GOLEM DE FER

Nuit mouvementée.

J’avais tué quelqu’un, un ami, T.R. je crois. Je ne sais plus pourquoi je l’avais tué, mais je me souviens comment je l’avais tué. À coups de casque de moto sur le crâne, je l’avais tué. Jusqu’à écrasement complet du visage.

Ça demandait de la vigueur et une franche détermination à tuer. J’avais surement eu une bonne raison, mais je ne me souviens de rien. C’était peut-être tout simplement un crime crapuleux, d’ailleurs.

J’avais laissé accuser une innocente. La femme de ménage. Je ne sais pas exactement de quel ménage elle était la femme, d’ailleurs, mais je me souvenais l’avoir vu passer les plats. Une femme bonne et pieuse, aurait dit Julien Guyomar dans un film de Buñuel. Une espagnole, c’est certain. Je pense qu’au fond, elle savait que c’était moi le coupable et acceptait de se sacrifier pour m’éviter d’être pris. Sans doute se disait-elle que je ne supporterais pas la prison, alors qu’elle était dure à la peine? Je ne sais pas. Elle était trop bonne pour laisser voir qu’elle me savait coupable et agissait à mon égard avec sa gentillesse habituelle.

C’était horrible, son innocence était évidente et ma culpabilité non moins évidente. J’avais même conservé l’arme du crime (le casque). Je n’avais qu’une chose à faire: aller me dénoncer, mais le problème c’est que j’avais une complice, qui me suppliait de n’en rien faire.

Je lui expliquais qu’il allait y avoir une enquête et que, même si la femme de ménage continuait de plaider coupable, personne de sérieux ne pouvait la croire, que l’enquête allait fatalement remonter jusqu’à moi. Et pendant tout ce temps je me disais qu’il n’y avait qu’une chose à faire: se rendre sur le champ et que d’avoir accepté ne serait-ce qu’une seconde qu’une innocente soit accusée à ma place était un crime impardonnable; que j’étais dorénavant damné, entre les damnés.

Et puis plus tard, je ne sais plus pourquoi, je fais la queue derrière les membres du groupe Dépêche Mode et, un peu par bravade, je dis aux personnes avec qui je me trouve deux ou trois choses pas franchement gentilles sur la musique de Dépêche Mode et l’un des musiciens en prend ombrage. Il se met à ourdir des plans contre moi, avec un tel acharnement, que le chanteur du groupe l’engueule et me prend sous sa protection. Il me présente sa collection de thés rares. Il y en a un, par exemple, qui s’appelle Babouchka et qui ressemble tout à fait à un minuscule napperon, tricoté avec du fil de soie. Mais c’est un thé. Et puis il y en a un autre qui est vivant, c’est un lézard. C’est aussi un thé. Je suis très intrigué par ce thé qui bouge. Le chanteur, qui est dans son bain, attrape le lézard entre ses doigts et lui écrase la tête. Une énorme vague de sang se répand dans la baignoire. Il attrape un gobelet, le remplit d’eau rouge, en boit un trait et me tend le verre.

-Tu vas voir, c’est dingue.

Ça a un goût de fer.

Dimanche, on avait fait des films avec S. et une intelligence artificielle. Un truc sur Minecraft, bien sûr. Steve et Gareth et la Théorie des Couleurs. Je mettrai ça en ligne demain, si j’ai le temps.

Hier, suis allé m’occuper de l’affaire de la chaudière à pellets. Constitution de dossier d’aide. Recherche de crédits. Éco-prêt à taux zéro, etc. Avant, j’avais fini le mixage du dernier film AMU et passé un coup de débroussailleuse à l’arrière de la maison. Ce matin, il y a eu un peu de pluie, c’était pas du luxe. J’ai coupé les branches du figuier qui gênaient le passage et un arbuste qui était de pousser contre le mur des dépendances. Ensuite, musique jusqu’à l’heure de la sortie de classes, parce que je devais accompagner S. à son rendez-vous à Poitiers.

NAZI BOT FUCK OFF

Le problème avec les arts plastiques, me disais-je, en traînant mes Birkenstock® de plus en plus usées, pour ne pas dire en loques, dans le palais de Tokyo, le problème avec les arts plastiques c’est qu’ils sont à la traîne. Ils ont cinquante ans de retard sur tout le reste et tout le reste est produit par des nazis. Des robots nazis qui se croient des hommes, me disais-je. 

