TROP VITE, TROP LENTEMENT

Les journées de canicule s’enfilent comme des perles sur le collier du temps. L’on ne fait pas grand chose. L’on évite de sortir, l’on évite les mouvements, l’on évite d’allumer la lumière, l’on évite d’ouvrir portes et fenêtres. L’on reste bien au frais, l’on regarde des films, l’on lit, l’on écoute des histoires, de la musique. Hier, c’était Godzilla vs King Kong et Bilbo le Hobbit en audio book (la scène avec Gollum dans la montagne, dont me reparle S. au petit déjeuner et dont nous regardons un extrait de l’adaptation cinématographique).

Pendant la projection de Godzilla vs King Kong, S. est sur des charbons ardents parce que Godzilla est méchant. Il fronce les sourcils et tape dans les coussins. Je ne veux pas qu’il soit méchant Godzilla, moi je l’aime bien Godzilla. Je lui dis d’avoir confiance en Godzilla. Ce sont les humains d’Apex, les méchants. Et Godzilla – lui dis-je, – tu vas voir, Godzilla va d’abord se battre contre King Kong et ensuite ils s’uniront contre le véritable ennemi. Et bingo, c’est ce qui arrive. Le scénario est dans le titre, comme d’habitude. C’est d’une simplicité pré-biblique. Ce qui est drôle c’est l’inversion gravitationnelle et le changement des échelles des monstres à chaque plan. Et le casting improbable. Le grand mash-up.

Pluie cette nuit, juste au moment où j’étais allé ouvrir portes et fenêtres. J’ai dû refermer. Les allergies reviennent avec le vent et l’on se remet aux anti-histaminiques. Ça sent la paille mouillée ce matin. La vente de la caméra annulée, en raison de l’absence d’un micro externe, mentionné par erreur dans la description (description générée par inintelligence artificielle et pas suffisamment relue et corrigée) . Le colis doit revenir. Repartir. L’on remet en vente.

La vie semble comme suspendue. Les correspondants ne répondent plus. L’air est plus épais. L’inertie est grande. La densité l’emporte sur le mouvement.

Tout le monde va faire ses courses le matin à l’ouverture. Embouteillages de caddies dès neuf heures. Les employés de l’Intermarché sont dépassés. Les caisses automatiques en rupture. Il faut contourner les allées encombrées.

Avec S., nous mangeons peu. Un peu de gaspacho et des cacahuètes, un peu de polenta, de la ricotta et des tomates. Ah, ne pas oublier les travers de porc trouvés hier.

Piscine hier après midi, à Parthenay. Nous y croisons L.D., avec sa fille. Salutations embarrassées, avec lunettes de plongées. Quand la température extérieure descend en-dessous de 40°C, impression de fraîcheur. L’on s’habitue à tout. Ce matin à 6h00 il fait 22°C avec une brise et de l’humidité dans l’air. Et puis ça remonte, mais moins vite. Nous devrions plafonner à 37°C aujourd’hui.

CONDITION D’AIR

Hier soir, vers la fin de Disclosure Day de Spielberg, j’ai brusquement ressenti une élévation de la température.
Tout à coup, je me suis rendu compte que les spectateurs du film commençaient à s’éventer et même carrément à sortir.
La climatisation avait sauté. Surcharge.
Très vite, assis au centre d’une salle de 500 places pleine de monde, j’ai ressenti le besoin impérieux et urgent de sortir et je n’ai pas vu la fin du film, mais nous n’en étions pas loin et il était tout de même minuit vingt.

