YOU’LL BE SORRY DANILO

Finalement, pour trouver un dentiste en plein juillet , obtenir un rendez-vous dans l’instant et être soigné dans l’heure – avec maîtrise et sûreté – il faut encore et toujours se rendre à Paris.
Alors, puisque cette dent était décidément en crise, j’y ai fait un saut hier et un dentiste hors pair, le prince des endodontistes, m’a ouvert cette molaire, désinfecté la chose et refermé d’un pansement en attendant la suite en septembre.
Tout cela en moins d’une heure et avec le sourire. On arrive à se faire des blagues malgré le champs opératoire.
J’ai eu droit à une anesthésie de cheval. Ma joue est restée en carton tout l’après-midi. Au point que la forme des verres que je portais à mes lèvres semblait de demi-lune et qu’il me paraissait n’avoir soudain plus aucune dent du côté gauche, ni de langue non plus.
Mais comme j’étais sorti de là avec une faim coriace, j’ai couru au Paradis du ravioli où j’ai commandé deux portions de raviolis, une salade aux cacahuètes et une Tsing Tao. Je n’ai jamais mangé aussi lentement et avec autant d’appétit en même temps. J’avais tellement peur de grignoter ma joue sans m’en apercevoir que j’ai fait très attention.

Ensuite, je suis allé voir coup sur coup Evil Dead Burn, qui n’est pas formidable, même si parfois assez drôle (mais pas autant que le chef d’œuvre de Sam Raimi, Evil Dead II) et le Héros de Berlin, dont j’ai loupé la fin pour ne pas arriver en retard sur le quai. J’avais failli aller voir un film au Mk2 mais le caissier du Mk2 – qu’un dieu le bénisse – m’a dit: « nous ne prenons pas la carte UGC 5/7 et le prix d’entrée est de 13€, c’est beaucoup trop cher, allez plutôt à l’UGC. » Quoi qu’il en soit, sortir de la projection dix minutes avant la fin était une précaution inutile car, comme d’habitude, le train avait 20 mn de retard au départ, parce qu’un-e imbécile avait, comme d’habitude, laissé traîner son sac Lacoste dans le périmètre de sécurité.

Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie sans rage de dents et c’est bien agréable. J’ai fêté ça en allant jeter tout un tas de bois mort et de vieux trucs cassés à la déchèterie. Dont le sapin de Noël, qui traînait devant la chaufferie depuis cet hiver. Puis je suis allé me faire couper les cheveux, j’ai rencontré P.P. à l’Intermarché et je suis rentré. J’ai fait une longue sieste, écouté la radio, puis j’ai regardé A Dog day afternoon de Sydney Lumet, avec Al Pacino, qui est une beauté, une sorte de Maman Kusters s’en va au ciel à l’américaine, et un bout de The Graduate de Mike Nichols, qui n’est pas fameux mais pour Ann Bancroft. Et là j’ai repensé à Arthur Penn, je ne sais pourquoi et j’ai mis en téléchargement presque toute sa cinématographie. Je viens de regarder le début de Four Friends. A l’instant, avant d’aller me coucher, j’ai revu le début de Four Friends, et arrêté sur cette phrase prophétique de Georgia au pauvre Danilo, qui n’a même pas idée de ce qui l’attend.

UN ORAGE DEDANS

Au niveau de la molaire numéro 19 c’est pas la joie, comme dirait Henri Salvador. Heureusement, il y a le 15 et un docteur m’a prescrit hier de l’amoxicilline. Pour la douleur, le paracétamol ne suffit pas et je retrouve au bon moment une boîte de Lamaline (paracétamol, caféine, opium) qui me permet de dormir la nuit et de passer cette journée.

Les antibiotiques semblent agir et la douleur est moins intense ce soir. Quoique… Ça dépend des moments, de la position, des angles, etc.