C’était un constat accablant, me disais-je, me dis-je. 

L’autre problème, me disais-je, décidément, mais c’est moins un autre problème qu’une simple conséquence du premier, me dis-je, c’est qu’en tant qu’activité de niche ultra-minoritaire, en tant qu’institution du vide, ces fameux arts plastiques – j’entends dans leur acception spécialisée, dans leur appellation consacrée d’ « art contemporain » – se trouvent condamnés à trouver leur justification conceptuelle, leur caution éthique, pour ne pas dire leur autorité morale, dans leur rôle de support de communication, en relayant toutes sortes de messages et mots d’ordre manifestant, ou paraissant manifester une quelconque forme de résistance à l’aliénation ou à l’oppression de minorités séparées par cet ordre nazi robotique mondial. 

Ils ne sauraient en effet trouver de justification dans leur capacité à formuler du nouveau, à faire surgir de l’invention formelle, puisqu’il est si manifestement patent que ces productions sont à la traîne et en retard, au bas mot, de cinquante ans, tant d’un point de vue esthétique que d’un point de vue technique, sur l’ensemble des productions de marchandises culturelles. 

Malheureusement, la résistance minoritaire de type militante-manifeste au principe de séparation aboutit, par un retour pervers bien logique, au renforcement même de la séparation. Le militant manifeste esthétique sert d’idiot utile au robot nazi, me disais-je. Là-dessus, Debord avait bien raison, me dis-je. L’ordre mondial repose sur une esthétique (et une politique, voire une logistique) de la séparation. 

Par ailleurs, me disais-je, tout en décidant mentalement qu’en sortant j’irais tout simplement commander une nouvelle paire de Birkenstock®, celle-ci ayant décidément fait plus que son temps, cet art contemporain, finalement intempestif, voire anachronique, ne pouvant tout de même pas produire un support de communication trop directement assimilable à de la publicité ou de la propagande, se trouvait donc bien obligé de conserver une apparence de distance formelle, de désaffection, productrice, finalement, d’affects de tristesse, d’impuissance, de vanité et d’ennui, s’aliénant ainsi également une bonne partie de son public-cible, déjà ultra-minoritaire et déjà suffisamment déprimé comme cela. 

Mais tout cela était sans importance, me disais-je. Tout cela était risible, me disais-je. Et surtout moi méditant ces sombres et inutiles pensées à propos de sombres et inutiles robots nazis et de la triste situation de la Maison-Culture, qui n’était qu’un épiphénomène de la triste situation de la Maison-Civilisation. Il valait mieux faire comme Jello Biafra et en faire une chanson, m’étais-je dit encore tout à l’heure en accrochant le linge. Et puis, me souvenant des brillantes candidatures examinées en début de semaine dans le cadre du concours d’entrée de l’école d’art de Nantes, je me dis que la relève n’était pas loin, que le Monde était encore là et que les carottes n’étaient pas cuites, comme l’écrivait Hannah Arendt.

Et puis j’étais allé manger une soupe de tomates aux œufs, avant de passer à la Chambre de Commerce pour récupérer une clef USB sécurisée, de la déposer rue des Rigoles et de rejoindre C., pour marcher de long en large dans la fournaise parisienne, à la recherche d’un milk-shake, pour elle, d’un sorbet passion-coco, pour moi, que nous trouvâmes à proximité du Forum des Halles, dans une sorte d’enfer caniculaire. Vers 19h, je pris le métro direction Montparnasse, puis le train pour Poitiers. À bord, je commandais finalement une nouvelle paire de Birkenstock® pour la somme inquiétante de soixante douze euros. Ensuite, je poursuivis la lecture d’Arno Schmidt jusqu’à presque la fin.

SIRÈNES

Comme sont étranges ces longs corps arachnéens. Cous tordus, minces lèvres pincées, sourcils froncés, regards rendus strabiques à force d’une attention exclusivement portée à un petit objet tenu juste sous les yeux, interposé entre soi et le monde. Couleurs pastels. Carnations blanches. Et ces images latérales, ces glaces, ces immenses visages déformés par l’optique et la géométrie des couloirs. Ces images ne s’adressent pas à moi. Ne s’intéressent pas à moi. Ne m’intéressent pas. Où ne m’intéressent que dans la mesure où elles ne m’intéressent pas, justement. Cela m’intéresse de mesurer cela.