Tout en marchant dans les couloirs du métro, notant au passage que tapis roulants et escalators étaient également hors service, peut-être également en raison de la surcharge du système de climatisation, je me disais que ce qui faisait la différence entre Spielberg et mettons Laetitia Masson, c’est que, chez cette dernière la mise en scène s’inscrit généralement dans une intention empathique, qui place le spectateur dans une posture d’identification aux émotions des personnages, alors que Spielberg mettait en place une distance systématique.
En gros, que j’aime ou que je n’aime pas le film de laetitia Masson (mais on pourrait le dire du Kawase), je me trouve au bord des larmes quand les personnages ressentent de fortes émotions.
Chez Spielberg, pas du tout.
Spielberg est un conteur: ce qu’il provoque c’est l’émerveillement devant la nature extraordinaire des situations qu’il dépeint.
Les émotions des personnages ne sont qu’une mécanique narrative – de même que, par exemple, nous sommes indifférents aux émotions de Blanche-Neige ou de la Belle au Bois Dormant. Ce qui intéresse Spielberg ce ne sont pas leurs émotions mais leur (et notre) émerveillement.
C’est la différence entre lire un roman de Dickens (Masson et Les grandes espérances) et un conte de fées (Spielberg et la chanson de Blanche-Neige).
Chez Masson, la référence est culturelle, littéraire, adulte. Le sentiment et l’émotion doivent être élevés et dignes, au risque de l’enflure et d’un certain cloisonnement social (et économique), tandis que, chez Spielberg, la référence est enfantine, universelle.
C’était d’ailleurs étrange, quand j’y repense, la manière dont les films communiquaient sur la question de l’enfance et de l’Amérique, me disais-je à l’instant.
Kawase aussi s’intéressait à l’enfance.
Il y avait chez Kawase, comme chez Spielberg, une amnésie originelle, le sentiment d’être orphelin au Monde des hommes, d’être au ciel.
Chez Kawase, cela s’empêtrait dans une mise en scène démonstrative, une musique redondante et une écriture flemmarde mais il y avait une belle idée dans cette histoire de dons d’organes.
On n’était pas si loin des extra-terrestres, finalement, me disais-je à l’instant.
Chez Kawase, l’on était plutôt du côté des arbres, chez Spielberg, avec les cerfs, les renards, les ratons laveurs et les oiseaux (Blanche-Neige!!!) et chez Masson, c’étaient les ânes, me disais-je à l’instant. Curieux ce bestiaire. Ces bestiaires.

Bon, et alors cette nuit pas moyen de dormir. Trop chaud 27*C à une heure du matin. Et dans le train ce matin, panne de climatisation à nouveau, mais heureusement c’est le matin et il ne fait pas encore trop chaud. Ce qui est embêtant c’est que le train est bondé au départ de Paris. Il se vide un peu à Saint-Pierre des Corps et l’on respire mieux.

POLYVALENT COUTURIER

Y a pas de secret, y a pas de mystère: pour avoir de la fraîcheur, rien ne vaut les salles de cinéma climatisées.
J’ai donc passé la journée d’hier à l’UGC Ciné Cité et enchaîné, dans l’ordre, les projections de Shana, de Lila Pinell, Backrooms, de Kane Parsons, Obsession de Curry Barker et l’Objet du délit d’Agnès Jaoui.
Et tout était bien.
Je veux dire que non seulement rien n’était vraiment mauvais mais qu’en plus tout était vraiment intéressant, accrocheur, stimulant, passionnant et que pas à un seul moment je me suis demandé si j’allais ou non quitter la salle.
Bonne pioche, donc. Et les gens applaudissent à la fin des films.
Vers 21h30, j’aurais bien repris encore une séance, mais je me suis dit qu’il était temps de rejoindre la rue des R., où la fête battait son plein.

C’était un petit peu un accroc à mon régime acétique de ces derniers jours, puisque j’ai bu d’abondance et sans compter toutes sortes de vins frais pétillants et que je ne me suis pas privé de taper dans les petits fours et les cacahuètes.
Retrouvailles avec des visages pas vu depuis trente ans. On a bien changé.
J’ai raté le concert de H. Je n’avais pas lu attentivement le programme. Ach !
Il faut trouver l’axe des ventilateurs pour ne pas se liquéfier.
Les bouteilles baignent dans un bac empli de glaçons.
Discussions avec S.L. et puis N. et B., les deux cousines.
La soirée s’achève en petit comité, avec P. et quelques derniers verres de Viognier. Il doit être autour de deux heures du matin.
Réveil lent, de sept à dix, somnolence à l’écoute des nouvelles, de Reliques, d’Alain Finkielkraut, qui semble parler tout seul ce matin. En descendant, je constate que les glaçons n’ont pas complètement fondu, alors qu’il fait déjà trente degrés dehors.

