
Trois fois par an, ils se retrouvaient tous dans une même salle, autour d’une arène formée par des tables dressées bout-à-bout et face-à-face.
Au centre, des prolongateurs et des triplettes pour alimenter les ordinateurs portables.
On appelait cela une réunion.
Et cela durait deux jours.
Voilà.
C’était rituel, il fallait bien ça. Il leur fallait bien ça.
Il ne s’y disait pas grand-chose d’essentiel, mais ils étaient réunis, ils faisaient masse, ils faisaient corps.
Et puis tout le monde rentrait chez lui, chez elle.
Et puis, c’était l’été.
Et on laissait cela derrière soi.
Et l’on pensait à autre chose, déjà.
Dans le train de quinze heure cinquante six.
Et j’avais peu dormi, tant fébrile j’étais, à l’idée de l’organisation de la semaine à venir.
L’inauguration du studio.
Mais être fébrile était sans objet.
Il suffisait d’enchaîner les actions dans le bon ordre et de prendre plaisir au flux de l’existence.
Et c’était tout.
Et il n’y avait rien d’autre.
C’était simple et léger.
En rentrant, j’avais acheté du vin blanc, des cacahuètes et du guacamole.
C’était très bien comme ça.
Les histoires duraient ce que durent les histoires.
Les objets, ce que durent les objets.
Les amitiés, ce que durent les amitiés.
La collectivité se racontait à elle même une nouvelle histoire par de nouveaux moyens, toujours provisoires, toujours inadéquats.
Et les gens fumaient des cigarettes sur le pas de leur porte.
malgré les sinistres paquets.
Malgré les images morbides.
Malgré la couleur verdâtre.
Et il était l’heure de dormir.
Et l’on fermerait les yeux.
Et il ne se passerait rien.
Et c’était très bien comme ça.