Dans le métro, chaleur frontale, gérable. On se déplace par à-coups fluides. On tourne autour des points chauds, des points froids. J’essaye de lire Paysage lacustre avec Pocahontas d’Arno Schmidt. Un vieux type chante – faux – La Bohème, d’une voix nasillarde. Un couple hilare reprend en chœur tandis qu’une fille tatouée all-over leur présente son rat, blotti au fond du sac-à-main. Il adore les humains, elle dit, il a le comportement émotionnel d’un chat, elle ajoute. Je ne vois qu’un bout de queue grasse et rose. Il se cache, elle dit, il sait que dans le métro les réactions sont potentiellement violentes. Il est au milieu de sa vie, là. Je sais que c’est une question de perception, elle dit. Je descends à Goncourt, par erreur, alors qu’il fallait que je descende à Jourdain. Les temporalités ne sont pas présentées dans l’ordre.

J’étais allé au Mac Val voir l’exposition Smith et il m’en reste essentiellement le souvenir du ballet des sirènes de police traversant la ville d’Ivry. Son quasi continu – une nouvelle sirène remplace presque immédiatement la précédente – signe d’une activité réelle, bien qu’angoissante , perçant à travers les issues de secours de cette crypte insuffisamment hermétique bien que comiquement démonstrative dans son intention hiératique. Je glisse sur les images thermiques. Ne me retient que la petite danse de silhouettes infrarouges et la gueule d’un chien en grand angle. Tout le reste me semble dispensable, plein de soi et replié sur soi. Tout le reste fait masse, d’une masse atone, vaine et triste. Cela dit c’était un moment d’agréable solitude, d’obscurité et de fraîcheur, avant de rejoindre les trente deux degrés atmosphériques et le bitume brulant. Et disposant de toilettes, ce qui est avantageux lorsqu’on a bu beaucoup de thé. Le contrepoint propice à l’anachronisme des lieux c’est la solitude et le retrait qu’ils rendent possible. Comme les lieux de culte d’une religion moribonde et obsolète. Et qu’il était agréable, triste et agréable, de méditer sur ces chaises de formica, installation de l’inventaire des collections, en mesurant le bleu du ciel comme y invitait le cartel.

Après, j’avais repris le tram et le métro et m’étais arrêté à Sully Morland où, juste à la sortie, je tombe sur C. On va manger des glaces chez Berthillon et direction Rambuteau, pour qu’elle pose son sac, rempli d’une tonne de plomb. On va boire un spritz avant nos sashimis. Antoine, c’est le nom du type qui a repris le café juste avant le parc Anne Franck. On discute un moment avec lui, en attendant la clientèle, qui se fait rare par ces grandes chaleurs. Mais la clientèle finit par venir. La clientèle finit toujours par venir. Même si les marges restent faibles et la trésorerie tendue. De retour aux Rigoles, saké avec P. et C. R. regarde Rolland Garros. Il y a une succession de balles de match. C’est intenable.

H. arrive tard. Je la fais sursauter en l’interpellant. C. me rassure: elle sursaute sans arrêt à tout propos.

Un drone russe fait des dégâts en Roumanie ce matin et j’apprends dans le poste que l’on pratique encore des traitements par électro-chocs à notre époque, ici, en France. Allez, ouste.

JE SAIS CE QUE VOUS ALLEZ DIRE

En réalité, non, bien sûr, vous n’allez rien dire. Personne ne va rien dire. Personne ne dit jamais rien. J’ai désactivé les commentaires. non par peur des commentaires mais parce que, si je les ouvre, ceux-ci sont phagocytés par des robots d’origine douteuse, aux objectifs non moins douteux. Mais c’est moi qui vais le dire: on voit bien, à ce coquelicot, que je n’ai pas pris de photos aujourd’hui, pas plus que je n’ai pris de photo hier, ni les jours précédents. J’ai besoin de me soumettre moi-même à une certaine discipline. Je n’ai pas d’excuse. Je ne travaille pas assez. Pour ne pas dire que je ne fais rien. Ce qui serait inexact. Disons que je fais des choses inessentielles qui ne m’apparaissent essentielles que dans la mesure où je ne fais pas assez de choses essentielles pour que l’inessentiel soit engloutit par l’essentiel.

