Chose promise, chose due. La neige est tombée, et pas qu’un peu.
Anouk est allée chercher des chaussettes pour nos pneus mais j’ai déchiré les chaussettes à peine installées. Je ne suis pas le roi de l’installation de chaussettes à pneus. C’est ainsi.
Devant cette neige splendide, Don Papa s’est dit qu’il fallait faire une fondue et téléphone pour nous inviter. Ce sont finalement eux qui sont venus, face à ma détresse de chaussettes à pneus. Don papa me refile un tuyau de première bourre pour faire installer à pas cher et à efficace des pneus toutes saisons et en finir une bonne fois pour toutes avec ces maudites chaussettes à clous. D’ailleurs Don papa a installé les chaussettes d’Anouk pendant que je préparais la fondue avec Claudine et que les enfants préparaient un spectacle que jamais nous ne leur permirent de nous produire (mais j’en rangeai les décors peu après, en allant coucher Rexy).
Il y avait eu réunion pédagogique en visio. Peu de monde à l’école-même, enfin quelques-uns, pourtant. Pendant la pause de midi, on va faire une balade à la Cendrone. C’est magnifique. On fait réchauffer la soupe de potimarron et je prépare des crozets pour Bubunne.
De retour en visio-réunion de 14h à 17h30, puis chaussettes, fondue, galette, etc.
Il est prévu que de la neige tombe encore cette nuit. Et demain, suite des réunions en visiorama.
C’était très beau, ce matin, tout ce givre. -8°C en arrivant devant l’école de Rexy. C’est tonique, ce froid. Ça réveille.. Ça organise l’énergie.
J’ai laissé le poêle tourner toute la journée et ne viens de l’éteindre qu’à l’instant, juste avant de me mettre au lit.
Curieusement, il y a toujours un moment dans la nuit – il surgit ponctuellement vers 3h00 du matin – où, tout à coup, je me dis qu’il fait froid et je me sens obligé d’aller tâter les radiateurs pour vérifier qu’ils sont toujours bien tièdes. Et ils le sont. D’ailleurs j’entends la chaudière qui se met en route de temps en temps. Et l’eau ruisseler dans les tuyaux. J’essaye d’imaginer le mouvement de l’eau. De comprendre les sons.
M’étant levé tôt, j’ai repris la gymnastique rituelle du troisième âge. Les quinze minutes réglementaires. Je songe à me mettre au tai-chi. Il faut que je me renseigne sur la question. J’ai dû faire un saut à Thouars, pour récupérer une facture chez Darty. Curieusement, j’ai trois comptes sur internet et il faut que je demande au service clientèle de les fusionner. J’en profite pour faire trois courses chez Edouard L. Après ça, je rentre et, je ne sais pourquoi, j’écoute toute la journée Elvis Costello, Joe Jackson et The Beat. Ce sont comme des madeleines. Je me revois au collège, en fermant les yeux.
Je travaille mon piano, un peu de guitare, j’écris un peu.
C’est une belle journée, calme et solaire. Lumineuse et glacée. J’ai l’impression d’être un chat. Je suis en symbiose avec les chats.
En fin de journée, je vais chercher Rexy et, pendant qu’il regarde Dino Trux en Paramount, avec le son de la nouvelle barre Sonos placée derrière l’écran (c’est une vraie amélioration par rapport au son des haut-parleurs intégrés du Mac Book), je prépare de la soupe au potimarron.
Jules Arcelor prévient par mail que demain est une journée d’alerte orange verglas et neige. Il est recommandé de limiter les déplacements et je décide d’assister finalement aux réunions pédagogiques en visio. Et voilà. Là dessus, Abbas appelle pour peut-être un studio de montage-mixage télé à réaliser d’ici février. On en saura plus mercredi.
Mercredi qui est, me rappelle Rexy, le jour où expire la bouteille de jus d’ananas ouverte dimanche.
