RÉCHAUFFEMENT

Je suis négatif, me dis-je, je suis pessimiste, me dis-je, je suis l’avocat du diable, me dis-je, je suis toxique, déprimant, désespérant, me dis-je. Il faut que je me taise, me dis-je, il faut que ça cesse, me dis-je. Il faut que ça s’arrête. Il faut. Il.

Mais aussi, c’est que je suis inquiet. C’est que je suis angoissé. C’est que je suis anxieux. C’est que je suis sur le qui-vive. C’est que je suis aux aguets. C’est que je suis à l’écoute du moindre bruissement. C’est que je suis à l’affut. C’est que je suis sur les starting-blocks. C’est que je suis à fond. C’est que je suis à deux doigts du burn out. C’est que je suis dans tous mes états. C’est que je suis au bord du gouffre, je suis à la lisière du néant.

J’ai rêvé d’un bel oiseau couleur feu. Quelque chose comme un dragon à plumes. Il survolait une colline enflammée et puis sa tête d’oiseau prenait feu. Un éclair d’incompréhension passa dans son regard et il tomba mort, le cerveau carbonisé.

J’essaye de me calmer. J’essaye d’aller mieux. J’essaye de trouver une raison de sourire.

Je me donne des buts, des objectifs, des programmes de vie, des challenges.

Là, il s’agit de me rendre dans une boutique japonaise du dixième arrondissement pour y acheter un petit chat solaire qui bouge le bras.

CARROT CAKE

T. est né un 18 février, moi un 21 et L. un 27. C’est un peu un festival des poissons. Tous les garçons de cette maison sont nés sous le signe des Poissons, me dis-je. C’est assez curieux, non ? Bref, on a fêté conjointement nos anniversaires, T. et moi, samedi et c’est C. qui s’est chargée du gâteau, avec l’aide de N. Un carrot cake donc.

Ce matin, je m’étais donné comme objectif de former un phrase adéquate à l’idée qui me trottait dans la tête et ce soir j’ai oublié jusqu’à l’idée. Je ne me souviens plus de l’idée mais je me souviens qu’il y avait eu une idée et le souhait de la formuler de façon adéquate. Très honnêtement, je pense que c’était une idée à la con, mais cela n’ôtait rien à l’intérêt qu’il y avait à la formuler adéquatement.

Je n’avais pas non plus réussi à faire cuire correctement le risotto, faute d’une véritable sauteuse. La poêle utilisée était, en outre, trop petite. Bref, le riz était plus al dente qu’il n’est souhaitable, après trente cinq minutes de cuisson.

Nous avions attrapé, T., N. L. et moi, la navette de 13h20. C. était restée à la maison, la fragilité des ligaments de ses articulations semblant lui interdire la pratique du ski. Nous avions pris un forfait demi-journée pour la modique somme de 64 €, plein tarif et 52€ pour les enfants. Nous avions réalisé que nous n’avions pas les moyens et avons décidé que ce serait notre seule et unique journée de ski. Mais ce fut une belle journée de ski. La neige était bonne, le soleil brillait et il faisait doux. On ne souhaiterait pas d’autre journée de ski, après une aussi bonne journée de ski. Autant rester sur le souvenir de cette journée là et faire autre chose ensuite.

BACK TO THE OUTBACK

Je n’ai rien écrit, j’étais épuisé et je le suis encore, mais suffisamment peu pour au moins l’écrire. Et le train n’avait, aujourd’hui, pas autant de retard qu’hier. Hier, c’était 2h40. Aujourd’hui, moins d’une heure.

Mais j’étais enroué, ce matin et j’ai toussé, toute la journée, jusqu’à l’heure présente. Pour me soigner, j’avais, contre toute attente, commandé un bol de nachos à la salsa piquante et un verre de Jack Daniel’s, vers 17h, avant d’aller attraper le train. Cela m’avait réchauffé.

Nous avions passé une journée studieuse, commençant par une réunion de préparation de notre périple coréen et se poursuivant par des accrochages des étudiantes de première année de master. Je crois qu’on ne doit plus dire master mais j’ai oublié comment il fallait dire. Il doit y avoir un courrier de P.-Y. A. portant sur cette question. Il y a un courrier de P.-Y.A. portant sur cette question. Ce n’est pas une supposition. J’irai relire ce courrier lorsque je serai moins épuisé.

Mais, aussi, j’aurai beaucoup à faire demain. Il faudra passer à la banque déposer un chèque, aller chercher une voiture de location, passer prendre les affaires de C., retourner chercher le pied de caméra de P., le déposer à L. chez E., revenir, déjeuner, faire des mails et des coups de fil, charger mes affaires dans la voiture, passer prendre les jeunes au lycée à 15h45, récupérer leurs affaires auprès des mamans respectives, puis tracer une route de sept heures au bas mot, jusqu’à C.

Je sens que je n’en ai pas fini avec l’épuisement.

JE DIS ÇA JEUDI RIEN

Ces lits des studettes, non.
Mal au dos, au crâne, au dos, au crâne. Mal partout.
Et la douche, et la douche.
Et la tête, et la tête.
Mal aux couettes, mal aux couettes.
Maaaaaaaal !

