Ce sont des journées fraîches, ces derniers jours. Ce n’est pas désagréable. C’est une fraîcheur raisonnable, une fraîcheur rassurante, après cette chaleur inquiétante. Et puis, dans les jours qui viennent, devrait arriver une chaleur raisonnable, pour faire bonne mesure.
Je remets en vente cette caméra, dont je ne pense pas que l’on ait l’utilité désormais. En tout cas, pas dans un avenir proche.
Je me suis levé à sept heures, j’ai préparé le café, la pâte à crêpes, réveillé S. et R. Après sa crêpe, S. s’est souvenu fort à propos qu’il y avait une sortie au musée aujourd’hui et qu’il fallait apporter un pique-nique, alors R. s’est empressée de fabriquer un pique-nique, puis elle a déposé S. à l’école, pensant que je décrochais du linge, accrochais du linge et vaquais à différentes tâches. J’ai téléchargé une application de tai-chi, ce qui ajoute une nouvelle séquence à ma routine de gymnastique quotidienne. C’est reposant et finalement structurant. Pour l’instant. Attendons la suite. Et puis j’ai passé la journée sur une chanson, avant d’aller chercher S. au centre de loisirs. Au moment où j’arrive, il est en train de goûter: le car était tombé en panne et le groupe était rentré avec une heure de retard de la sortie au musée.
Qu’importe, il faut écrire. Il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose de particulier à écrire. Ce n’est vraiment pas un problème. En réalité, me dis-je à l’instant, tout le secret est là. Il ne faut rien avoir à écrire de particulier et écrire tout de même, coûte que coûte. C’est ça, me dis-je, coûte que coûte. Et il en coûte. Ce qui vraiment m’épuise, me dis-je à l’instant, c’est la rigidité cadavérique des outils de mise en page de cette interface. Le fait qu’il faille ensuite aérer par des balises HTML. Je sais que je l’ai déjà écrit, mais tout de même, cela pèse un certain poids de fonte, de plomb, de plutonium. Et finalement, une solution consiste à ne pas faire de balises HTML et à laisser des pavés de texte, mais cela nuit à la respiration, me dis-je, tout de même.
J’avais ouvert le portail pour inviter les parents des copains de S. à entrer sans hésiter dans le jardin, puisque nous fêtions, très en avance, son anniversaire, et puis le portail est resté ouvert et il l’est toujours. Je passe devant ce portail ouvert et je me demande s’il ne faudrait pas plutôt le fermer. Mais pourquoi le fermer ? Pourquoi ne pas le laisser ouvert ? En tout cas, tant que quelqu’un est à la maison. Ce n’est pas plus mal qu’il reste ouvert, non ? Est-ce que cela ne constitue pas une invitation trop permanente à entrer ? Je ne sais pas et je ne sais pas si cela doit être considéré comme une qualité ou comme un défaut. Cela dit, je remarque que, lorsque le portail reste ouvert, le facteur n’hésite pas à entrer, tandis que lorsqu’il est fermé, le facteur hésite à entrer. D’ailleurs, il n’hésite même pas: il n’entre tout simplement pas et laisse un avis de passage. Donc, il est plus efficace, d’un point de vue postal, de laisser ouvert, quitte à fermer lorsqu’on s’en va pour quelques heures, ou quelques jours.
Je n’arrive pas à conserver une discipline alimentaire. Un jour je perds un kilo, le lendemain, je prends un kilo. C’est le status quo. Le soir, souvent, je m’en aperçois, je mange pour me calmer, parce que S. fait le débile et me porte sur les nerfs. Si j’étais détendu, je ne mangerais pas le soir. Mais je suis tendu et je mange le soir. Comme c’est difficile de rester détendu le soir, et le matin aussi d’ailleurs, me dis-je, face à un enfant qui fait le débile exprès pour vous faire enrager. Il faut une capacité de mise à distance étonnante. Il faut une qualité de sérénité à toute épreuve.