Hier, je suis quand même arrivé à enregistrer des bouts de chansons, malgré la gueule en bandoulière, mais aujourd’hui, après être allé chercher mes médocs, j’ai roupillé presque toute la journée, tout en écoutant Witold Gombrowicz parler de sa détestation de James Joyce. Et, au fond, sans détester Joyce, je dois tout de même avouer n’être jamais parvenu à lire plus de trois pages d’affilée d’Ulysse sans passer à autre chose.

Nourritures liquides essentiellement (gaspacho, yaourts) et quelques écarts mous (tomates farcies, melon). Je mâche très lentement et précautionneusement. Le simple contact entre la mâchoire supérieure et la mandibule est source de douleur.

Ce soir, j’ai regardé coup sur coup Feuilles mortes et Pastorale d’Otar Iosseliani et, pendant un moment (le pic d’efficacité du Doliprane) j’arrive même à grignoter un reste de chips en buvant la dernière bière. Les films d’Iosseliani ressemblent à des films de famille. On dirait nos vacances: des gens qui font des travaux agricoles, jouent à des jeux de société, mangent , boivent, chantent, font de la musique, s’engueulent. C’est très plaisant et sans aucune tension. Chaque tension est en fait matière à rigoler, à prendre confiance, à ré-enchanter le monde. Je me souviens qu’on l’avait croisé, Otar Iosseliani, dans un bar – qui n’existe plus – rue Rambuteau, au début des années 2010. On s’était brièvement parlé et il m’avait pris dans ses bras et embrassé comme si j’étais son fils ou un truc comme ça. Et c’est l’effet que me fait le film, surtout le premier. Un film qui vous prend dans ses bras et vous embrasse tendrement. En rigolant. En pleurant. En chantant. En se cassant la gueule dans le caniveau.

J’ai commencé à monter les rushes de meules de foin et c’est très beau. C’est tellement beau que je n’ai même pas envie de mettre du son. On dirait qu’elles vont parler, les meules de foin. En revanche, il faut que je retourne en filmer. Des tonnes. Il me faudrait un système de caméras installées de part et d’autre de la voiture pour filmer en latéral pendant que je roule. Je pense que ça doit pouvoir se bricoler avec des Go-Pro et une télécommande. Je vais étudier la question. Trouvé une guitare électrique en 2/3 pour S., une Jackson Dinky Minion JS1X noire, avec un petit ampli Marshall. J’espère qu’il me la prêtera.

Et sinon, pendant que je comatais sous opium cet après-midi, L.B. a appelé pour me dire qu’elle était tombée sur un carton que j’avais laissé chez elle à Romainville en 2017. Dedans, il y a un classeur plein de photos de moi, de ma naissance à mettons mes vingt ans – photos de classe et bulletins scolaire compris – et elle me décrit chaque image au téléphone, pendant que je retrouve une bouteille de Zubrowka au fond du congélateur, que je la termine dans un dé à coudre de 25 cl en gloussant bêtement, alors que L.B. me décrit le contenu du carton, que je lui promets d’aller chercher à mon prochain passage parisien.

SE SOUVENIR DE MOI

Grosse flemme hier, après avoir rangé le salon, la cave, le cellier et la buanderie. Grosse flemme et donc rien fait de très productif.
Me suis allongé et j’ai écouté les entretiens de Renoir avec Jean Serge.
J’ai ensuite lancé quelques machines, accroché, décroché, plié, rangé. Mis en vente la platine bluetooth sur Le bon coin. Et toute cette sorte de choses.
Bu des bières et du vin blanc en me disant qu’ensuite on allait passer à l’eau.
En grignotant les derniers chips de la saison, j’ai regardé Sunhi de Hong Sangsoo – nous avions revu, en compagnie de T. et S., Un jour avec un jour sans en début de semaine. Et aussi, avant cela, une bouse oubliable intitulée, je crois Nobody, mais avec Bob Odendrick, ce qui la rend plaisante.
J’ai bien fait d’avoir retourné le matelas. J’ai moins mal au dos ce matin mais toujours mal à ma dent. Cela s’atténue pendant la journée et revient pendant la nuit.