Aujourd’hui, par exemple, avec A.R., on a reçu en visio un certain nombre de candidats dans le cadre d’une commission d’équivalence pour une entrée en deuxième année des beaux arts de Nantes. Je n’entre pas dans les détails mais je ne cache pas qu’il y avait des candidature de qualité. Des candidatures de toute première force. De si bonnes candidatures, en fait, qu’à deux reprises, au moins, nous avons suggéré de commuer ces demandes d’équivalence pour une deuxième année en demandes pour une quatrième année, qui nous paraissait davantage correspondre à la qualité de la candidature. C’était donc fatigant (ces visios sont fatigantes) mais parfois exaltant et en tout cas agréable de discuter avec A.I. par ces temps caniculaires, chacun bien à l’ombre et bien au frais.

J’ai récupéré Olivier ce matin. Le câble est réparé et l’embrayage fonctionne de nouveau. J’espère que c’est la dernière blague mécanique avant un bon moment.

À midi, en mangeant un reste de pintade je me disais quelque chose à propos du fait d’écrire, mais comme je ne l’ai pas noté sur le coup ça y est voilà que j’ai tout oublié. Il faut prendre davantage de notes, me dis-je.

Ah oui, voilà! Je me disais que l’expérience me montre qu’il est préférable de ne pas trop se relire, m’étais-je dit. Je veux parler de mon expérience, bien sûr. Je ne prétends pas qu’il puisse s’agir d’une loi générale. C’est, s’agissant de mon écriture, une leçon tirée de l’expérience que ce constat.

Il est préférable que je me relise le moins possible. Que je me corrige le moins possible (sauf s’agissant des fautes de frappe) et qu’en tout cas je n’ajoute rien (retrancher est toujours possible, voire recommandable). Je me disais qu’il fallait une certaine vitesse et une certaine inconscience pour s’écarter le plus possible de tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une intention.

BAGNOLES

Je manque de charité envers les mouches, me dis-je. Elles vrombissent autour de l’écran et moi, je les maudis. Au lieu de m’émerveiller de leur bal volant, me dis-je. Je manque de poésie. Je manque de patience. Je manque de charité.

Au moins, cette fois, je ne les pulvérise pas à grands coups de tapette à mouche, comme je le faisais dans la cuisine encore tout à l’heure. On ne peut pas taper à la fois sur un clavier et sur des mouches. Il ne faut pas exagérer non plus.

Je viens juste à l’instant de jeter un œil aux dossiers des candidats que nous devons auditionner demain en visiconférence et qui souhaitent intégrer l’école de Nantes en deuxième année. Je suis impressionné par la qualité, la maturité, je dirais même l’autorité de certains candidats. Ça va être difficile de départager. Un jugement de Salomon, me dis-je. Je dis un peu n’importe quoi.

Sinon, du point de vue de la bagnole, ce fut une bonne journée: le dépanneur arriva de bonne heure. Olivier fut rappatrié à mon garage habituel chéri et adoré et, en fin d’après midi, j’eus le plaisir de recevoir un coup de fil de M. Avril (je crois que c’est son nom) m’annonçant que la voiture était prête. C’est formidable. J’irai rendre demain, à la première heure, la voiture de location et récupérer Olivier chez ce bon Monsieur Avril.

Comme partout, je le note pour mémoire, il a fait entre trente cinq et trente huit degré toute la journée. Je suis resté à l’ombre, à monter des sons. Le facteur est passé pour me déposer deux ampoules gigantesques, que j’avais commandées pour la salle de bains. Cela produit une lumière éclatante. Un peu trop éclatante, je trouve. Mais R. aime bien.

J’allais oublier de dire que R. a retrouvé mes clefs hier. Je les avais tout bonnement posées sur le dos du fauteuil crapaud du salon, occupé que j’étais à hurler sur S., qui ne faisait que des bêtises avec la porte vitrée du salon et toute cette sorte de choses. Bref, les clefs sont là, ouf.

