
Ou plutôt, le sujet n’est pas un sujet, me disais-je.
Le sujet est objet de son objet et l’objet est sans intention.
Le monde n’est ni l’effet d’une volonté ni celui d’une représentation.
Le monde est aveugle contingence, rage impuissante, écueil silencieux.
Ils aiment leur colère, ils aiment à s’indigner.
Ils trouvent de la grandeur et de la dignité à s’indigner. Trouvent de la grandeur à rêver de grandeur.
Ils aiment donner leur avis. Ils aiment avoir raison. Alors il n’y a plus de raison, me dis-je.
Faut qu’ça saigne, il disait, faut qu’ça saigne et qu’y faire ?
Ils aiment donner des leçons, ils aiment détester. Ils adorent détester. La haine est leur nourriture.
Ils ont peur, ils sont tristes, me dis-je.
Ils sont tout petits et cela les terrifie, me dis-je.
Ça sent la poubelle, ça sent l’ordure, me dis-je, à l’instant, écrivant dans la salle du restaurant des Bancs Publics.
Et toute cette rue sent l’ordure.
Et toute la ville sent l’ordure.
Il y a de l’ordure dans l’air.
L’ordure persiste, s’étend.
Cela pue, me dis-je.
Cela pue, cela va puer tant et plus. Il faut s’y faire.
Et il n’y a nulle part où aller, me dis-je.
Les portes se ferment.
L’univers se replie.
Il fait noir.
Bon, avec tout ça, il est seize heure vingt cinq et j’ai rendez-vous à la demie.
Il faut se bouger, comme on dit.
Prendre des mesures.
Prendre la mesure des événements.
Et cultiver son jardin.