
C’est là que nous l’avions laissé.
Dans la boue, pour autant que portant bottes et tenue de pluie. Pas dans le complet dénuement donc. Paré pour la boue, en réalité. Tout debout.
Ainsi, dans son élément, pourrait-on dire, il allait au jardin. Allait aux poules. Allait au fumier. Allait à la promenade du matin. Allait au ramassage des haricots. pour lequel il fallait un pliant. Et un meuble bas. Pour s’éviter des douleurs. Car il n’avait plus vingt ans. Une caisse donc. Et un panier. Oui, pour les haricots. Bien sûr, pour les haricots.
Dans sa tête ça ne bougeait pas. Ça bougeait peu. Ça se tassait dans la terreur. Il faisait peur dans cette tête. Il faisait sombre, humide. Il y avait de mauvaises images cachées derrière des fanfreluches dans cette tête. Il ne fallait pas trop bouger la tête, dans cette tête. Pas trop changer de perspective, dans cette tête. Eviter de voir se profiler un relief.
Du plat de la main en éventail, comme d’un moustique, il balayait la mauvaise pensée. Le souvenir d’une émotion, d’un doute, d’une dette, d’un questionnement. Il remplaçait cela par de la brume. Cette bonne, épaisse, rassurante, grise et morne brume.
Parfois l’illusion du plein soleil. L’illusion du plain chant. L’offrande toute pure. Le sourire toute face. Parfois. Rares fois. Souvent plutôt la grise inquiétude. L’œil opaque. La bouche tombée. L’oreille en berne.
Du beurre dans l’huile et une tranche de lard. Un œuf. Cela grésille et parfume la maison. On jette là-dessus une poignée de piment.
Dans la boue.
C’est là que ça commence. C’est là que ça reprend. C’est là qu’il reprend contact avec l’écoulement de son existence reculée. Aussi retirée que faire se peut.