ÉPUISEMENT

Je m’étais réveillé en pleine nuit, me sentant partir. 
Me sentant mourir.
Me sentant glisser.
Me sentant mal.
Me sentant à peine.
Ne me sentant guère.

J’allais et venais de la chambre à la salle de bain, buvant des litres d’eau, reprenant force, courage, consistance, conscience, confiance.

Et puis j’avais remis la radio.
Et je m’étais rendormi.

Il y avait quelque chose d’important et j’avais oublié ce que c’était.
Je ne m’en souviendrai plus avant qu’il ne soit trop tard, m’étais-je dit.
Et je n’étais pas sûr de me réveiller.

Je sentais une douleur diffuse dans mes entrailles.
Comme un spectre.
Comme un bol alimentaire spectral.

Ce qui compte, me dis-je, pensais-je, ce sont les espaces. 
Le retour du charriot.
Sauter une ligne.

J’en avais assez d’avance des humains.
Je n’avais plus la force, plus le courage, d’aller les chercher.
Ce serait comme ça vient, me dis-je.
Ce serait par hasard, me dis-je encore.
Ce ne serait pas de mon fait, ajoutais-je.
Peut-être que je resterais comme ça tout seul ? Et c’est très bien, me dis-je.
Rien de plus chiant qu’un autre, me dis-je.
Insupportable, un autre, me dis-je.
Mais c’était triste, quand même.
Alors, heureusement, il y avait la radio.

C’est peut-être comme cela quand c’est fini, m’étais-je dit, avais-je pensé.
Et puis je m’étais retourné sur le côté.

J’avais sans doute adopté une mauvaise position, m’étais-je dit, avais-je pensé.
Et je me rendormais. 
Et je me réveillais.

C’était un autre jour.
J’étais épuisé, dès l’éveil.

Radio, encore.
Les nouvelles, comme une boucle.
Variations minimes.
Puigdemont, affaire Merah.

Épuisé, me dis-je, c’est cela.

Nous avions rendez-vous à 10h rue de Penthièvre.
Je me préparais tant bien que mal.
A neuf heure dix, je marchais dans la rue.
Épuisé.

Dans le métro, épuisé.
Arrivé sur place.
En nage.

Le rendez-vous. Prises de mesures.
Je dois avoir de la fièvre, m’étais-je dit, avais-je pensé.

Mais ça se passe bien. On repère. Tout le monde est là. C’est organisé, professionnel.
C’est enthousiasmant.
Ca emporte le morceau.
Ca sauve la journée.
Ca redonne le sourire.
Ca reconstitue.

Ensuite, on va boire des cafés. On fait le point, on dresse des plans, on évoque les sujets, on ébauche le devis.

C’est bien. On travaille bien.

On mange.
Ca va mieux.

Un pichet de vin rouge.
Ca va mieux.

Puis le métro. L’étude rue Saint-Martin. Dépôt de courrier.
Travaillé sur les plans au café.

L’épuisement revient.
Mais c’est juste un besoin de repos.
Un bon bain et au lit.

Je croise S., qui est allée chercher M. et J. aux ateliers de vacances.
Passage à la pharmacie.
Je me soigne.
Je rentre.

Un bain. Au lit.
Repos.

Ca ira mieux demain.
Ca va déjà mieux, me dis-je.
Il est encore tôt, me dis-je.

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