ON IMAGINE BIEN

Que l’on ne va pas se donner la peine d’expliquer, de justifier ou d’excuser, me dis-je, pensai-je.

On imagine bien ce que l’on veut bien. Ce que l’on veut bien imaginer. Ce que c’est qu’une rupture, une faille, un gouffre. Ce que c’est qu’une ellipse, qu’un raccord, qu’une solution de continuité. Ce que c’est que d’être et d’avoir été. Tout cela, qu’on imagine bien. On l’imagine bien, j’imagine, me dis-je, pensai-je.

Or, j’imagine ainsi que ça y est et qu’il est temps.

Mais attention, me dis-je, attention. Cela, qu’il est temps, j’entends, je me le suis déjà dit et l’ai déjà proféré, ou écrit. Bref, ne pas se monter la tête. Ne montons pas sur nos grands chevaux. Montons sur nos petits poneys, ce sera déjà un grand pas. Un bon trot.

Et que le temps n’est plus ce qu’il était, me disais-je l’autre jour, constatant l’invraisemblable, l’insoutenable longueur, l’insupportable lenteur du film de Sergio Leone, Le Bon la Brute et le Truand. Comme cela est long, m’étais-je dit, comme cela est lent, avais-je pensé. On ne peut tout simplement pas le soutenir, m’étais-je dit, on ne peut pas tenir la route, avais-je pensé. Plus personne ne peut plus donner ce temps à ce film, m’étais-je dit. Que le temps était devenu subitement cher, avais-je pensé.

Et que, tout pareil, écrire, il fallait faire court, m’étais-je dit. Plus court, avais-je pensé.

Très court.

Il faudra.

Peser.

Les mots.

Les phrases.

Les mots des phrases.

Espacer, respirer, blanchir, diffuser, dilater, affranchir, délivrer.

Qu’il n’est plus temps de. Que l’heure n’est plus à.

Qu’il est temps de. Que l’heure est à.

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