
Fermé le compte Facebook.
Pas seulement fermé: effacé. D’ici 30 jours on ne pourra plus le réactiver et d’ici 90 jours les données seront définitivement effacées.
Je respire. C’est un tout petit peu abyssal cette légèreté.
Cela met fin à tout un arc réflexe, à tout un schéma compulsionnel.
C’est vertigineux. Attendons de voir si cela s’appelle l’Aurore ou si cela s’appelle le Crépuscule des idoles. Attendons les 30 jours, attendons les 90 jours.
Bye bye les 5000 amis. Bonjour à l’existence. La vie nous appelle même quand nous l’appelons, ai-je lu.
Le jardin se profile. Il faut cultiver, me dis-je.
C’était la rentrée, après les vacances de Noël et, passé les évaluations, il n’y avait personne. L’école était déserte. Glacée. Tout le monde avait attrapé la grippe.
J’avais passé la journée de mercredi quasiment seul dans le studio, avec tout de même le passage de M.L., trempé par une averse, venu travailler sur son mémoire. On fait un petit tour en bibliothèque. On ajuste deux ou trois phrases. On trace des axes méthodologiques. La vie mode d’emploi.
Et puis alors jeudi, là, tout seul tout le temps. Personne. Le silence glacé de l’école déserte et quelques aller-retours entre le studio et la machine à café.
J’étais allé manger un bœuf Loc-Lac et puis encore un bol de Tsunamen sur le chemin du retour. Il faisait froid. Il fallait se réchauffer.
Le train était presque vide. La gare était presque vide. Le métro était presque vide. Les rues étaient presque vides.
Et ce matin, R. était patraque. Grippe. J’ai fait du bortsch aux légumes. Ça réchauffe.
Ce soir, un curry de butternut et du riz. Ça réchauffe aussi.
« Je n’arrive pas à y croire », aime répéter S. à tout propos. Ou bien il dit: « si je m’attendais à ça! ». Je crois que ça vient de L’Âge de Glace.