
Quelqu’un a vidé l’eau du lac du Praz, mainternant c’est un cratère. Étrange vision. Poussière, poussière.
Poussière dans les gonflables.
On préfèrera s’élever vers le petit plan, entre Moriond et dix huit cent cinquante.
Assis à l’ombre, dans la brise du dimanche matin d’après la pluie, j’écris pendant que les filles tirent à l’arc, roulent en quad, marchent sur l’eau dans des bulles de plastique, etc.
Il fait frais, enfin.
Le nez pique toujours un peu, mais j’ai décidé de me passer d’anti-histaminique hier soir, ce qui m’a permis de me réveiller tôt sans fatigue excessive.
Les frelons asiatiques bourdonnent, les mouches agacent, toutes sortes de coléoptères jouent des ailes dans les abats-jours.
Tout est calme, trop calme.
Quelque chose m’angoisse au réveil et je ne sais pas ce que c’est, c’est le propre de l’angoisse.
Sans doute rien, l’idée d’avoir négligé quelque chose.
De l’avoir tant négligé qu’on a oublié ce que c’était.
Et que l’on a oublié que l’on a oublié.
Avant de partir, on était allés, avec R., écouter Y.-N.G. lire un texte de Michel Houellenecq, Rester Vivant, dans un café, le Pas si loin à Pantin. Je me dis qu’Y.-N. est comme Louis Jouvet, par exemple. Pas de naturalisme: il se compose une voix et une posture qui mettent à distance son corps documentaire. Au point que, lorsqu’il dit à une dame qui se trouvait là avec sa fille un peu trop jeune pour se voir infliger un tel texte, « je crois que vous devriez sortir », ces paroles sont prononcées avec une autorité inouie qui provoquent leur exécution immédiate, dans l’ordre et sans discussion. C’est ainsi que parle la loi. Toute pure. C’est beau. Et de temps en temps, ce que j’ai appelé le corps documentaire, mettons le corps familier, fait une timide apparition, dans un sourire, une paupière qui bat, comme pour adoucir les bords du cadre, rire de soi, rire du sérieux que l’on a de soi, sans moquerie et ouvrir à l’après, raccorder l’instant rituel au mouvement du Monde et des vivants. Se souvenir que l’on est vivant, que l’on doit rester vivant et c’est le titre même. Il ne s’agit plus de savoir si l’on est d’accord ou pas d’accord avec le texte, en tant que texte, mais de s’ouvrir à une contemplation qui pourrait être celle d’un lac ou d’un lustre de cristal. L’on contemple, l’on est ensemble au temple. L’on est un pour un instant et on revient à soi, au vent, au soir, à la nuit.
On a aimé les grimaces de Brian Cranston (M. White) dans Breaking Bad, avant de se coucher pour se lever à cinq heures du matin, l’heure à laquelle Michel Serres se sent plus intelligent, pour prendre la voiture (un pot de yoghourt signé Fiat) et sortir de la capitale avant six heures du matin avec deux fillettes endormies à l’arrière.
Et maintenant nous sommes aux alpages.
Le vent fait battre les parasols, les filles évoluent sur le lac dans des bulles de plastique.
J’entends des sploushes et des splashes dans mon dos.