On range un peu avec C. et P., tout en prenant le café et puis hop, le métro.
Rendez-vous 13h avec C. pour déjeuner et hop, hop, cinéma…
J’ai pris une carte pour 5 films. Il m’en reste 4. Ça devrait faire la rue Michel.

Bon, j’ai commencé à 14h00 par le Naomi Kawase. Plutôt soporifique. Sentimentalité redondante, effets enclumesques, gros sabots scénaristiques. Bref, super bof bof et le film se termine à un horaire qui ne permet pas de passer rapidement à une autre séance.

J’attrape le Laetitia Masson à 17h et là c’est plutôt une bonne surprise. Tiens, Emmanuel Salinger est encore là, cette fois aussi. C’est le grand retour ou c’est simplement mon grand retour dans les salles de cinéma. Et en sortant, pareil, impossible d’attraper tout de suite une séance. Alors je vais grignoter un bowl. Et voilà. Tant pis pour l’ascèse aujourd’hui.

JE DIS MERCI

En roulant en voiture dans la campagne vers Poitiers, ce matin, dans le soleil levant, je me disais qu’il fallait être tout le contraire d’un ‘ingrat.
Mais quel est le mot pour dire le contraire d’ingrat ? Reconnaissant ? C’est la traduction de grateful. Le mot existe en anglais et pas en français.
Hum… Ça ne me va pas. Je cherche. Obligé ? Ça ne va pas non plus.
Il n’y a pas de mot pour dire, en français, le contraire d’ingrat. C’est curieux, parce que c’est justement ce mot que je cherche. Les français ont un problème avec la gratitude, ai-je pensé. Les français ne peuvent penser qu’en terme d’ingratitude, me suis-je dit.
Mais si je veux, pour un tout petit instant, cesser de penser en terme d’ingratitude, alors comment le dire ? Il faut être quoi, alors ?
Que puis-je dire pour dire ce que je pense justement qu’il faut être, ce matin, en roulant vers Poitiers, dans le soleil levant, ému par toute cette beauté, dans le chant beau et triste d’Aldous Harding, oui encore elle, oui je radote, oui je vous emmerde et, à cause de cette interruption je ne vois pas très bien où placer le point d’interrogation et c’est tant pis pour vous, tant pis pour moi, tant pis pour nous.

Et donc, quand je pourrai en placer une, je noterai que je me suis dit qu’il fallait dire merci. Oui, merci.
Merci à tout être et à toute chose. Merci aux oreilles attentives et aux écoutes flottantes. Merci à la lumière, à la matière, à l’énergie, aux forces, au sommeil, aux mystères, aux murmures, aux bruits, aux harmoniques, aux ondes de chocs douces et lentes, aux tremblements de terre, aux volcans, aux météorites, aux catastrophes, aux chutes d’eau, à l’herbe verte et aux champs de blés. La liste serait longue et je ne ferai pas la liste ici. Je note seulement qu’il convient de dire merci. Alors merci. Merci aux petites choses. Merci aux choses méchantes comme aux gentilles. Merci aux échecs comme aux succès. Aux viles actions comme aux bonnes. Merci au Monde d’être le monde. Avec ou sans majuscule. Merci au vide d’être le vide. Je voudrais pleurer un très grand coup des hectolitres d’eau pour, ensuite, ne plus jamais pleurer et éternellement sourire ou présenter une face neutre à la lumière.

Le train est désormais autorisé à entrer en vitesse de trois cent kilomètre heures.