Le truc, me disais-je en prenant le café à la buvette du marché d’Airvault ce matin, le truc avec le fait de raconter sa vie, c’est qu’il faut avoir quelque chose à raconter.
Cela incite à se bouger les fesses, me disais-je. Pour ne pas dire le cul, me disais-je. Mais à l’écrit, n’est-ce pas, comme aurait écrit Charles Péguy, il y a un certain niveau de langage à respecter.

Quelque chose à raconter ce peut être d’avoir regardé longuement le plafond mais avec une certaine profondeur de pensée et l’envie d’en rendre compte. Cela ne voulait pas forcément dire réellement faire quelque chose ou aller quelque part. Bien que faire quelque chose et aller quelque part pussent être de bonnes choses à raconter.

Et donc, au lieu de rester à paresser jusqu’à pas d’heure, comme m’y autorise une absence totale d’obligations, je me suis levé à huit heures, après avoir écouté de passionnants témoignage au sujet de Jacques Copeau.
Je me suis dit qu’il ne devait pas avoir beaucoup d’humour, Jacques Copeau et même qu’il devait être carrément chiant comme la mort. Un peu comme Charles Péguy, l’autre nuit, avais-je pensé.
C’était la semaine revival des statues du Commandeur, le retour des darons terribles, m’étais-je dit. Le retour du surmoi en roue libre.
Heureusement, en contrepoint, il y avait Renoir, le bon vivant, qui savait rester joyeux en toute occasion, surtout lorsqu’il s’agissait de raconter les horreurs de la guerre et, tiens, cette fois où l’on avait bien failli l’amputer de toute une jambe.
Quelle rigolade, mon vieux! Heureusement qu’un médecin un peu avisé passait justement par là et heureusement que Clémenceau était un bon législateur.
Celles et ceux qui veulent connaître les détails de l’anecdote n’ont qu’à m’écrire.

Bref, je m’étais levé et deux tartines de jambon, un yaourt et un litre de café plus tard, j’étais au travail.
Aspirateur, lessives, rangements.
Ayant remarqué que l’appétit des chats était revenu avec la fin de la canicule, je me suis dit qu’il était temps d’aller racheter un sac de dix kilos de croquettes.
Je suis d’abord passé jeter les bouteilles et bocaux de verre dans le container prévu à cet effet, situé à l’arrière de la mairie.
Un barnum avait été installé et tout un tas de gens s’affairaient autour à la préparation de quelque chose. Un mariage ? Une fête ? Que sais-je ?

Ensuite, sur la route, je me suis arrêté pour filmer les meules de foin, de plus en plus rares et éparses, dans les champs qui bordent la routent de Borcq. Un rapide passage chez Gamm Vert pour les croquettes, puis un tour au marché, où je croise G.B., avec qui l’on discute un moment, puisqu’il faut que nous mettions au point le planning de l’installation de la nouvelle chaudière. Mais G.B. dit qu’il est un peu trop tôt pour s’organiser. Justement, je lui dis, c’est parce qu’il est trop tôt que c’est le bon moment. Et puis, j’achète un kilo de carottes et je rentre, après avoir bu mon petit café à la buvette.

Je me prépare des tomates et des courgettes farcies en écoutant Jon Spencer Blues Explosion, je ne sais plus pourquoi.
Ce matin ça avait été Guillaume de Machault, La Messe de Notre Dame et puis celle de Stravinsky, en contrepoint, comme m’en avait donné envie je ne sais plus quelle émission entendue à la radio je ne sais plus quelle autre nuit.

Maintenant, un café et musique. Ah, tiens, voilà le livreur avec deux paquets.

PETRICHORE

Ce serait beaucoup dire que de dire qu’il a plu. Car il a plus, certes oui, mais non toutefois en suffisante quantité et non pas suffisamment longtemps pour réellement en ressentir les bienfaits. Néanmoins, il a plu et la chaleur est moins rigoureuse. La nuit devient hospitalière. Il redevient possible de laisser certaines fenêtres ouvertes pendant la journée.