OÙ SONT MES CLÉS ?

Alors, cette fois, c’est bon: le portail fonctionne. La charnière de rappel est fixée et fait son travail comme prévu. Un peu trop, en fait, puisqu’elle ne permet plus une ouverture complète du portillon. J’essaierai de trouver une charnière plus souple. J’ai aussi remplacé la chambre à air de la roue arrière de mon vélo et nous sommes allés nous balader avec S. à vélo hier, par une température caniculaire.

Allergie: alerte niveau rouge. La respiration s’avère difficile, malgré un anti histaminique pris préventivement vers 16h. Il faudra peut-être changer de molécule ? En tout cas, la petite promenade dans le parc animalier de Châtillon-sur-Thouet m’a été fatale. Et, je ne sais pas comment c’est possible, je n’arrive plus à retrouver mes clefs. C’est à dire mon jeu des clefs de la maison. Ce n’est pas très grave, j’utilise un double, mais c’est vexant.

En ce qui concerne Olivier, c’est la série noire: à peine étais-je aller la chercher au garage, où les deux derniers injecteurs avaient été changés, que je tombe en panne d’embrayage à l’entrée de Saint-Jouin-de-Marnes, alors que j’accompagnais S. au rugby vendredi en fin d’après-midi. Bien sûr, le garage est fermé pour le week-end, ce qui inclut le lundi de la Pentecôte et je loue de nouveau une voiture au Super U de Thouars. R. est passée nous prendre à Saint-Jouin et S. a pu attraper la fin de l’entraînement, après quoi nous sommes allés manger des crêpes au bord de l’eau au restaurant Trompe-souris, mais c’est infernal, pour moi, à cause de l’allergie.

Avec cette chaleur, je ne supporte pas d’être à l’extérieur passé dix heures du matin et avant onze heures du soir. Pour aller bien, il faudrait que je passe la journée au frais, dans l’obscurité. C’est ce que je ferai demain. La même température est prévue pour toute la semaine, c’est encourageant.

DÔME DE CHALEUR

C’est monté aujourd’hui. La température. 27 °C en fin d’après-midi. Les pierres chauffent doucement. À l’intérieur de la maison, il fait encore bien frais. L’inertie est importante. C’est comme en automne, mais à l’envers. Je laisse le chauffage la nuit, parce qu’il faut vider cette cuve de fioul avant de la démanteler et de remplacer la chaudière à fioul par une chaudière à pellets. C’est R. qui a déposé S. à l’école ce matin, pendant que je préparais les bandes sons, scène par scène de l’acte III de la pièce d’Aldéarde.

B. est arrivée vers 10h et on a monté du son jusque vers 16h, avec une petite pause déjeuner autour de 13h30. B. avait apporté une quiche, que l’on a mangée sous le tilleul, avec un reste de coleslaw. Après son départ, je passe faire trois courses, avec aussi un saut au magasin de bricolage, pour acheter une mèche à métal et des boulons, afin de fixer la charnière de rappel du portillon automatique. En rentrant, je m’y colle, mais les boulons sont trop courts. Il faudra que j’en prenne de plus longs demain. Cela dit, même comme ça, même avec cette fixation précaire, cela fonctionne. La porte se referme.

Avec Bubunne, on a regardé pour la dix-millième fois de la semaine Minecraft, le film, après qu’il eût monté son dernier set de Lego Minecraft. On se fait des plateaux repas de pâtes au pesto, puis c’est le calvaire de la prise des antibiotiques, qu’il faut couper en huit (ce matin, j’ai cassé un couteau) et c’est toute une histoire, qu’il faut parfois accompagner de suppliques et de hurlements. Heureusement, en principe, sauf rechute, cela prend fin samedi. Pour compenser l’effet destructeur sur le microbiote intestinal, Bubunne doit manger un yoghourt à chaque repas. Heureusement, il s’est découvert une passion pour les yaourts à la grecque. Tiens, j’ai utilisé coup sur coup – et sans préméditation consciente – les deux orthographes du mot.