À LA RECHERCHE D’UN RACCOURCI QUE JAMAIS IL NE TROUVA

Bonne journée de travail musical, aujourd’hui. Si l’on peut parler de travail et si l’on peut appeler cela de la musique. Joyeux, prolifique, instructif, méthodologique. C’était un bon moyen de rester à l’ombre, au frais. Je n’ai pas même senti la chaleur, avant de sortir vers 17h15 pour aller chercher S. au centre de loisirs. Et ce n’était pas l’horreur. Un petit 33°C. Une blague. Un léger zéphyr. Une caresse.

Heureusement, le centre est bien équipé: une grande salle avec de la clim, des jeux, des tables de billards et tous les gamins à l’ombre, tranquilles, avec leurs gourdes.

Rien à dire, quoi. Je fais comme les chats, mais je n’arrive pas à être totalement inactif. Je me sens obligé de m’occuper à quelque chose, sinon c’est l’angoisse. Ah, merde, j’aurais pu faire du tai-chi (mais j’en ai fait hier). A part le toast de pain de mie complet du petit déjeuner, journée sans féculents. Que des légumes, des œufs et des laitages. Ce soir, j’ai perdu 700 g par rapport à hier. Normal. Il faut perdre encore 9,3 kg. Tranquillement.

Maintenant, il est l’heure de se coucher tôt pour encaisser le réveil à 4h45, en raison d’un train à prendre.

S. a perdu une de ses incisives, qui pendouillait depuis une semaine. Il y a de la petite souris dans l’air.

ET PUIS VIENT LE MOMENT OÙ TOUT S’ÉLOIGNE

Je viens de repenser à ce type qui traversait la rue, du côté de Nationale – Place Pinel, plus exactement – alors que je mangeais une salade libanaise, à la terrasse de la brasserie La Halte, vendredi dernier vers quinze heures trente.
Un de ces types, vous savez, qui semblent avancer droit sur vous, en vous fixant directement dans les yeux, comme s’ils vous considéraient dores et déjà comme leur objectif et leur destination.
Mais, celui-ci, avec une lenteur extrême.


J’affectai le plus grand détachement en m’efforçant de fixer à travers lui, un point lointain, comme s’il eût été transparent.
C’était un tout petit bonhomme, aux proportions de hobbit, portant coupe au bol, barbe et cheveux blancs, nez retroussé. Le dos courbé, les jambes minuscules curieusement arquées, attachées à un torse court. On eût dit d’un ensemble hétérogène, d’un puzzle.
Avançant à tout petits pas.
Il lui fallut plusieurs cycles de feu tricolore pour traverser la rue. Les conducteurs se montrèrent anormalement patients. Sans doute la manifestation d’un super-pouvoir.
Costume sombre de velours. Lunettes rondes cerclées de fer. La bouche animée d’un mouvement perpétuel. Un marmonnement continu et imperceptible.


À la table d’à côté, deux jeunes femmes exposaient leur projets de formation en sexologie, arguant du fait qu’en matière de sexologie l’excellence c’était l’aspect théorique.

Pour en revenir à la nuit dernière: vers 2h00, le nez bouché. Un début d’étouffement, que je parviens à passer sans recourir à des corticoïdes. C’est préférable. De l’eau et la fraîcheur des tomettes. Je me rendrai compte plus tard, en me levant vers huit heures, que la porte et le fenestron de la cuisine étaient restés ouverts, favorisant la circulation de pollens et graminées.

Hier matin, le jardin sentait l’herbe brûlée et le caramel. Ce matin, fraîcheur de menthe, avant la montée en puissance attendue à mi-journée.

S. est, de lui-même, descendu vers 6h46, lorsque j’ai mis la radio et s’est couché dans le canapé pour terminer sa nuit près des crêpes du petit déjeuner. À huit heures, je me lève pour faire du café et je passe à côté du canapé sans le remarquer. Il s’est enroulé dans la couverture. C’est R. qui le découvre, alors que je suis en train de préparer la pâte à crêpes. J’en profite pour noter qu’il faut acheter du lait, de la farine et du sucre.