Impossible d’écrire ou de faire quoi que ce soit ces derniers jours, en raison des visites, de l’intendance et de l’écrasante canicule. Mais R. et S. sont partis ce matin pour dix jours et je dépose demain matin C. et T. au train à la première heure. Je pourrai ensuite me remettre à travailler un peu, bien que l’entretien de la maison requiert également une bonne part de mon temps et de mon énergie.

Je remets à demain, donc.

HELL YES

C’est dans l’air depuis la nuit dernière. La fournaise s’en vient, s’en va, tourne, se déplace vers l’Est – paraît-il – pour peut-être revenir plus tard, un peu moins violente, puisque je vois que des 37 et des 39 nous sont promis pour dans deux semaines ? Mais deux semaines c’est long. Les choses peuvent changer.

Pour la première fois de la semaine, j’ai laissé les portes et fenêtres ouvertes jusque vers midi, ou presque. Habituellement, je les fermais à sept heures. Les phasmes se sont montrés coriaces. j’avais pensé qu’ils ne passeraient pas cette semaine de canicule, mais ils ont tenu bon et je leur ai changé leurs ronces ce matin. Pourtant la température n’était guère descendue au-dessous de 30°C dans leur chambre, y compris la nuit. Je les avais arrosés aussi souvent que possible mais ça ne pouvait pas tout à fait les avoir soulagé.

Les chants d’oiseaux sont revenus ce matin. La nature est en fête, bien que fatiguée, grillée, toastée. Les chats s’ébrouent dans la paille. Un vent frais agite les feuilles. L’on a l’impression de s’éveiller d’un cauchemar.

J’ai rêvé que j’avais crevé les pneus d’un camion et que la réparation allait me coûter 2600€. Je ne sais d’où je tire ce chiffre, mais j’ai été content de me réveiller pour constater qu’il n’e était rien. Et puis, je me suis dit que 2600 € pour un pneu, fut-il de camion, c’était tout de même un peu exagéré.

R. est rentrée de sa semaine parisienne. On a mangé le poulet fermier et regardé le premier épisode de Godzilla, après quoi j’ai fait une sieste importante tout l’après-midi.

Revu les deux premiers épisodes de 6 feet under, pour me souvenir comment c’était et, en fait, c’est exactement comme dans mon souvenir.

TROP VITE, TROP LENTEMENT

Les journées de canicule s’enfilent comme des perles sur le collier du temps. L’on ne fait pas grand chose. L’on évite de sortir, l’on évite les mouvements, l’on évite d’allumer la lumière, l’on évite d’ouvrir portes et fenêtres. L’on reste bien au frais, l’on regarde des films, l’on lit, l’on écoute des histoires, de la musique. Hier, c’était Godzilla vs King Kong et Bilbo le Hobbit en audio book (la scène avec Gollum dans la montagne, dont me reparle S. au petit déjeuner et dont nous regardons un extrait de l’adaptation cinématographique).

Pendant la projection de Godzilla vs King Kong, S. est sur des charbons ardents parce que Godzilla est méchant. Il fronce les sourcils et tape dans les coussins. Je ne veux pas qu’il soit méchant Godzilla, moi je l’aime bien Godzilla. Je lui dis d’avoir confiance en Godzilla. Ce sont les humains d’Apex, les méchants. Et Godzilla – lui dis-je, – tu vas voir, Godzilla va d’abord se battre contre King Kong et ensuite ils s’uniront contre le véritable ennemi. Et bingo, c’est ce qui arrive. Le scénario est dans le titre, comme d’habitude. C’est d’une simplicité pré-biblique. Ce qui est drôle c’est l’inversion gravitationnelle et le changement des échelles des monstres à chaque plan. Et le casting improbable. Le grand mash-up.

