
Quand le temps se rafraîchit, le corps se bat et l’on est plus fatigué. C’est évidemment sans rapport avec cette monstrueuse glace (Bingsu), prise par gourmandise au goûter dimanche, après avoir renoncé à visiter l’exposition Damien Hirst au Museum of Modern & Contemporary Art, en raison de la foule compacte et parce que je trouve que la visite d’une exposition Damien Hirst est, à mon âge, une activité dispensable.
Mais, le soir de dimanche, un orage éclate et l’atmosphère fraîchit nettement. Lundi, nous allons nous promener en montagne. C’est une forêt accrochée à la montagne. C’est une forêt en pente. Le chemin semble scénarisé. On croirait les séquences d’un film ou d’un jeu vidéo. Il y a les rondins de bois, puis les marches de bois, puis le pont de bois, puis les marches de rochers, puis les gros rochers, puis un chemin de terre qui descend, puis des rochers escarpés, puis on marche dans la rivière, puis on emprunte un faux chemin avant de comprendre que l’on a fait fausse route, etc. Tout semble écrit, planifié, pour notre plus grand plaisir de promeneurs-joueurs.
Et à la fin – au milieu en réalité, mais nous avions décidé que trois heures de marche c’était un peu long étant donnés nos emplois du temps de ministres – un temple bouddhiste avec cent quarante cinq marches de prières. Il se révèle que les moines sont en réalités des nones. Elles nous couvrent de gâteaux de riz et des kimbaps. L’on s’abreuve à l’eau miraculeuse de la montagne, puisée à la source-même du dieu des guérisons.
Ensuite nous redescendons en un clin d’œil pour aller prendre une importante collation à l’auberge. Il est beaucoup question de nourriture, me dis-je. Je ne parle que de bouffe, me dis-je. C’est effrayant, me dis-je. Consternant, me dis-je.
Je pense aussi beaucoup aux indiens d’Amérique, desquels il était question dans les nuits de France-Culture d’il y a quelques jours. Je pense, par exemple, à cette inscription de la guerre dans la réalité quotidienne (guerre qui n’est ni de conquête, ni d’extermination, une guerre structurelle en quelque sorte, un état de guerre permanent qui retire à la guerre son statut d’événement), la notion du Multiple opposée à l’Un (propre à l’État Nation), le monde vu comme abondance plutôt que comme manque, le pouvoir vu comme destructeur plutôt que structurant, etc.
Ce matin, lecture à la K’arts, puis on part visiter une école de typographie à Paju, avant de rentrer à l’auberge. E. lance une machine, puis on passe à l’Apple Store parce que j’ai besoin d’une batterie pour mon téléphone. On prend rendez-vous pour demain 20h et on file au restaurant japonais où nous rejoint YJ.L. Il nous offre des exemplaires d’un énorme pavé qui retrace ses travaux des dix dernières années et on bavarde un bon moment en mangeant des maquereaux grillés et en buvant du Soju. En réalité, il n’y a que moi qui boit du Soju. E. ne boit pas et YJ., qui doit conduire, touche à peine à son verre. Et puisqu’au bout d’un moment ils ne parlent plus qu’en coréen tous les deux – et que je ne comprends pas un traître mot – je continue de me servir des verres. Le Soju est d’autant meilleur que l’on en boit davantage, mais je ne vais pas tout de même jusqu’à commander une deuxième bouteille et d’ailleurs la décence m’interdit encore de finir seul cette première bouteille, dont nous laissons un fond en sortant.