Pendant que R. accompagne S. au Centre de Loisirs, j’étends le linge. Le nez commence à piquer. J’ai la flemme de faire le tour de la maison pour aller mesurer la taille de l’encadrement du fenestron de la cuisine et commander une nouvelle moustiquaire. Mais c’est à faire assez vite, l’année promet une profusion de toutes sortes d’insectes. Il y a déjà des colonies de fourmis dans la maison et les araignées tendent leur toiles un peu partout. Bien sûr, les araignées ne sont pas des insectes, mais elles s’en nourrissent. Quant aux mouches, je passe la moitié du temps dans la cuisine à les martyriser avec ma tapette.

La caméra a été achetée mais soudain il faut retirer la sacoche, annuler la vente et remettre en vente. Il faudra attendre quatre jours. C’est ainsi.

Tout est long. L’argent est long à entrer et prompt à sortir. C’est ainsi.

K. a appelé pour n’annoncer rien de bon. Je ne m’attendais à rien de spécial. C’est ainsi.

SEPT JOURS APRÈS

Je n’allait tout de même pas en rester là, me disais-je à l’instant. Avançons, quoi qu’il arrive et quoiqu’il en soit.
Je note, d’ailleurs, que la vague de chaleur qui s’annonce n’a, en réalité, rien de très raisonnable.
À ce que je lis dans mon application météo.
41°C prévus lundi prochain, ce n’est pas du tout raisonnable.
Mais fi de tout cela, on fera avec. J’ai profité des derniers jours tenables pour broyer les branches coupées l’autre jour.

Le concert d’Aldous Harding, vendredi, était absolument sublime. Parfait. Absolument parfait. D’une maîtrise totale. Hallucinant de perfection.
Après ça, on se demande ce qu’on peut faire de mieux.
Et pourtant, ça paraît peu de chose.
C’est parfois très peu de chose la différence entre entre pas grand-chose et la perfection absolue.
Mais tout est là. Et ça ne s’explique pas.
Enfin, peut-être que cela s’explique mais cela ne peut pas se fabriquer en suivant une recette. Comme dirait Kant.

Et alors après j’étais épuisé naturellement. C’était trop de perfection. Il fallait digérer ça. Je digère. Enfin, j’essaye. Je ne sais pas.

Bon, il faut que je termine l’acte II du spectacle de B.G. et puis on verra bien ce qu’il est encore possible d’imaginer, ou pas.

Lundi, S. était retourné au musée avec l’école.
Pas le même musée, bien sûr. Un autre musée.
Et R. était à Paris où elle devait enregistrer une émission.
Cet après-midi, je suis allé chercher S. à 16h30 pour l’emmener à son rendez-vous poitevin.
J’avais oublié de lui prendre un goûter et nous sommes donc passés à la boulangerie prendre quatre chocolats et un éclair, au chocolat, lui aussi.
S’il n’aime pas le chocolat, on lui donnera autre chose, me suis-je dit.
Et puis, en roulant, on a écouté la bande-son de Minecraft, le film, pour changer. La bonne surprise c’est qu’il y a, au sein de cette playlist d’un intérêt limité, « My own private Idaho » des B52’s et cela faisait du bien d’entendre ces jolis chœurs.

Après son rendez-vous, on avait rejoint R., qui était rentrée de Paris par un train du matin, au restaurant japonais près de l’hôtel de ville de Poitiers, qui est notre préféré. On est rentrés tôt.

Il faudrait que je me coupe les ongles, ai-je pensé, après avoir essayé d’enchaîner quelques arpèges de guitare cet après midi. Curieusement, mes mains étaient douloureuses, comme courbatues. Pour le tai-chi, Laurie Anderson a raison: il faut faire semblant de savoir faire, jusqu’à ce qu’on ne fasse plus semblant.