Pluie cette nuit, juste au moment où j’étais allé ouvrir portes et fenêtres. J’ai dû refermer. Les allergies reviennent avec le vent et l’on se remet aux anti-histaminiques. Ça sent la paille mouillée ce matin. La vente de la caméra annulée, en raison de l’absence d’un micro externe, mentionné par erreur dans la description (description générée par inintelligence artificielle et pas suffisamment relue et corrigée) . Le colis doit revenir. Repartir. L’on remet en vente.

La vie semble comme suspendue. Les correspondants ne répondent plus. L’air est plus épais. L’inertie est grande. La densité l’emporte sur le mouvement.

Tout le monde va faire ses courses le matin à l’ouverture. Embouteillages de caddies dès neuf heures. Les employés de l’Intermarché sont dépassés. Les caisses automatiques en rupture. Il faut contourner les allées encombrées.

Avec S., nous mangeons peu. Un peu de gaspacho et des cacahuètes, un peu de polenta, de la ricotta et des tomates. Ah, ne pas oublier les travers de porc trouvés hier.

Piscine hier après midi, à Parthenay. Nous y croisons L.D., avec sa fille. Salutations embarrassées, avec lunettes de plongées. Quand la température extérieure descend en-dessous de 40°C, impression de fraîcheur. L’on s’habitue à tout. Ce matin à 6h00 il fait 22°C avec une brise et de l’humidité dans l’air. Et puis ça remonte, mais moins vite. Nous devrions plafonner à 37°C aujourd’hui.

CONDITION D’AIR

Hier soir, vers la fin de Disclosure Day de Spielberg, j’ai brusquement ressenti une élévation de la température.
Tout à coup, je me suis rendu compte que les spectateurs du film commençaient à s’éventer et même carrément à sortir.
La climatisation avait sauté. Surcharge.
Très vite, assis au centre d’une salle de 500 places pleine de monde, j’ai ressenti le besoin impérieux et urgent de sortir et je n’ai pas vu la fin du film, mais nous n’en étions pas loin et il était tout de même minuit vingt.

Tout en marchant dans les couloirs du métro, notant au passage que tapis roulants et escalators étaient également hors service, peut-être également en raison de la surcharge du système de climatisation, je me disais que ce qui faisait la différence entre Spielberg et mettons Laetitia Masson, c’est que, chez cette dernière la mise en scène s’inscrit généralement dans une intention empathique, qui place le spectateur dans une posture d’identification aux émotions des personnages, alors que Spielberg mettait en place une distance systématique.
En gros, que j’aime ou que je n’aime pas le film de laetitia Masson (mais on pourrait le dire du Kawase), je me trouve au bord des larmes quand les personnages ressentent de fortes émotions.
Chez Spielberg, pas du tout.
Spielberg est un conteur: ce qu’il provoque c’est l’émerveillement devant la nature extraordinaire des situations qu’il dépeint.
Les émotions des personnages ne sont qu’une mécanique narrative – de même que, par exemple, nous sommes indifférents aux émotions de Blanche-Neige ou de la Belle au Bois Dormant. Ce qui intéresse Spielberg ce ne sont pas leurs émotions mais leur (et notre) émerveillement.
C’est la différence entre lire un roman de Dickens (Masson et Les grandes espérances) et un conte de fées (Spielberg et la chanson de Blanche-Neige).
Chez Masson, la référence est culturelle, littéraire, adulte. Le sentiment et l’émotion doivent être élevés et dignes, au risque de l’enflure et d’un certain cloisonnement social (et économique), tandis que, chez Spielberg, la référence est enfantine, universelle.
C’était d’ailleurs étrange, quand j’y repense, la manière dont les films communiquaient sur la question de l’enfance et de l’Amérique, me disais-je à l’instant.
Kawase aussi s’intéressait à l’enfance.
Il y avait chez Kawase, comme chez Spielberg, une amnésie originelle, le sentiment d’être orphelin au Monde des hommes, d’être au ciel.
Chez Kawase, cela s’empêtrait dans une mise en scène démonstrative, une musique redondante et une écriture flemmarde mais il y avait une belle idée dans cette histoire de dons d’organes.
On n’était pas si loin des extra-terrestres, finalement, me disais-je à l’instant.
Chez Kawase, l’on était plutôt du côté des arbres, chez Spielberg, avec les cerfs, les renards, les ratons laveurs et les oiseaux (Blanche-Neige!!!) et chez Masson, c’étaient les ânes, me disais-je à l’instant. Curieux ce bestiaire. Ces bestiaires.