Chez Mario, c’est pratique: l’on sait qu’il va toujours se trouver des copains et copines pour jouer avec le jeune tyrannosaure et que l’on pourra en profiter pour lire un bouquin, regarder un film, faire nos mails, bailler aux corneilles, bref respirer un bon coup jusqu’à l’heure de la fermeture, c’est à dire, peu ou prou, 18h30.
D’ailleurs, l’heure approche, me dis-je, jetant un œil inquiet à l’angle supérieur droit. Dix huit heures huit, annonce l’impavide compteur. Et je vois se pointer un jeune dinosaures en nage. Il faudra laver les cheveux ce soir. Ce n’est pas une menace, c’est une promesse.
Et demain, déjà, demain, enfin, c’est la rentrée. Retour à une activité normale. Ou à une inactivité normale. Alternativement, simultanément.
Les minutes passent par-dessus l’épaule, c’est énervant. Je vais faire une pause, ranger. Une petite fille vient me dire:
– Wahou, vous avez apporté un ordinateur! Il est grand!.
Il me semble bien qu’elle se moque.
-Il est gigantesque, je réponds, énorme, c’est très rare un ordinateur de cette taille ! -Oui, moi je n’en ai jamais eu, elle dit, mais j’ai une vraie tablette d’adulte. -Ça c’est top, alors ! -Oui, sauf qu’elle n’a plus de batterie. -Bah, il faut la recharger… – Hum…pour ça faut y penser et avoir le temps.
Qu’ajouter ? Je reste sans voix et j’écarte les bras avec résignation, mais elle a déjà disparu dans un grand éclat de rire.
Ciel, il est dix-huit heures vingt.
Ciel, tu m’avais pas dit qu’c’était une magicienneuh…
Lotus, Little Simz Moisturizer, Wet Leg Appear, Disappear, Young Gods Una Lunghissima Ombra, Andrea Laszlo De Simone Joy in Repetition, Hot Chip Vie, Doja Cat A Danger to Ourselves, Lucrecia Dalt Essex Honey, Blood Orange Thunderball, The Melvins National Average, Big Special
Tout ça sans ordre, sans hiérarchie et certainement sans exhaustivité.
Pendant qu’Archie Shepp et que John Coltrane, je me demande d’où vient l’odeur à proximité de mon bureau. Oui, je sais bien qu’elle doit provenir d’un imprimé glacé, probablement d’un programme ou d’une revue d’art contemporain. D’où vient l’odeur ? D’un vernis ? D’une colle ? D’une encre ? C’est une odeur âcre, puissante, entêtante, avec des notes résineuses et un arrière-plan chimique nauséeux.
Oh, ça y est ! En reniflant chaque objet à proximité je découvre le coupable: un cahier Oxford à spirales de cent pages petits carreaux, utilisé pour prendre des notes. C’est lui ! Couverture de couleur orange, petit format. L’odeur est à peine supportable. Il faut que je l’éloigne. Vite, je regarde s’il contient des notes importantes ou si je peux tout simplement le bazarder. Ah oui, il y a des notes importantes… Alors, je le cache loin, en hauteur, sur une étagère. Je pourrais l’emballer dans un sac. Oui, c’est ça, je l’emballe. Allons vite chercher un sac.
Pit et pat et pit et pat…
Et hop, emballé dans un sac en papier de la K’arts. Je retombe sur un catalogue d’exposition (« The Neutral » ) et des reproductions au format carte postale. Je les pose au bord du bureau, avec l’idée d’envoyer une carte aux amis.
L’odeur flotte toujours. Je me découvre une hyper-sensibilité aux odeurs de papeterie et d’imprimerie. Que vais-je devenir ? Comment vais-je survivre dans ce monde plein d’imprimés odorants ?
Bon, il faut que je m’occupe un peu de mes projets, que je surveille les commissions de la DRAC, que je fasse des dossiers, des projets, des demandes, des offres, du buzz, du wachi-wacha… Je prends des résolutions avant l’heure des résolutions. Des hautes résolutions.