RANGÉ DES VOITURES

Ce sont des journées fraîches, ces derniers jours. Ce n’est pas désagréable. C’est une fraîcheur raisonnable, une fraîcheur rassurante, après cette chaleur inquiétante. Et puis, dans les jours qui viennent, devrait arriver une chaleur raisonnable, pour faire bonne mesure.

Je remets en vente cette caméra, dont je ne pense pas que l’on ait l’utilité désormais. En tout cas, pas dans un avenir proche.

Je me suis levé à sept heures, j’ai préparé le café, la pâte à crêpes, réveillé S. et R.
Après sa crêpe, S. s’est souvenu fort à propos qu’il y avait une sortie au musée aujourd’hui et qu’il fallait apporter un pique-nique, alors R. s’est empressée de fabriquer un pique-nique, puis elle a déposé S. à l’école, pensant que je décrochais du linge, accrochais du linge et vaquais à différentes tâches.
J’ai téléchargé une application de tai-chi, ce qui ajoute une nouvelle séquence à ma routine de gymnastique quotidienne. C’est reposant et finalement structurant. Pour l’instant. Attendons la suite.
Et puis j’ai passé la journée sur une chanson, avant d’aller chercher S. au centre de loisirs.
Au moment où j’arrive, il est en train de goûter: le car était tombé en panne et le groupe était rentré avec une heure de retard de la sortie au musée.

WET LEG

Qu’importe, il faut écrire.
Il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose de particulier à écrire. Ce n’est vraiment pas un problème. En réalité, me dis-je à l’instant, tout le secret est là. Il ne faut rien avoir à écrire de particulier et écrire tout de même, coûte que coûte.
C’est ça, me dis-je, coûte que coûte. Et il en coûte.
Ce qui vraiment m’épuise, me dis-je à l’instant, c’est la rigidité cadavérique des outils de mise en page de cette interface. Le fait qu’il faille ensuite aérer par des balises HTML.
Je sais que je l’ai déjà écrit, mais tout de même, cela pèse un certain poids de fonte, de plomb, de plutonium.
Et finalement, une solution consiste à ne pas faire de balises HTML et à laisser des pavés de texte, mais cela nuit à la respiration, me dis-je, tout de même.

J’avais ouvert le portail pour inviter les parents des copains de S. à entrer sans hésiter dans le jardin, puisque nous fêtions, très en avance, son anniversaire, et puis le portail est resté ouvert et il l’est toujours.
Je passe devant ce portail ouvert et je me demande s’il ne faudrait pas plutôt le fermer. Mais pourquoi le fermer ? Pourquoi ne pas le laisser ouvert ?
En tout cas, tant que quelqu’un est à la maison.
Ce n’est pas plus mal qu’il reste ouvert, non ?
Est-ce que cela ne constitue pas une invitation trop permanente à entrer ? Je ne sais pas et je ne sais pas si cela doit être considéré comme une qualité ou comme un défaut.
Cela dit, je remarque que, lorsque le portail reste ouvert, le facteur n’hésite pas à entrer, tandis que lorsqu’il est fermé, le facteur hésite à entrer. D’ailleurs, il n’hésite même pas: il n’entre tout simplement pas et laisse un avis de passage.
Donc, il est plus efficace, d’un point de vue postal, de laisser ouvert, quitte à fermer lorsqu’on s’en va pour quelques heures, ou quelques jours.

Je n’arrive pas à conserver une discipline alimentaire.
Un jour je perds un kilo, le lendemain, je prends un kilo.
C’est le status quo.
Le soir, souvent, je m’en aperçois, je mange pour me calmer, parce que S. fait le débile et me porte sur les nerfs. Si j’étais détendu, je ne mangerais pas le soir. Mais je suis tendu et je mange le soir.
Comme c’est difficile de rester détendu le soir, et le matin aussi d’ailleurs, me dis-je, face à un enfant qui fait le débile exprès pour vous faire enrager.
Il faut une capacité de mise à distance étonnante. Il faut une qualité de sérénité à toute épreuve.