Mais pendant la journée, je fais de la musique, je n’arrête pas, du matin au soir. Je commence quand je rentre de l’école, où j’ai déposé S. à 8h55, et je m’arrête à 17h15, lorsqu’il est temps d’aller chercher S. au centre de loisirs. Parfois, je vais le chercher à 18h et je peux encore travailler jusque vers 17h45. Et puis, il y a ces jours où c’est à 16h30 que je dois aller chercher S. et, ces jours-là, je dois m’arrêter tôt. Enfin, je ne peux tout de même pas passer tout mon temps à faire de la musique parce qu’il y a aussi quelques tâches ménagères à accomplir, ainsi qu’un entretien minimal du jardin: tonte mensuelle, taille des arbres, débroussaillage, nettoyage des rosiers. Tiens, me dis-je à l’instant, il faudrait que j’aille faire un tour à la déchèterie pour me débarrasser des branches trop grosses pour être broyées et d’un paquets de vieux trucs cassés et poussiéreux qui traînent un peu partout. En vérité, ce n’est pas un saut qu’il faudrait, c’est une bonne demi-douzaine d’allers-retours, étant donnée la petite taille d’Olivier (c’est le nom de la voiture, je dis ça pour celles et ceux qui débarquent).
J’ai pris des places pour le concert d’Aldous Harding vendredi à la salle Pleyel. On y va avec R., pendant que S. restera chez ma sœur. Je profite de ce passage à Paris pour aller prendre les mesures acoustiques qui s’imposent dans le studio de G.K., récemment terminé.
J’ai cueilli un peu plus de cinq kilos de cerises ce matin, dans le jardin. Et il en reste au moins autant dans l’arbre, encore, mais je me suis dit que ça allait bien comme ça pour aujourd’hui. Au début, c’est amusant de cueillir des cerises, mais vient un moment ou cela devient ennuyeux. Et puis cela paraît sans fin.
Les produits anti-tique et anti-puces pour les chats sont arrivés. Il faudra que nous les traitions demain (pour Uranus il faut être deux, parce qu’elle renifle l’arnaque à la vue de la pipette et se taille dans sa cachette secrète, entre les murs). Quand il fait moins chaud, les chats mangent deux fois plus. J’ai du pratiquement doubler les doses des repas distribués automatiquement par la machine.
Regardé les premiers épisodes de Legion et les personnages sont gnangnans (cela dit, j’aime bien le double imaginaire Lenny, qui est interprétée par la stratosphérique Aubrey Plaza, vous savez la stagiaire psychopathe de Parks and Recreation), mais ce qui maintient l’intérêt c’est l’incertitude absolue quant au statut de ce que l’on voit: quand et où, qui et quoi, etc. Il n’y a plus de délimitation claire entre le présent et le passé, les lieux, les temporalités. On saute d’un lieu à l’autre, d’une situation à l’autre. Par ailleurs, ça a l’air de se passer à la fin des années 80, mais ce n’est pas vraiment clair. C’est cet anachronisme qui rend la série supportable.
Un peu de musique. Je m’aperçois qu’il faut toujours retirer davantage qu’on ne le croît. Au lieu de cinq notes, en garder trois, etc. Je travaille la position de la main gauche en cassant moins souvent le poignet, un peu à la Hendrix. Cela, suite au cours de guitare du conservatoire, hier, où nous sommes allés en visite avec S. D’ailleurs S. a de nouveau une otite. Il va falloir voir un ORL, parce que c’est otite sur otite en ce moment.
En rentrant, ce soir, pendant que S. regarde Grizzy et les Lemmings, je dénoyaute trois kilos de cerises pour en faire des confiture et je les laisse macérer pour la nuit avec 1,5 kilo de sucre et des gousses de vanille.
J’avais tué quelqu’un, un ami, T.R. je crois. Je ne sais plus pourquoi je l’avais tué, mais je me souviens comment je l’avais tué. À coups de casque de moto sur le crâne, je l’avais tué. Jusqu’à écrasement complet du visage.
Ça demandait de la vigueur et une franche détermination à tuer. J’avais surement eu une bonne raison, mais je ne me souviens de rien. C’était peut-être tout simplement un crime crapuleux, d’ailleurs.
