
Je viens de repenser à ce type qui traversait la rue, du côté de Nationale – Place Pinel, plus exactement – alors que je mangeais une salade libanaise, à la terrasse de la brasserie La Halte, vendredi dernier vers quinze heures trente.
Un de ces types, vous savez, qui semblent avancer droit sur vous, en vous fixant directement dans les yeux, comme s’ils vous considéraient dores et déjà comme leur objectif et leur destination.
Mais, celui-ci, avec une lenteur extrême.
J’affectai le plus grand détachement en m’efforçant de fixer à travers lui, un point lointain, comme s’il eût été transparent.
C’était un tout petit bonhomme, aux proportions de hobbit, portant coupe au bol, barbe et cheveux blancs, nez retroussé. Le dos courbé, les jambes minuscules curieusement arquées, attachées à un torse court. On eût dit d’un ensemble hétérogène, d’un puzzle.
Avançant à tout petits pas.
Il lui fallut plusieurs cycles de feu tricolore pour traverser la rue. Les conducteurs se montrèrent anormalement patients. Sans doute la manifestation d’un super-pouvoir.
Costume sombre de velours. Lunettes rondes cerclées de fer. La bouche animée d’un mouvement perpétuel. Un marmonnement continu et imperceptible.
À la table d’à côté, deux jeunes femmes exposaient leur projets de formation en sexologie, arguant du fait qu’en matière de sexologie l’excellence c’était l’aspect théorique.
Pour en revenir à la nuit dernière: vers 2h00, le nez bouché. Un début d’étouffement, que je parviens à passer sans recourir à des corticoïdes. C’est préférable. De l’eau et la fraîcheur des tomettes. Je me rendrai compte plus tard, en me levant vers huit heures, que la porte et le fenestron de la cuisine étaient restés ouverts, favorisant la circulation de pollens et graminées.
Hier matin, le jardin sentait l’herbe brûlée et le caramel. Ce matin, fraîcheur de menthe, avant la montée en puissance attendue à mi-journée.
S. est, de lui-même, descendu vers 6h46, lorsque j’ai mis la radio et s’est couché dans le canapé pour terminer sa nuit près des crêpes du petit déjeuner. À huit heures, je me lève pour faire du café et je passe à côté du canapé sans le remarquer. Il s’est enroulé dans la couverture. C’est R. qui le découvre, alors que je suis en train de préparer la pâte à crêpes. J’en profite pour noter qu’il faut acheter du lait, de la farine et du sucre.
Pendant que R. accompagne S. au Centre de Loisirs, j’étends le linge. Le nez commence à piquer. J’ai la flemme de faire le tour de la maison pour aller mesurer la taille de l’encadrement du fenestron de la cuisine et commander une nouvelle moustiquaire. Mais c’est à faire assez vite, l’année promet une profusion de toutes sortes d’insectes. Il y a déjà des colonies de fourmis dans la maison et les araignées tendent leur toiles un peu partout. Bien sûr, les araignées ne sont pas des insectes, mais elles s’en nourrissent. Quant aux mouches, je passe la moitié du temps dans la cuisine à les martyriser avec ma tapette.
La caméra a été achetée mais soudain il faut retirer la sacoche, annuler la vente et remettre en vente. Il faudra attendre quatre jours. C’est ainsi.
Tout est long. L’argent est long à entrer et prompt à sortir. C’est ainsi.
K. a appelé pour n’annoncer rien de bon. Je ne m’attendais à rien de spécial. C’est ainsi.