Mais pendant la journée, je fais de la musique, je n’arrête pas, du matin au soir. Je commence quand je rentre de l’école, où j’ai déposé S. à 8h55, et je m’arrête à 17h15, lorsqu’il est temps d’aller chercher S. au centre de loisirs.
Parfois, je vais le chercher à 18h et je peux encore travailler jusque vers 17h45.
Et puis, il y a ces jours où c’est à 16h30 que je dois aller chercher S. et, ces jours-là, je dois m’arrêter tôt.
Enfin, je ne peux tout de même pas passer tout mon temps à faire de la musique parce qu’il y a aussi quelques tâches ménagères à accomplir, ainsi qu’un entretien minimal du jardin: tonte mensuelle, taille des arbres, débroussaillage, nettoyage des rosiers.
Tiens, me dis-je à l’instant, il faudrait que j’aille faire un tour à la déchèterie pour me débarrasser des branches trop grosses pour être broyées et d’un paquets de vieux trucs cassés et poussiéreux qui traînent un peu partout.
En vérité, ce n’est pas un saut qu’il faudrait, c’est une bonne demi-douzaine d’allers-retours, étant donnée la petite taille d’Olivier (c’est le nom de la voiture, je dis ça pour celles et ceux qui débarquent).

J’ai pris des places pour le concert d’Aldous Harding vendredi à la salle Pleyel. On y va avec R., pendant que S. restera chez ma sœur. Je profite de ce passage à Paris pour aller prendre les mesures acoustiques qui s’imposent dans le studio de G.K., récemment terminé.

CUEILLETTE

J’ai cueilli un peu plus de cinq kilos de cerises ce matin, dans le jardin. Et il en reste au moins autant dans l’arbre, encore, mais je me suis dit que ça allait bien comme ça pour aujourd’hui. Au début, c’est amusant de cueillir des cerises, mais vient un moment ou cela devient ennuyeux. Et puis cela paraît sans fin.

Les produits anti-tique et anti-puces pour les chats sont arrivés. Il faudra que nous les traitions demain (pour Uranus il faut être deux, parce qu’elle renifle l’arnaque à la vue de la pipette et se taille dans sa cachette secrète, entre les murs). Quand il fait moins chaud, les chats mangent deux fois plus. J’ai du pratiquement doubler les doses des repas distribués automatiquement par la machine.

Regardé les premiers épisodes de Legion et les personnages sont gnangnans (cela dit, j’aime bien le double imaginaire Lenny, qui est interprétée par la stratosphérique Aubrey Plaza, vous savez la stagiaire psychopathe de Parks and Recreation), mais ce qui maintient l’intérêt c’est l’incertitude absolue quant au statut de ce que l’on voit: quand et où, qui et quoi, etc. Il n’y a plus de délimitation claire entre le présent et le passé, les lieux, les temporalités. On saute d’un lieu à l’autre, d’une situation à l’autre. Par ailleurs, ça a l’air de se passer à la fin des années 80, mais ce n’est pas vraiment clair. C’est cet anachronisme qui rend la série supportable.

Un peu de musique. Je m’aperçois qu’il faut toujours retirer davantage qu’on ne le croît. Au lieu de cinq notes, en garder trois, etc. Je travaille la position de la main gauche en cassant moins souvent le poignet, un peu à la Hendrix. Cela, suite au cours de guitare du conservatoire, hier, où nous sommes allés en visite avec S. D’ailleurs S. a de nouveau une otite. Il va falloir voir un ORL, parce que c’est otite sur otite en ce moment.

En rentrant, ce soir, pendant que S. regarde Grizzy et les Lemmings, je dénoyaute trois kilos de cerises pour en faire des confiture et je les laisse macérer pour la nuit avec 1,5 kilo de sucre et des gousses de vanille.