J’avais laissé accuser une innocente. La femme de ménage. Je ne sais pas exactement de quel ménage elle était la femme, d’ailleurs, mais je me souvenais l’avoir vu passer les plats. Une femme bonne et pieuse, aurait dit Julien Guyomar dans un film de Buñuel. Une espagnole, c’est certain. Je pense qu’au fond, elle savait que c’était moi le coupable et acceptait de se sacrifier pour m’éviter d’être pris. Sans doute se disait-elle que je ne supporterais pas la prison, alors qu’elle était dure à la peine? Je ne sais pas. Elle était trop bonne pour laisser voir qu’elle me savait coupable et agissait à mon égard avec sa gentillesse habituelle.
C’était horrible, son innocence était évidente et ma culpabilité non moins évidente. J’avais même conservé l’arme du crime (le casque). Je n’avais qu’une chose à faire: aller me dénoncer, mais le problème c’est que j’avais une complice, qui me suppliait de n’en rien faire.
Je lui expliquais qu’il allait y avoir une enquête et que, même si la femme de ménage continuait de plaider coupable, personne de sérieux ne pouvait la croire, que l’enquête allait fatalement remonter jusqu’à moi. Et pendant tout ce temps je me disais qu’il n’y avait qu’une chose à faire: se rendre sur le champ et que d’avoir accepté ne serait-ce qu’une seconde qu’une innocente soit accusée à ma place était un crime impardonnable; que j’étais dorénavant damné, entre les damnés.
Et puis plus tard, je ne sais plus pourquoi, je fais la queue derrière les membres du groupe Dépêche Mode et, un peu par bravade, je dis aux personnes avec qui je me trouve deux ou trois choses pas franchement gentilles sur la musique de Dépêche Mode et l’un des musiciens en prend ombrage. Il se met à ourdir des plans contre moi, avec un tel acharnement, que le chanteur du groupe l’engueule et me prend sous sa protection. Il me présente sa collection de thés rares. Il y en a un, par exemple, qui s’appelle Babouchka et qui ressemble tout à fait à un minuscule napperon, tricoté avec du fil de soie. Mais c’est un thé. Et puis il y en a un autre qui est vivant, c’est un lézard. C’est aussi un thé. Je suis très intrigué par ce thé qui bouge. Le chanteur, qui est dans son bain, attrape le lézard entre ses doigts et lui écrase la tête. Une énorme vague de sang se répand dans la baignoire. Il attrape un gobelet, le remplit d’eau rouge, en boit un trait et me tend le verre.
-Tu vas voir, c’est dingue.
Ça a un goût de fer.
Dimanche, on avait fait des films avec S. et une intelligence artificielle. Un truc sur Minecraft, bien sûr. Steve et Gareth et la Théorie des Couleurs. Je mettrai ça en ligne demain, si j’ai le temps.
Hier, suis allé m’occuper de l’affaire de la chaudière à pellets. Constitution de dossier d’aide. Recherche de crédits. Éco-prêt à taux zéro, etc. Avant, j’avais fini le mixage du dernier film AMU et passé un coup de débroussailleuse à l’arrière de la maison. Ce matin, il y a eu un peu de pluie, c’était pas du luxe. J’ai coupé les branches du figuier qui gênaient le passage et un arbuste qui était de pousser contre le mur des dépendances. Ensuite, musique jusqu’à l’heure de la sortie de classes, parce que je devais accompagner S. à son rendez-vous à Poitiers.
Le problème avec les arts plastiques, me disais-je, en traînant mes Birkenstock® de plus en plus usées, pour ne pas dire en loques, dans le palais de Tokyo, le problème avec les arts plastiques c’est qu’ils sont à la traîne. Ils ont cinquante ans de retard sur tout le reste et tout le reste est produit par des nazis. Des robots nazis qui se croient des hommes, me disais-je.
C’était un constat accablant, me disais-je, me dis-je.