Bon, et alors cette nuit pas moyen de dormir. Trop chaud 27*C à une heure du matin. Et dans le train ce matin, panne de climatisation à nouveau, mais heureusement c’est le matin et il ne fait pas encore trop chaud. Ce qui est embêtant c’est que le train est bondé au départ de Paris. Il se vide un peu à Saint-Pierre des Corps et l’on respire mieux.

POLYVALENT COUTURIER

Y a pas de secret, y a pas de mystère: pour avoir de la fraîcheur, rien ne vaut les salles de cinéma climatisées.
J’ai donc passé la journée d’hier à l’UGC Ciné Cité et enchaîné, dans l’ordre, les projections de Shana, de Lila Pinell, Backrooms, de Kane Parsons, Obsession de Curry Barker et l’Objet du délit d’Agnès Jaoui.
Et tout était bien.
Je veux dire que non seulement rien n’était vraiment mauvais mais qu’en plus tout était vraiment intéressant, accrocheur, stimulant, passionnant et que pas à un seul moment je me suis demandé si j’allais ou non quitter la salle.
Bonne pioche, donc. Et les gens applaudissent à la fin des films.
Vers 21h30, j’aurais bien repris encore une séance, mais je me suis dit qu’il était temps de rejoindre la rue des R., où la fête battait son plein.

C’était un petit peu un accroc à mon régime acétique de ces derniers jours, puisque j’ai bu d’abondance et sans compter toutes sortes de vins frais pétillants et que je ne me suis pas privé de taper dans les petits fours et les cacahuètes.
Retrouvailles avec des visages pas vu depuis trente ans. On a bien changé.
J’ai raté le concert de H. Je n’avais pas lu attentivement le programme. Ach !
Il faut trouver l’axe des ventilateurs pour ne pas se liquéfier.
Les bouteilles baignent dans un bac empli de glaçons.
Discussions avec S.L. et puis N. et B., les deux cousines.
La soirée s’achève en petit comité, avec P. et quelques derniers verres de Viognier. Il doit être autour de deux heures du matin.
Réveil lent, de sept à dix, somnolence à l’écoute des nouvelles, de Reliques, d’Alain Finkielkraut, qui semble parler tout seul ce matin. En descendant, je constate que les glaçons n’ont pas complètement fondu, alors qu’il fait déjà trente degrés dehors.

On range un peu avec C. et P., tout en prenant le café et puis hop, le métro.
Rendez-vous 13h avec C. pour déjeuner et hop, hop, cinéma…
J’ai pris une carte pour 5 films. Il m’en reste 4. Ça devrait faire la rue Michel.

Bon, j’ai commencé à 14h00 par le Naomi Kawase. Plutôt soporifique. Sentimentalité redondante, effets enclumesques, gros sabots scénaristiques. Bref, super bof bof et le film se termine à un horaire qui ne permet pas de passer rapidement à une autre séance.

J’attrape le Laetitia Masson à 17h et là c’est plutôt une bonne surprise. Tiens, Emmanuel Salinger est encore là, cette fois aussi. C’est le grand retour ou c’est simplement mon grand retour dans les salles de cinéma. Et en sortant, pareil, impossible d’attraper tout de suite une séance. Alors je vais grignoter un bowl. Et voilà. Tant pis pour l’ascèse aujourd’hui.