Mais d’abord, un thé. Un bon thé vert de l’île de Jeju. C’est un terrain volcanique, l’île de Jeju, au sud de la Corée du Sud. Le thé a hérité de ce caractère minéral. Mon dieu, l’odeur est encore là. Y aurait-il un autre cahier ? Il faut que j’en ai le cœur net. Ciel ! C’est le chéquier de la BRED ! Il faut le planquer, lui aussi ! Mon dieu !
Et hop, il a rejoint le cahier Oxford dans le sac en haut de l’étagère.
C’est toujours un peu fatigant les vacances de Noël, toujours un peu déprimant, toujours un peu assommant. C’est toujours un peu à contre-cœur, un peu à regret, toujours à son corps défendant. C’est toujours un peu trop de pression, un peu trop d’efforts, toujours trop de complications. C’est toujours un peu l’enfer, les vacances de Noël, un moment éprouvant. Une épreuve. Une série d’épreuves. Une longue série d’épreuves prises les unes dans les autres. Chaque nouvelle épreuve plus pénible et apparemment insurmontable que la précédente. Sans apparence de fin. Mais il y aurait bien une fin. Une fin venait toujours à la fin. C’était une heureuse tautologie, m’étais-je dit. Enfin.
Un jour – il y a longtemps – j’avais cru pouvoir y échapper. J’avais cru pouvoir échapper à tant de choses. Et voilà que, juste au moment où je croyais enfin m’en être tiré pour de bon, l’on m’y avait replongé – je m’y étais moi-même replongé – et j’en avais repris pour vingt ans.
Les enfants. C’est encore et toujours la faute des enfants. Les enfants sont très responsables et j’irais même jusqu’à dire très coupables des maux qui nous accablent encore et toujours à Noël, m’étais-je dit. Et d’ailleurs, ils sont, eux aussi, toujours déçus et malheureux, avais-je pensé. Noël est une malédiction, m’étais-je dit. L’esprit de Noël est un démon malfaisant et machiavélique, avais-je pensé.
Je dis ça, me dis-je, mais il y a aussi de bons moments, bien que brefs et rares. Il y a toujours de bons moments au milieu des pires tourments, me dis-je. Et il y a, de toute évidences, des tourments bien pires, me dis-je encore.
Bref, le froid était venu et le chauffage avait commencé à faire des siennes, comme aurait dit Maître Gims. La chaudière, en s’arrêtant déjà à deux reprises depuis hier et le poêle du salon, en se mettant en alerte dépression déjà, deux fois aussi. Je ne sais que penser, m’étais-je dit. J’espère que ce n’est pas que le début d’une longue galère, avais-je pensé. Angoisse.
La voiture est plus difficile à démarrer le matin. Il faut faire préchauffer.
Ce matin, il avait fallu démarrer tôt, à six heures, pour déposer Lady Pénélope et Maxime Protagoras à la gare de Poitiers pour le train de 7h14. En roulant, l’on avait écouté, au sein des Nuits de France-Culture, qui sont encore ce que France-Culture peut proposer de mieux – la production actuelle étant généralement d’une indigence désolante – une émission de 1977 consacrée aux arbres. Et cela avait été comme d’une autre espèce humaine, d’un autre rapport au temps et au langage, d’une autre manière de se relier au monde, au cosmos, d’envisager l’enchaînement de l’Histoire aux événements; cela avait été, m’étais-je dit, comme d’ une autre vision de l’aventure humaine. C’est d’un autre monde, d’une autre humanité, avais-je pensé. Et pourtant, cela ne semblait pas si loin, quand on y pensait, m’étais-je dit. J’avais roulé en silence et en souriant à l’intention des arbres, des ormes, des chênes, des frênes, des hêtres, des merisiers et des marronniers de trente ans.
