TARA-TATA-TATA !

Ce n’est pas une nouveauté: quatre-vingt dix pour cent de l’environnement est constitué d’un nuancier de tons gris et beiges. La matrice c’est une sorte d’orange vif et un bleu tendant vers le violet. Et quand arrive le métro, on entend un air de trompette: TARATATA TATA – TARATATA TATA – TARATATA – TATATA…

Peu dormi, pour ne pas dire pas fermé l’œil. C’est à dire que l’œil était fermé mais l’esprit aux aguets. Il y a beaucoup d’événements dans les couloirs de notre auberge, la nuit. À toute heure de la nuit. Toutes sortes d’événements. Et puis, il y a le WhatsApp du groupe, où l’on apprends à toute heure que O. vient de prendre en photo un portail dans la nuit, que M. a froid, que S. ne trouve pas le restaurant, que D. cherche un pansement, que A. en a et va les lui apporter, etc.

Mais la principale raison de cette insomnie c’est que j’entretiens une angoisse bancaire. Et puis j’écoute Madame Bovary. Et, devant les soucis financiers de Madame Bovary, je me dis: « Madame Bovary, c’est moi ». Et c’est vrai que c’est moi. C’est moi tout craché. Tout stress est Inutile, bien sûr. Les stress bancaires en particulier, car que faire d’autre que d’attendre le lendemain? Mais il n’est pas simple de se déprendre d’un stress, d’une angoisse, d’une construction mentale cauchemardesque.

Ensuite, j’écoute pendant toute la nuit le cours du collège de France de Michel Foucault consacré à la Parrêsia, le »parler vrai » – d’habitude cela m’endort, mais là non, et c’est l’avantage de cette insomnie: pouvoir réellement écouter le cours de Michel Foucault. Ça n’avance pas vite, parce que ça vise à l’épuisement des parties et sous-parties et il y a une qualité hypnotique à cet épuisement. Mais je m’épuise aussi. Et je suis tellement épuisé que j’ai l’impression que la caméra de l’école ne va pas fonctionner, que l’enregistreur Zoom de l’école ne va pas fonctionner. Je me demande s’il faut que j’emporte du matériel ou s’il ne faut pas. Je me lève, je teste le matériel, ça ne marche pas, je me recouche, angoissé. Et puis ce matin, en réalité, tout fonctionner. C’était simplement mon état de fébrilité.

Ce matin, on s’était dit 9 heures pour partir à 9h15 mais finalement, à 9h30 nous étions toujours sur le départ et puis nous n’avons pas pris le chemin le plus court et, au bout du compte, nous avons près d’une demi-heure de retard. On se fait un peu – mais gentiment – engueuler et on revoit le planning des jours à venir, en intégrant notre retard comme une donnée irréfragable.