L’autre problème, me disais-je, décidément, mais c’est moins un autre problème qu’une simple conséquence du premier, me dis-je, c’est qu’en tant qu’activité de niche ultra-minoritaire, en tant qu’institution du vide, ces fameux arts plastiques – j’entends dans leur acception spécialisée, dans leur appellation consacrée d’ « art contemporain » – se trouvent condamnés à trouver leur justification conceptuelle, leur caution éthique, pour ne pas dire leur autorité morale, dans leur rôle de support de communication, en relayant toutes sortes de messages et mots d’ordre manifestant, ou paraissant manifester une quelconque forme de résistance à l’aliénation ou à l’oppression de minorités séparées par cet ordre nazi robotique mondial.
Ils ne sauraient en effet trouver de justification dans leur capacité à formuler du nouveau, à faire surgir de l’invention formelle, puisqu’il est si manifestement patent que ces productions sont à la traîne et en retard, au bas mot, de cinquante ans, tant d’un point de vue esthétique que d’un point de vue technique, sur l’ensemble des productions de marchandises culturelles.
Malheureusement, la résistance minoritaire de type militante-manifeste au principe de séparation aboutit, par un retour pervers bien logique, au renforcement même de la séparation. Le militant manifeste esthétique sert d’idiot utile au robot nazi, me disais-je. Là-dessus, Debord avait bien raison, me dis-je. L’ordre mondial repose sur une esthétique (et une politique, voire une logistique) de la séparation.
Par ailleurs, me disais-je, tout en décidant mentalement qu’en sortant j’irais tout simplement commander une nouvelle paire de Birkenstock®, celle-ci ayant décidément fait plus que son temps, cet art contemporain, finalement intempestif, voire anachronique, ne pouvant tout de même pas produire un support de communication trop directement assimilable à de la publicité ou de la propagande, se trouvait donc bien obligé de conserver une apparence de distance formelle, de désaffection, productrice, finalement, d’affects de tristesse, d’impuissance, de vanité et d’ennui, s’aliénant ainsi également une bonne partie de son public-cible, déjà ultra-minoritaire et déjà suffisamment déprimé comme cela.
Mais tout cela était sans importance, me disais-je. Tout cela était risible, me disais-je. Et surtout moi méditant ces sombres et inutiles pensées à propos de sombres et inutiles robots nazis et de la triste situation de la Maison-Culture, qui n’était qu’un épiphénomène de la triste situation de la Maison-Civilisation. Il valait mieux faire comme Jello Biafra et en faire une chanson, m’étais-je dit encore tout à l’heure en accrochant le linge. Et puis, me souvenant des brillantes candidatures examinées en début de semaine dans le cadre du concours d’entrée de l’école d’art de Nantes, je me dis que la relève n’était pas loin, que le Monde était encore là et que les carottes n’étaient pas cuites, comme l’écrivait Hannah Arendt.
Et puis j’étais allé manger une soupe de tomates aux œufs, avant de passer à la Chambre de Commerce pour récupérer une clef USB sécurisée, de la déposer rue des Rigoles et de rejoindre C., pour marcher de long en large dans la fournaise parisienne, à la recherche d’un milk-shake, pour elle, d’un sorbet passion-coco, pour moi, que nous trouvâmes à proximité du Forum des Halles, dans une sorte d’enfer caniculaire. Vers 19h, je pris le métro direction Montparnasse, puis le train pour Poitiers. À bord, je commandais finalement une nouvelle paire de Birkenstock® pour la somme inquiétante de soixante douze euros. Ensuite, je poursuivis la lecture d’Arno Schmidt jusqu’à presque la fin.
Comme sont étranges ces longs corps arachnéens. Cous tordus, minces lèvres pincées, sourcils froncés, regards rendus strabiques à force d’une attention exclusivement portée à un petit objet tenu juste sous les yeux, interposé entre soi et le monde. Couleurs pastels. Carnations blanches. Et ces images latérales, ces glaces, ces immenses visages déformés par l’optique et la géométrie des couloirs. Ces images ne s’adressent pas à moi. Ne s’intéressent pas à moi. Ne m’intéressent pas. Où ne m’intéressent que dans la mesure où elles ne m’intéressent pas, justement. Cela m’intéresse de mesurer cela.