Je lis dans le journal que l’annulation des ZFE est abrogée, ce qui revient à dire, ce me semble, que les ZFE sont de nouveau d’actualité. Cela introduit un nouveau facteur d’anxiété: vais-je devoir m’équiper d’un véhicule électrique ? Il faut que je creuse la question.

LA NUIT UN CRI

C’est lundi, hop, hop, c’est la nuit, hop, hop, dans mon lit, hop, hop, j’entends un cri. C’est Orson Welles à la radio. Orson Welles qui crie et rit comme un dément. Et puis c’est mardi, hop, hop, dans mon lit, hop, hop, encore des cris. Ce sont les gars qui dorment dans la rue au pied des studettes de l’école. Ce n’est pas Orson Welles, cette fois. Un cri, la nuit, c’est parfois Orson Welles mais pas toujours. Les gars ne crient pas comme des déments mais je pense qu’ils ont froid. Il faisait un peu froid encore, cette nuit. et puis ce week-end, c’est l’été, annonce la météo. Des trente et quelques.

C’était à Nantes, donc, mardi et aujourd’hui, mercredi, les concours d’entrée. Concours de circonstances. Montage concourant. J’y étais allé au flan, avec Olivier, malgré l’incident moteur. Et il n’était rien arrivé. Je ne dépassais pas les 2500 tours minutes. Je ne dépassais pas les 108 km/h. Je n’arrivais pas jusqu’au hoquet, jusqu’au défaut d’injection. Et j’avais pris rendez-vous déjà pour vendredi. On changerait les deux derniers injecteurs. Et ce serait la paix, du moins j’osais l’espérer.

Ce midi, à la Maison, c’était délicieux. J’avais été mauvaise langue au début. J’avais dit que cela manquait de saveur et puis j’avais découvert une saveur florale, puis une saveur résineuse et puis un ensemble, un bouquet, une construction savante. C’était formidable, en réalité. J’avais été mauvaise langue. J’avais fait mes compliments à la patronne. Peut-être que j’en avais fait trop ?

Et, sinon, j’avais regardé hier soir, dans ma cellule nantaise, avant les hurlements, bien avant les hurlements, le récent concert de Laurie Anderson, dans une église parisienne. C’était très beau, très réjouissant et cela m’avait de nouveau donné envie de faire du Taï Chi.

QUAND ON ARRIVE EN VILLE

Je l’avais pressenti. Je le savais. À chaque instant, je me disais: « le petit voyant rouge va s’allumer (incident moteur) » et on connaît la suite. Et ça n’a pas manqué.
Au bout de deux heures tranquilles sur l’autoroute, je ressens les premiers a-coups.
Ça sent l’injecteur qui décroche, je me dis.
Je coupe le son, je relâche la pédale. Bip-bip. Lumière rouge. Incident moteur.
C’était à prévoir, me suis-je dit. Il fallait s’y attendre. Jamais deux sans trois. Et il y en a quatre. Donc on va changer les deux derniers en rentrant et puis marre.
En attendant, on roule en-dessous de 90 km/h. La durée du trajet passe de 3h45 à 5h50. Mais ce n’est pas grave. On traverse de jolis petit coins.
On est tombés en panne dans le Perche. C’est beau le Perche. On poursuit tranquillement nos routes nationales et départementales. On traverse l’Essonne. On rentre dans Paris.

Là-dessus, ce matin, S. a le nez plus que pris et mouche vert fluo. Et les oreilles dolentes. On prend rendez-vous chez SOS médecins. On en profite pour passer chez King Jouet. Puis, au dispensaire, on est reçus très vite. Double otite, encore. Antibiotiques encore. On achète des yaourts. Et on va manger un pad thaï chez Basilic Thaï.

Je déteste Paris. Tout coûte si cher que c’en est paralysant. On ne trouve pas un produit correct dans les grandes surfaces et les commerces de qualité sont hors d’atteinte. On ne peut pas se garer. Je réserve un parking sur Yespark et, lorsqu’on arrive, la place est prise. Le simple fait d’avoir une voiture dans la rue coûte 5 euros par heure. Et, avec S. qui est malade, on ne peut rien faire. Il y a un vent de folie. Il pleut. Rien d’autre à faire que de rentrer et de se reposer en regardant un film à la télé.