On ne sait jamais si les adolescents s’amusent ou s’ennuient, m’étais-je dit. On ne sait jamais s’ils sont intéressés ou barbés par le film que l’on regarde ensemble, s’ils sont émus ou insensibles, avais-je pensé. Pour ou contre ? On ne sait pas. On ne sait jamais s’ils sont attentifs ou indifférents aux paysages que l’on traverse ensemble, s’ils sont à l’écoute ou totalement sourds à la musique diffusée dans l’espace que l’on partage, m’étais-je dit. En réalité ils sont probablement équipés d’écouteurs intra-auriculaires et immergés dans leur propre bain musical, avais-je pensé. Ce qu’ils en pensent et même s’ils en pensent simplement quelque chose ? On ne sait pas. On ne sait jamais s’ils sont contents ou désolés d’être là, avais-je pensé. Ils ont cette sorte d’innexpressivité propre à l’adolescence. En alternance avec ces brèves exaltations également propres à l’adolescence (au sens dostoïevskien du terme), qui sont le corolaire de cette inexpressivité fondamentale. C’est toujours assez angoissant cette coupure que l’on ressent. Sans doute sont-ils trop accaparés par le caractère initiatique de chaque expérience et les contraintes de cette phase d’apprentissage et de croissance intensive ?
Les parents disent qu’ils vont rester deux jours mais ils ne restent pas même un jour complet. On a beau s’y attendre, c’est toujours une surprise. Mais ils sont tout de même contents, même si malades, fatigués; même s’ils ont eu froid. C’était quand même un beau réveillon, avaient-ils dit.
Je ne sais pas pourquoi c’est si triste, Noël. Pourquoi c’est déchirant de tristesse. Morne, triste, gris. Et puis il fait froid. Il faut en finir, on se dit, me dis-je.
Passons à autre chose, me dis-je. Tirons un trait et allons de l’avant.
L’on s’en était tout de même pas trop mal sortis, avais-je pensé.
Brouillard aujourd’hui. Brouillard sur la route en rentrant de Bressuire. Brouillard dans les champs. C’est beau et flippant. Mais beau. Mais flippant.
Il y a, à Bressuire, une épicerie qui s’appelle « L’épicerie ouverte ». Et elle l’est. 7 jours sur 7 de 9h00 à minuit. Nous y avons fait un saut, en sortant de la Cabane de Mario, pour racheter des œufs et du parmesan. Enfin, l’on appelle cela du parmesan mais c’est en réalité de la sciure de bois vaguement faisandée.
C’était un week-end paisible avec Bubunne. Vélo dans les champs, hier, petites courses à Thouars, découpages de silhouettes de dinosaures en papier pour un théâtre d’ombres, des films, des travers de porc caramélisés, de la hampe et des pommes de terre sautées. La cuisson au gaz apporte vraiment une amélioration. Gribouille pique la place d’Uranus et Uranus mange dans la gamelle de Gribouille.
-On ne s’est pas disputés ce week-end, me dit Bubunne avant de s’endormir.
C’était un bon week-end. On avait un bon rythme et une bonne volonté. La peur recule, et d’abord parce que les zombies n’existent pas.
Guy nous a trouvé un gigot de chevreuil. Je potasse des recettes et j’ai pris des billets de train à un million de dollar pour Lady Pénélope avec qui l’on papote hier en visio dans la cuisine, en préparant des crozets pour le T-Rex, avant que le téléphone ne tombe en rade de batterie.
Il y a un nouveau chat sauvage dans les parages. Anouk dit qu’il va peut être falloir faire venir Gaëtan et son fusil.
Ce n’est pas pour me vanter, mais ce fut tout de même une bonne matinée de bricolage. Et même le début d’après-midi. Et même jusqu’à 16 heures, je dois dire.
Après avoir déposé le roi des dinos à l’école élémentaire, j’avais fait un saut chez Roux. Roux, c’est le magasin de bricolage. J’y ai acheté des tasseaux en 35x35X2400, une planche de 18x400x800, ce qui était parfait puisque j’avais besoin de deux fois 400×400, des vis de 50mm à tête fraisée et aussi un tuyau de douche pour remplacer celui qui était cassé. Et, en rentrant, j’ai commencé à assembler mon meuble pour la bouteille de gaz. Les installateurs mandatés par Darty sont arrivés à 12h53 pétantes et ont passé un certain temps à installer la nouvelle plaque de cuisson. Il fallait changer les gicleurs de gaz pour les adapter au Butane.