Dans le métro, chaleur frontale, gérable. On se déplace par à-coups fluides. On tourne autour des points chauds, des points froids. J’essaye de lire Paysage lacustre avec Pocahontas d’Arno Schmidt. Un vieux type chante – faux – La Bohème, d’une voix nasillarde. Un couple hilare reprend en chœur tandis qu’une fille tatouée all-over leur présente son rat, blotti au fond du sac-à-main. Il adore les humains, elle dit, il a le comportement émotionnel d’un chat, elle ajoute. Je ne vois qu’un bout de queue grasse et rose. Il se cache, elle dit, il sait que dans le métro les réactions sont potentiellement violentes. Il est au milieu de sa vie, là. Je sais que c’est une question de perception, elle dit. Je descends à Goncourt, par erreur, alors qu’il fallait que je descende à Jourdain. Les temporalités ne sont pas présentées dans l’ordre.
J’étais allé au Mac Val voir l’exposition Smith et il m’en reste essentiellement le souvenir du ballet des sirènes de police traversant la ville d’Ivry. Son quasi continu – une nouvelle sirène remplace presque immédiatement la précédente – signe d’une activité réelle, bien qu’angoissante , perçant à travers les issues de secours de cette crypte insuffisamment hermétique bien que comiquement démonstrative dans son intention hiératique. Je glisse sur les images thermiques. Ne me retient que la petite danse de silhouettes infrarouges et la gueule d’un chien en grand angle. Tout le reste me semble dispensable, plein de soi et replié sur soi. Tout le reste fait masse, d’une masse atone, vaine et triste. Cela dit c’était un moment d’agréable solitude, d’obscurité et de fraîcheur, avant de rejoindre les trente deux degrés atmosphériques et le bitume brulant. Et disposant de toilettes, ce qui est avantageux lorsqu’on a bu beaucoup de thé. Le contrepoint propice à l’anachronisme des lieux c’est la solitude et le retrait qu’ils rendent possible. Comme les lieux de culte d’une religion moribonde et obsolète. Et qu’il était agréable, triste et agréable, de méditer sur ces chaises de formica, installation de l’inventaire des collections, en mesurant le bleu du ciel comme y invitait le cartel.
Après, j’avais repris le tram et le métro et m’étais arrêté à Sully Morland où, juste à la sortie, je tombe sur C. On va manger des glaces chez Berthillon et direction Rambuteau, pour qu’elle pose son sac, rempli d’une tonne de plomb. On va boire un spritz avant nos sashimis. Antoine, c’est le nom du type qui a repris le café juste avant le parc Anne Franck. On discute un moment avec lui, en attendant la clientèle, qui se fait rare par ces grandes chaleurs. Mais la clientèle finit par venir. La clientèle finit toujours par venir. Même si les marges restent faibles et la trésorerie tendue. De retour aux Rigoles, saké avec P. et C. R. regarde Rolland Garros. Il y a une succession de balles de match. C’est intenable.
H. arrive tard. Je la fais sursauter en l’interpellant. C. me rassure: elle sursaute sans arrêt à tout propos.
Un drone russe fait des dégâts en Roumanie ce matin et j’apprends dans le poste que l’on pratique encore des traitements par électro-chocs à notre époque, ici, en France. Allez, ouste.
En réalité, non, bien sûr, vous n’allez rien dire. Personne ne va rien dire. Personne ne dit jamais rien. J’ai désactivé les commentaires. non par peur des commentaires mais parce que, si je les ouvre, ceux-ci sont phagocytés par des robots d’origine douteuse, aux objectifs non moins douteux. Mais c’est moi qui vais le dire: on voit bien, à ce coquelicot, que je n’ai pas pris de photos aujourd’hui, pas plus que je n’ai pris de photo hier, ni les jours précédents. J’ai besoin de me soumettre moi-même à une certaine discipline. Je n’ai pas d’excuse. Je ne travaille pas assez. Pour ne pas dire que je ne fais rien. Ce qui serait inexact. Disons que je fais des choses inessentielles qui ne m’apparaissent essentielles que dans la mesure où je ne fais pas assez de choses essentielles pour que l’inessentiel soit engloutit par l’essentiel.