Alors ce soir on dîne avec C. et T. et demain, à la première heure, hop, on rentre par les petites routes. Je ne sais pas quoi leur faire à manger. Je me sens sans force et sans volonté. J’ai juste envie de me coucher et de dormir, mais il faut quand même s’occuper de S., sinon il va passer son temps sur Minecraft en s’empiffrant de chocolats.

ASCENSION

Bon, alors déjà dire que j’ai bien travaillé.
On peut, on a le droit de le dire. Je veux dire, quand on a bien travaillé, bien sûr. Pas tout le temps et à tous les sujets.
Enfin, j’espère que j’ai bien travaillé. Est-ce que j’ai bien travaillé, au fait?
J’espère que le réalisateur et le mixeur seront contents. J’espère que la production sera contente. Que la télévision sera contente. Que les téléspectateurs seront contents.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours cette peur de m’être complètement planté, de n’avoir rien compris, de n’avoir rien fait de bon, d’avoir tout faux, d’être passé à côté.
Je me dis que ça y est, je vais recevoir un coup de fil désagréable, un mail déplaisant, un sms un peu sec, un message agacé. Je ne sais pas. Une lettre d’avocat, pourquoi pas ? Ça m’est déjà arrivé, une lettre d’avocat. C’était drôle d’ailleurs, j’aurais dû l’accrocher au mur.
On verra. Mais bon, donc j’ai tout de même enfin terminé le montage son de cette affreuse histoire de criminel nazi, en fuite au Chili. Cet horrible criminel nazi sadique, épouvantable, médiocre, roublard, maniaque, veule, haïssable, méprisable, qui a fini ses jours tranquillement dans ses pantoufles, après avoir encore fabriqué des camps d’exterminations pour Pinochet et trafiqué dans des colonies de vacances nazies style Salo ou les 120 jours de Sodome.
On ne sort pas indemne d’un truc comme ça. Ça vous donne des envies de… Je ne sais pas des envies de quoi, d’ailleurs. Des envies de ne pas être de cette humanité-là. Des bras qui vous en tombent. Des mâchoires qui vous en tombent. Des jambes qui vous en tombent. Tout qui tombe. Bon, il faut se redresser, se relever, reprendre de la hauteur. Alors, pour changer, j’ai réparé la chasse d’eau. Et j’en suis fier.

Alors, je ne sais pas si j’ai bien travaillé. L’avenir le dira, mais en tout cas, j’ai fini. Fini pour aujourd’hui, en tout cas. Ça c’est sûr, me dis-je. Je ne vais pas m’y remettre maintenant. Il est trop tard pour s’y remettre maintenant. Bien sûr, je me dis qu’avec encore une semaine de travail, ce serait encore mieux, mais on n’a pas encore une semaine. Alors, dans le temps donné, je crois que c’est déjà pas mal.

Je ne sais pas pourquoi, il me semblait que j’avais eu l’intention d’écrire quelque chose de particulier, mais je n’ai absolument rien de particulier à écrire pourtant, me dis-je. Simplement, comme l’idée qu’une idée m’avait effleuré. C’était l’ascension. Quelque chose montait. Quelque chose était tombé (les bras, la mâchoire, etc) et maintenant quelque chose montait. Quelque chose allait monter. C’est beau, cette ascension.

Je fais le décompte des douleurs. Ce ne sont que de petites douleurs, encore. La dent, c’est stationnaire. Du moment que je ne croque pas dessus et que je ne bois pas glacé, c’est imperceptible. Le torticolis, du côté droit, ça persiste. Ça ne s’arrange pas. Depuis deux ou trois jours. Il faudrait faire un peu de stretching, bien sûr. Mais la fatigue le matin, la migraine systématique, le manque de temps… Sans doute en partie à cause des anti-histaminiques, la fatigue, les maux de tête. Mais aussi, la dent. Alors il y a aussi le talon gauche, depuis deux ou trois semaines. Je pense que je me suis déchiré un ligament en faisant de la gym. Quand je me baisse, pour nouer mes lacets, par exemple, je sens que ça lance. J’attends que le corps se répare. Avec cette crainte qu’il ne veuille plus vraiment se réparer. Que ça lui prenne trop de temps. Que la réparation ne soit que partielle. J’hésite entre faire des efforts et me garder des accidents.