Bref. J’étais debout quelques minutes plus tôt que d’habitude et pourtant j’ai ensuite écouté la chronique de Jean Leymarie, consacrée au droit de vote des étrangers aux municipales, ce marronnier de cinquante ans. Et puis, à la Maison, la routine. Et, tout à coup, on ne sait pourquoi, les gens sont gentils, aimables, prévenants. Je me dis que c’est peut-être moi qui suis devenu plus sympathique ? Je ne sais pas.

Comme je n’ai pas d’argent pour payer, je fais écouter au personnel de la boulangerie le message téléphonique d’un client qui m’annonce la possibilité d’un gros chantier dans l’année. Cela les met en confiance et ils acceptent de me nourrir gratuitement. Ensuite je transfère ce message à ma banque, qui m’autorise immédiatement un découvert illimité. J’en profite pour commander une nouvelle voiture et un iPhone 17. Champagne.

J’avais envisagé de me mettre à mon compte à mi-temps comme chauffeur VTC pour passer cette période économiquement un peu sombre, mais, après m’être renseigné, je constate qu’il faut suivre une formation, faire un business plan, passer une visite médicale professionnelle et un examen. Je me dis que ça va prendre du temps et que ce n’est pas comme ça que je vais trouver en deux semaines les quinze mille euros qui me manquent pour finir le mois. Alors, pour l’instant, je me contente de faire écouter ce message téléphonique et, pour l’instant, ça semble fonctionner.

SOUVIENS TOI

Alors, peut-être qu’il pleut sans cesse sur Brest, mais en tout cas, sur Nantes, ce n’est pas mieux. C’était une journée agréable au studio. On a enregistré des textes de J.M. et ensuite un rap de H.B., qui fait son service civique à l’école, en duo avec F.S. On a d’abord fait la prod avec un Drummer de Logic Pro et des boucles (une basse, un piano). Puis on a posé la voix de H.B. Je pourrais passer ma vie à faire des trucs comme ça. C’est trop beau de voir apparaître une forme, de jouer avec, de la voir prendre sens et vie. Donc, c’était une bonne journée.

La nuit avait été courte, parce que j’avais absolument tenu à terminer l’étude acoustique de H.K. avant de me coucher et que tout cela m’avait mené à deux heures du matin. J’ai de nouveau pu vérifier que le point froid de la nuit survenait vers 3h00 du matin. C’est un point froid mental. C’est un point froid relatif à la chaleur de sous la couette, me dis-je. Au vrai point froid, comme je suis réveillé et actif, je n’ai plus froid. Au point froid de 3h00 du matin, un chat mouillé vient chercher des câlins et mordiller la main qui le caresse. C’est ça, les chats. Quelque part, sans doute, git le cadavre d’une souris. Ou peut-être simplement le reste d’un intestin et d’un organe jugé non comestible.

Sinon M.G. dirigeait un workshop avec les étudiants de la situation image et tout se passait bien. Tout semblait s’être bien passé jusque là et tout semblait destiné à se passer bien jusqu’à la fin. Bonnes conversations. Échanges fructueux. Déjeuner léger et tôtif chez Dubble, avant le recording.

Rien à dire, donc, il pleut. Ça s’entend. Ça finit par se savoir. Je me suis fait virer du studio à l’instant et je suis en repos. Je vais regarder quelques épisodes de Game of Thrones, que je rattrape en ce moment.

UNE SEMAINE PLUS TARD

Les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, me disais-je, mais elles ne sont pas non plus ce que nous croyons qu’elles sont. Difficile de savoir ce que sont les choses, alors ? Difficile, même, de savoir si les choses sont. Tout simplement.

Mais cela importe peu et, ce petit-déjeuner, c’était déjà celui de la semaine dernière. Il faut avancer. Avancer un pied dans l’inconnu. Passer de l’autre côté.

Parfois le monde semble se mouvoir lentement, tel une lourde masse de boue. Quand je dis le monde, c’est une façon de parler. C’est le monde comme mode de l’être, encore et toujours. Je ne vais pas pouvoir aller beaucoup plus loin. Une grand fatigue s’est abattue sur moi. Les affaires n’avancent pas vite et la rouille ne dort jamais.

Si je parle par énigme, c’est provisoire. Ou peut-être que non.

Ce matin, le chauffage fonctionnait de nouveau. Chilperic avait remplacé le gicleur et nettoyé le filtre. Cela faisait une différence, cette tiédeur de fond. Rex avait besoin d’un carton pour livrer sa construction de Mecano et nous avons dégoté un carton. Puis hop, dépôt au centre de loisirs et route de Nantes. Je suis à la recherche de Diesel Excellium. J’ai compris qu’il fallait à Olivier du diesel Excellium pour éviter d’encrasser encore un injecteur.

Fatigue ce matin. J’avais faim et j’ai mangé un hamburger au resto sur le boulevard. J’ai même pris un fondant au chocolat. Si, si. L’après-midi a été plus tonique. Exercice de montage avec les étudiants de la situation image. Nettoyage de fichiers et montage avec deux personnes en service civique, réflexions créatives avec une étudiante du programme international. C’était une bonne journée.