
Ce qui revient chaque année, au lieu du jour de naissance, me disais-je, hier soir, chez Charlotte, dont c’était justement le jour.
Une spécificité de la langue française, une coquetterie, avais-je pensé.
Pour ne pas faire comme tout le monde, m’étais-je dit. Encore et encore.
Et, par hasard, j’étais de passage, répondant à l’appel d’Abbas, en catastrophe, c’était le moment où jamais.
Abbas m’avait appelé en désespoir de cause vers onze heures trente, alors que nous faisions des courses à Thouars avec Anouk.
Rendez-vous avait été donné à Boulogne pour 16h m’avait-il dit.
Pas le choix, j’y vais en voiture. Il est trop tard pour attraper un train.
Retour aux sources pour Olivier.
Je rappelle qu’Olivier est le nom de la voiture.
Une Ford Fiesta bleue de 2008, baptisée Olivier, qui retourne à Boulogne pour la première fois depuis son acquisition au mois de juillet.
A 130 sur l’autoroute elle vibre à tout rompre. J’essaye d’éviter de dépasser les 110-115. Mais il faut mettre le pied au plancher pour être à l’heure.
L’on repousse le rendez-vous à 16h30.
J’arrive finalement à 16h48.
Ambre, de l’agence immobilière, mesure environ deux mètres. Abbas est venu avec un escabeau.
L’on visite l’espace dont il faudrait faire un studio de mixage avec une cabine pour la voix.
Ça négocie sec au téléphone. Ce n’est pas encore gagné. Ce n’est pas encore signé.
L’économie va mal. L’activité se heurte à des blocages.
Encore tout à l’heure, en roulant, j’avais reçu un texto de Roger m’annonçant que son projet de studio risquait fort d’être à l’eau. C’est pas de chance, m’étais-je dit.
L’on était allés boire un café. L’on avait parlé pognon.
C’est à dire que l’on avait parlé misère. L’on avait parlé disette. L’on avait parlé mouise. L’on avait parlé faillite.
Mais Charlotte était en train de percer et ça c’était formidable, m’étais-je dit.
Charlotte avait trouvé sa voie. Charlotte était tombé sur un véritable filon.
J’avais déposé Abbas à Montrouge, au bureau.
C’est là qu’il dort, au bureau. D’habitude, m’avait-il confié, il dormait chez ses parents mais ses parents étaient là cette semaine et il dormait donc cette semaine au bureau.
La question du logement restait un problème, m’étais-je dit.
Cette fois, c’est chez ma sœur que j’allais dormir, mais d’abord j’avais fait un passage chez Truffaut, au centre commercial de la Vache Noire, à la recherche d’un cadeau d’anniversaire.
J’avais dégotté, une jolie plante verte.
En arrivant chez ma sœur, je découvre qu’elle en a déjà une de la même espèce et on se dit que ça lui fera de la famille. Hécate, la chatte sauvage rescapée des jungles péri-urbaines, se dit que voilà un nouvel endroit à vandaliser.
Les ados arrivent peu après mais Marcel reste bouclé dans la chambre et ne vient pas dîner, ni même discuter. Il y a du gigot d’agneau et de la galette. On s’engueule très gentiment et pas vraiment pour de vrai. On est fatigués. Le lendemain, je dois me lever à 4h45 pour être à Nantes pour 9h30.
Ce matin, je suis légèrement au radar pour les évaluations du premier semestre, mais la qualité des propositions me ranime.
Ernestine étant retenue par une réunion, nous allons déjeuner, avec Perséphone au petit restaurant d’inspiration japonaise de la place François II.
Comme à notre habitude, c’est au bar que l’on s’installe, puisque, comme d’habitude, nous n’avons pas réservé.
En lieu et place des habituels whiskies, nous optons pour des verres de saké, que nous buvons en attendant des ramens mangeables, mais dont les nouilles sont trop cuites.
Nous nous apercevons avec surprise que nos anniversaires tombent le même jour. Le 21 février.
Un truc de ouf.
Nous sortons mêmes nos cartes d’identité pour nous donner une preuve de cette coïncidence.
En fin de repas, le serveur nous asperge de café bouillant.
J’esquive mais Perséphone est brûlée à la main.
Nous sommes un peu choqués.
Et en retard.
L’après-midi, mes yeux commencent à piquer.
L’on doit tout de même enregistrer, avec Ernestine et Aglaé, un message à caractère communicant pour informer le monde des tenants et aboutissants de la situation image.
Après quoi, sans aucun remords, je vais m’allonger et roupiller tranquillement pendant deux heures.
Je suis réveillé par des bruits de pas nombreux et étrangement continus. Une série interminable de pas. Comme si des dizaines de marcheurs arpentaient la coursive au-dessus de ma tête, aux environs de vingt heures. Étrange, avais-je pensé.