Aujourd’hui, par exemple, avec A.R., on a reçu en visio un certain nombre de candidats dans le cadre d’une commission d’équivalence pour une entrée en deuxième année des beaux arts de Nantes. Je n’entre pas dans les détails mais je ne cache pas qu’il y avait des candidature de qualité. Des candidatures de toute première force. De si bonnes candidatures, en fait, qu’à deux reprises, au moins, nous avons suggéré de commuer ces demandes d’équivalence pour une deuxième année en demandes pour une quatrième année, qui nous paraissait davantage correspondre à la qualité de la candidature. C’était donc fatigant (ces visios sont fatigantes) mais parfois exaltant et en tout cas agréable de discuter avec A.I. par ces temps caniculaires, chacun bien à l’ombre et bien au frais.
J’ai récupéré Olivier ce matin. Le câble est réparé et l’embrayage fonctionne de nouveau. J’espère que c’est la dernière blague mécanique avant un bon moment.
À midi, en mangeant un reste de pintade je me disais quelque chose à propos du fait d’écrire, mais comme je ne l’ai pas noté sur le coup ça y est voilà que j’ai tout oublié. Il faut prendre davantage de notes, me dis-je.
Ah oui, voilà! Je me disais que l’expérience me montre qu’il est préférable de ne pas trop se relire, m’étais-je dit. Je veux parler de mon expérience, bien sûr. Je ne prétends pas qu’il puisse s’agir d’une loi générale. C’est, s’agissant de mon écriture, une leçon tirée de l’expérience que ce constat.
Il est préférable que je me relise le moins possible. Que je me corrige le moins possible (sauf s’agissant des fautes de frappe) et qu’en tout cas je n’ajoute rien (retrancher est toujours possible, voire recommandable). Je me disais qu’il fallait une certaine vitesse et une certaine inconscience pour s’écarter le plus possible de tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une intention.
Je manque de charité envers les mouches, me dis-je. Elles vrombissent autour de l’écran et moi, je les maudis. Au lieu de m’émerveiller de leur bal volant, me dis-je. Je manque de poésie. Je manque de patience. Je manque de charité.
Au moins, cette fois, je ne les pulvérise pas à grands coups de tapette à mouche, comme je le faisais dans la cuisine encore tout à l’heure. On ne peut pas taper à la fois sur un clavier et sur des mouches. Il ne faut pas exagérer non plus.
Je viens juste à l’instant de jeter un œil aux dossiers des candidats que nous devons auditionner demain en visiconférence et qui souhaitent intégrer l’école de Nantes en deuxième année. Je suis impressionné par la qualité, la maturité, je dirais même l’autorité de certains candidats. Ça va être difficile de départager. Un jugement de Salomon, me dis-je. Je dis un peu n’importe quoi.
Sinon, du point de vue de la bagnole, ce fut une bonne journée: le dépanneur arriva de bonne heure. Olivier fut rappatrié à mon garage habituel chéri et adoré et, en fin d’après midi, j’eus le plaisir de recevoir un coup de fil de M. Avril (je crois que c’est son nom) m’annonçant que la voiture était prête. C’est formidable. J’irai rendre demain, à la première heure, la voiture de location et récupérer Olivier chez ce bon Monsieur Avril.
Comme partout, je le note pour mémoire, il a fait entre trente cinq et trente huit degré toute la journée. Je suis resté à l’ombre, à monter des sons. Le facteur est passé pour me déposer deux ampoules gigantesques, que j’avais commandées pour la salle de bains. Cela produit une lumière éclatante. Un peu trop éclatante, je trouve. Mais R. aime bien.
J’allais oublier de dire que R. a retrouvé mes clefs hier. Je les avais tout bonnement posées sur le dos du fauteuil crapaud du salon, occupé que j’étais à hurler sur S., qui ne faisait que des bêtises avec la porte vitrée du salon et toute cette sorte de choses. Bref, les clefs sont là, ouf.
