
Tout en rentrant, en conduisant, je me disais que j’allais écrire pour plus tard. Écrire pour relire plus tard. Ne rien penser sur le moment de ce que j’allais écrire. Ne pas relire, sauf pour en corriger l’orthographe. Ne rien en penser. Ne pas y mettre d’intention particulière. Pas d’autre intention que celle d’écrire pour plus tard. Pas pour maintenant. Il est trop tôt maintenant. Il faut faire reposer. C’est comme la pâte à crêpes. Mais c’est plus long que pour la pâte à crêpe. Plus tard, ça peut vouloir dire vraiment beaucoup plus tard. Il s’agit d’ailleurs de ne pas avoir trop d’idée quant à la nature de ce « plus tard ».
Mais, m’étais-je dit, ce n’est pas seulement pour plus tard que j’allais écrire, avais-je pensé. C’était pour quelqu’un d’autre. Il importait peu de savoir pour qui. Il fallait surtout ne pas chercher à savoir, sinon c’était cuit. Il ne fallait pas que ce soit trop cuit.
Tout en rentrant, en conduisant, j’avais pensé que, si c’était lu trop tôt, ça ne sonnerait pas. Ça ne sonnerait ni juste ni faux. Cela ne sonnerait tout simplement pas. Le son serait comme étouffé. Pour que cela sonne, il fallait attendre. Il fallait poser cela et ne plus y penser.
Il fallait écrire cela. Poser cela et ne plus y penser.
Simplement cela: que j’allais maintenant poser là des mots pour les relire plus tard. C’était une alternative. C’était la seule alternative acceptable. Parce que sinon, vite la nausée me prendrait. Cette nuit, la nausée. Hier soir, la nausée.
J’étais sorti, hier soir, après les évaluations de la situation image et j’avais marché jusqu’au restaurant de ramens Ichi-Go Ichi-E. Mais le restaurant était fermé à l’heure où j’arrivais, alors j’étais allé boire une IPA dans une brasserie non-loin. J’avais accompagné ces vingt cinq centilitres de bière d’une assiette de frites. Étant donné qu’habituellement je ne mange pas le soir, j’aurais dû m’arrêter là mais, je ne sais pourquoi, je m’étais dit que, puisque j’étais venu pour les ramens, du restaurant Ichi-Go Ichi-E, il fallait que je commande un bol de ramens avant de rentrer. Alors, puisque maintenant le restaurant était ouvert, j’étais entré et j’avais commandé un bol de Tantan ramen avec encore vingt cinq centilitres de bière. J’avais absorbé tout cela en lisant le journal sur mon téléphone et puis j’étais rentré. Et j’avais été malade jusqu’à une heure avancée de la nuit. La nausée. Des remontées acides. Mal au crâne. Impossible de fermer l’œil. Malade dès que je m’allongeais. Je me suis dit: plus jamais ça. Manger légèrement. Ou mieux, ne pas manger. Mais s’il fallait absolument manger, alors légèrement. Et pas d’alcool.
Ce matin, j’avais pris ma douche vers sept heures trente et j’étais allé chercher un Doliprane dans la voiture. Puis, à la Maison, c’est à dire à la boulangerie qui s’appelle La Maison – et où je dois dire que les gens sont de plus en plus gentils avec moi, j’ai dû baisser la garde, ou bien je me fais vieux, mais passons – bref, à la Maison, donc, tout de même un kanelboller et un café allongé. Et là ça va. Ça va beaucoup mieux. Le pâté de maison est terminé. C’est construit, fini, flambant neuf. Beau comme un camion. Pour un peu, j’aurais pris une photo. Dans un sens j’ai le soleil dans les yeux, dans l’autre, je l’ai dans le dos. Et inversement. Selon que je me dirige vers la voiture, pour un Doliprane ou vers la Maison, pour un kanelboller. Vers la voiture, c’est à l’aller que je l’ai dans les yeux et au retour dans le dos. Vers la Maison, c’est à l’aller que je l’ai dans le dos et au retour dans les yeux.
Je croise deux fois le même type aux cheveux blanc, avec une cravate et une raie sur le côté. Une fois en rentrant du petit déjeuner et une fois en rentrant du déjeuner, pris avec C., à la Maison également. Il faut que je fasse attention à ne pas devenir un trop bon client.
Et puis c’étaient les accrochages de M1, c’est à dire la suite de la semaine dernière mais avec C. au lieu de T. Ensuite, j’avais rempli ma fiche de frais et j’étais parti en ayant pu remettre mon cahier de factures à T.B., qui était restée tard, elle aussi. J’ai de la chance.
S. a encore attrapé une otite. Avec R. et S. on regarde les vingt ou trente premières minutes de Jumanji, avant d’aller se coucher.