Après installation, il s’avère que le tiroir situé sous les brûleurs de gaz ne peut plus être fermé complètement. Il bute contre l’arrivée de gaz et le coude du tuyau. Je dois démonter le tiroir et créer une encoche dans le fond. C’est une assez longue aventure de démonter ce tiroir mais je finis par y arriver en me couchant en dessous et en faisant levier sur les taquets en plastique avec un grand tournevis plat.
Ensuite, je poursuis l’assemblage du meuble pour la bouteille de gaz et je me rends compte qu’il va me falloir des équerres alors je retourne chez Roux. J’en profite pour acheter des roulettes. J’assemble les montants et le plateau supérieur. Il me restera à consolider avec des tasseaux transversaux au centre des montants et à installer les roues. J’envoie les photos à Anouk Alphonsine, qui nous félicite pour ce beau travail d’équipe (c’est elle qui a eu l’idée d’un meuble, puis celle des roulettes).
Des colis sont arrivés, que je suis allé chercher à la Poste mais je ne les ai pas ouverts. Ils sont restés dans le coffre de la voiture.
Bubunne à une grosse trace rouge sur la joue. Il est tombé dans la cour de récréation, poussé par une grande qui ne l’avait pas vu. Ce soir, au centre de loisirs il était assez copain avec Rib, habituellement son ennemi juré. Ils jouaient à entrechoquer des structures genre LEGO en riant comme des baleines. C’était réjouissant.
Le poêle affiche un message inquiétant: « Maintenance Extraordinaire ». J’écris à Athanase Frigent pour lui demander s’il faut intervenir ou si je peux tout simplement faire un reset. Mais, voyant que le poêle semble fonctionner normalement, je n’attends pas la réponse d’Athanase (qui peut-être et même sans doute ne viendra pas, c’est à dire jamais) et je fais ce fameux reset, grâce aux conseils éclairés que l’on trouve sur internet, de nos jours, et c’est formidable.
Les installateurs mandatés par Darty ont oublié une clé de pipe de 7.
Et c’est ça le paradoxe, confiais-je à Éléonore Bartholdi (les noms ont été changés) cet après-midi devant la machine-à-café. Je précise que je parle de la machine à café du hall, qui – selon certains (je n’irai pas jusqu’à balancer des noms, fussent-ils changés) – produit un meilleur café que la machine située sous l’escalier en face de l’atelier bois. Par la suite, par coquetterie littéraire, j’écrirai « en face l’atelier bois » parce que j’aime cette formulation, tout en la supposant fautive.
Le fait est qu’il est plus cher, le café de la machine du hall. Je n’arrive pas à décider s’il est meilleur que celui de la machine en face l’atelier, qui, lui, est moins cher. En tout cas, il n’est pas pire, le café de la machine du hall. Pas pire que celui de la machine à café en face l’atelier. Mais est-il pour autant meilleur, le café de la machine du hall ? Meilleur au point de le payer sensiblement plus cher que le café de la machine sous l’escalier en face l’atelier ? D’aucuns, dont je tairai le nom, le prétendent. Je n’ai pas d’avis tranché mais aucune raison de mettre en doute la bonne foi de ceux qui prétendent que tel est bien le cas, c’est à dire que le café de la machine située dans le hall est effectivement meilleur, bien que plus cher, que celui que l’on obtient à la machine à café située sous l’escalier, en face de l’atelier bois et même qu’il est à ce point meilleur qu’il est hors de question d’aller chercher son café sous l’escalier alors qu’un café sensiblement meilleur et pas tellement plus cher peut être obtenu dans le hall. On m’a confié récemment que certains seraient prêts à se priver de café lorsque la machine du hall est temporairement indisponible, plutôt que de s’abaisser à aller chercher un café inférieur sous l’escalier. Je ne partage pas ces scrupules et il m’arrive souvent d’aller chercher mon café sous l’escalier, alors même que quelques pas seulement me permettraient d’atteindre le hall et un café supposément supérieur. Mais mon indifférence à l’égard de la supériorité supposée du café du hall et la plus grande proximité de la machine sous l’escalier, située à un jet de pierre du studio son, qui est mon antre habituel, font qu’il m’arrive plus souvent qu’à mon tour, de préférer à la machine du hall, celle située sous l’escalier, bien que celle-ci soit regardée avec mépris, pour ne pas dire avec consternation, par certains.