JE DIS MERCI

En roulant en voiture dans la campagne vers Poitiers, ce matin, dans le soleil levant, je me disais qu’il fallait être tout le contraire d’un ‘ingrat.
Mais quel est le mot pour dire le contraire d’ingrat ? Reconnaissant ? C’est la traduction de grateful. Le mot existe en anglais et pas en français.
Hum… Ça ne me va pas. Je cherche. Obligé ? Ça ne va pas non plus.
Il n’y a pas de mot pour dire, en français, le contraire d’ingrat. C’est curieux, parce que c’est justement ce mot que je cherche. Les français ont un problème avec la gratitude, ai-je pensé. Les français ne peuvent penser qu’en terme d’ingratitude, me suis-je dit.
Mais si je veux, pour un tout petit instant, cesser de penser en terme d’ingratitude, alors comment le dire ? Il faut être quoi, alors ?
Que puis-je dire pour dire ce que je pense justement qu’il faut être, ce matin, en roulant vers Poitiers, dans le soleil levant, ému par toute cette beauté, dans le chant beau et triste d’Aldous Harding, oui encore elle, oui je radote, oui je vous emmerde et, à cause de cette interruption je ne vois pas très bien où placer le point d’interrogation et c’est tant pis pour vous, tant pis pour moi, tant pis pour nous.

Et donc, quand je pourrai en placer une, je noterai que je me suis dit qu’il fallait dire merci. Oui, merci.
Merci à tout être et à toute chose. Merci aux oreilles attentives et aux écoutes flottantes. Merci à la lumière, à la matière, à l’énergie, aux forces, au sommeil, aux mystères, aux murmures, aux bruits, aux harmoniques, aux ondes de chocs douces et lentes, aux tremblements de terre, aux volcans, aux météorites, aux catastrophes, aux chutes d’eau, à l’herbe verte et aux champs de blés. La liste serait longue et je ne ferai pas la liste ici. Je note seulement qu’il convient de dire merci. Alors merci. Merci aux petites choses. Merci aux choses méchantes comme aux gentilles. Merci aux échecs comme aux succès. Aux viles actions comme aux bonnes. Merci au Monde d’être le monde. Avec ou sans majuscule. Merci au vide d’être le vide. Je voudrais pleurer un très grand coup des hectolitres d’eau pour, ensuite, ne plus jamais pleurer et éternellement sourire ou présenter une face neutre à la lumière.

Le train est désormais autorisé à entrer en vitesse de trois cent kilomètre heures.

À LA RECHERCHE D’UN RACCOURCI QUE JAMAIS IL NE TROUVA

Bonne journée de travail musical, aujourd’hui. Si l’on peut parler de travail et si l’on peut appeler cela de la musique. Joyeux, prolifique, instructif, méthodologique. C’était un bon moyen de rester à l’ombre, au frais. Je n’ai pas même senti la chaleur, avant de sortir vers 17h15 pour aller chercher S. au centre de loisirs. Et ce n’était pas l’horreur. Un petit 33°C. Une blague. Un léger zéphyr. Une caresse.

Heureusement, le centre est bien équipé: une grande salle avec de la clim, des jeux, des tables de billards et tous les gamins à l’ombre, tranquilles, avec leurs gourdes.

Rien à dire, quoi. Je fais comme les chats, mais je n’arrive pas à être totalement inactif. Je me sens obligé de m’occuper à quelque chose, sinon c’est l’angoisse. Ah, merde, j’aurais pu faire du tai-chi (mais j’en ai fait hier). A part le toast de pain de mie complet du petit déjeuner, journée sans féculents. Que des légumes, des œufs et des laitages. Ce soir, j’ai perdu 700 g par rapport à hier. Normal. Il faut perdre encore 9,3 kg. Tranquillement.

Maintenant, il est l’heure de se coucher tôt pour encaisser le réveil à 4h45, en raison d’un train à prendre.

S. a perdu une de ses incisives, qui pendouillait depuis une semaine. Il y a de la petite souris dans l’air.