Alors, cette fois, c’est bon: le portail fonctionne. La charnière de rappel est fixée et fait son travail comme prévu. Un peu trop, en fait, puisqu’elle ne permet plus une ouverture complète du portillon. J’essaierai de trouver une charnière plus souple. J’ai aussi remplacé la chambre à air de la roue arrière de mon vélo et nous sommes allés nous balader avec S. à vélo hier, par une température caniculaire.
Allergie: alerte niveau rouge. La respiration s’avère difficile, malgré un anti histaminique pris préventivement vers 16h. Il faudra peut-être changer de molécule ? En tout cas, la petite promenade dans le parc animalier de Châtillon-sur-Thouet m’a été fatale. Et, je ne sais pas comment c’est possible, je n’arrive plus à retrouver mes clefs. C’est à dire mon jeu des clefs de la maison. Ce n’est pas très grave, j’utilise un double, mais c’est vexant.
En ce qui concerne Olivier, c’est la série noire: à peine étais-je aller la chercher au garage, où les deux derniers injecteurs avaient été changés, que je tombe en panne d’embrayage à l’entrée de Saint-Jouin-de-Marnes, alors que j’accompagnais S. au rugby vendredi en fin d’après-midi. Bien sûr, le garage est fermé pour le week-end, ce qui inclut le lundi de la Pentecôte et je loue de nouveau une voiture au Super U de Thouars. R. est passée nous prendre à Saint-Jouin et S. a pu attraper la fin de l’entraînement, après quoi nous sommes allés manger des crêpes au bord de l’eau au restaurant Trompe-souris, mais c’est infernal, pour moi, à cause de l’allergie.
Avec cette chaleur, je ne supporte pas d’être à l’extérieur passé dix heures du matin et avant onze heures du soir. Pour aller bien, il faudrait que je passe la journée au frais, dans l’obscurité. C’est ce que je ferai demain. La même température est prévue pour toute la semaine, c’est encourageant.
C’est monté aujourd’hui. La température. 27 °C en fin d’après-midi. Les pierres chauffent doucement. À l’intérieur de la maison, il fait encore bien frais. L’inertie est importante. C’est comme en automne, mais à l’envers. Je laisse le chauffage la nuit, parce qu’il faut vider cette cuve de fioul avant de la démanteler et de remplacer la chaudière à fioul par une chaudière à pellets. C’est R. qui a déposé S. à l’école ce matin, pendant que je préparais les bandes sons, scène par scène de l’acte III de la pièce d’Aldéarde.
B. est arrivée vers 10h et on a monté du son jusque vers 16h, avec une petite pause déjeuner autour de 13h30. B. avait apporté une quiche, que l’on a mangée sous le tilleul, avec un reste de coleslaw. Après son départ, je passe faire trois courses, avec aussi un saut au magasin de bricolage, pour acheter une mèche à métal et des boulons, afin de fixer la charnière de rappel du portillon automatique. En rentrant, je m’y colle, mais les boulons sont trop courts. Il faudra que j’en prenne de plus longs demain. Cela dit, même comme ça, même avec cette fixation précaire, cela fonctionne. La porte se referme.
Avec Bubunne, on a regardé pour la dix-millième fois de la semaine Minecraft, le film, après qu’il eût monté son dernier set de Lego Minecraft. On se fait des plateaux repas de pâtes au pesto, puis c’est le calvaire de la prise des antibiotiques, qu’il faut couper en huit (ce matin, j’ai cassé un couteau) et c’est toute une histoire, qu’il faut parfois accompagner de suppliques et de hurlements. Heureusement, en principe, sauf rechute, cela prend fin samedi. Pour compenser l’effet destructeur sur le microbiote intestinal, Bubunne doit manger un yoghourt à chaque repas. Heureusement, il s’est découvert une passion pour les yaourts à la grecque. Tiens, j’ai utilisé coup sur coup – et sans préméditation consciente – les deux orthographes du mot.
Je lis dans le journal que l’annulation des ZFE est abrogée, ce qui revient à dire, ce me semble, que les ZFE sont de nouveau d’actualité. Cela introduit un nouveau facteur d’anxiété: vais-je devoir m’équiper d’un véhicule électrique ? Il faut que je creuse la question.