En parlant de café, je dois confier ici que ce matin, alors que je m’apprêtais à entrer en contact télématique avec Rhonda Hong, Witold Potladzj (les noms ont été changés) est soudain apparu sur le seuil du studio pour me proposer, avec beaucoup de gentillesse (il y a toujours beaucoup de gentillesse, de déférence et de courtoisie dans tout ce qu’entreprend Witold), de goûter, s’il m’arrivait d’en boire et si cela pouvait m’être agréable, un café de sa production personnelle (pas le café lui-même, mais le breuvage résultant de son immersion dans l’eau chaude au moyen d’un appareillage ad hoc). Il me confia qu’il venait de nettoyer à fond la cafetière et qu’il la testait. Il me proposait ce café à titre expérimental et, comme je lui fis part de mon accord complet et même de ma très grande gratitude à l’endroit de son adorable proposition, il me l’apporta sur le champ, pour ne pas me retarder, dans une jolie tasse de porcelaine, posée sur une petite assiette faisant office de soucoupe géante. Il précisa que le café était de la marque « Carte Noire » et que le paquet avait été acquis par lui auprès de l’enseigne Carrefour City pour la somme à peine imaginable de 6,80 €. Ou bien était-ce 6,50 ? En tout cas un prix prohibitif. A mettre au compte du réchauffement climatique, selon lui. Mais je m’égare. Le paradoxe, donc, disais-je à Éléonore, c’est que j’ai la méga-super frite et qu’en même temps je suis quasiment au bout de ma vie.
-En somme, me dit-elle, c’est la forme au niveau psychique et la ramasse au niveau physique ? -C’est exactement ça, je réponds. -Moi c’est le contraire, généralement, qu’elle me dit. -Ça c’est pas chouette, que je réponds -Pas top, non, qu’elle acquiesce. -On devrait pouvoir faire du troc, je suggère.
Là-dessus la conversation semble s’épuiser et il est temps d’aller voir un peu les travaux des étudiants de M1 des Formes du Réel. Et je dois dire qu’on n’est pas déçus du voyage, même si on termine sur les genoux. Comme il pleut, je propose à Nicole Barnum et Virginie Desmonts (les noms ont été changés) de les déposer à la gare où elles ont des trains à prendre. En route, je reçois l’appel d’Emmanuel (le prénom est le vrai), un de mes co-voyageurs Blablacar et je me souviens soudain que j’ai deux co-voyageurs et que j’aurais pu les oublier tout bonnement. Heureusement, grâce à ma proposition philanthropique, j’ai juste le temps de repasser par l’école pour cueillir mes deux co-voyageurs. Ouf !
L’on est récompensé de ses bonnes actions.
En voiture on papote avec Manu. Je dis Manu mais l’on se donne du « vous ». Manu est psychologue du travail et s’occupe en particulier d’entrepreneurs et de travailleurs agricoles. À un moment il est question du commerce de l’angoisse et de l’anxiété dont nous convenons qu’il s’agit d’un produit très efficace pour maintenir captive en situation d’isolement l’attention d’un public terrorisé, alors que les contenus positifs et reconstituants portent ce même public à s’écarter des écrans pour vivre cette vie exaltante soudain promise.