.
Et ensuite, nous verrons de quoi la nuit sera faite.
Pour l’heure, Sylvain Tesson, Berezina.