LE MONDE DE L’ORIGINE

C’était difficile de respirer, hier soir. Trop de graminées dans l’air certainement. Et d’avoir tondu la pelouse justement, et les hautes herbes jusque dans l’enceinte du cirque Friteau, hier en fin de journée, justement.

Le nez avait coulé tel un robinet ouvert. Une dame avait été saisie d’un élan d’empathie à mon égard et m’avait fourni, pendant toute la durée du spectacle, des mouchoirs en papier. Dans ma poche droite, je rangeais les mouchoir secs, dans la gauche les mouchoirs usagés qui finissaient par former une boule humide assez gênante. À l’entracte, nous avions pris des popcorns et j’avais pu récupérer le sachet pour en faire une poubelle portative.

En rentrant, j’avais pris un antihistaminique, mais trop tard.
Vers dix heures, il m’était impossible de respirer par le nez et j’avais pris des corticoïdes, puis je m’étais préparé une tisane, puis une inhalation.
J’avais fait des mouvements de taï chi, de qi gong. Je ne savais plus quoi inventer. J’étais en panique.
Je m’imaginais suffoquant dans mon sommeil. Aussi, je ne dormais pas.
Je me suis recouché vers 2h00 du matin, avec la radio.
Vers 4h00, un mince filet d’air parvenait à circuler et je m’étais endormi.
Je n’aurais pas voulu mourir asphyxié pendant la nuit, à l’idée que S. découvre son papa tout inerte et gris au réveil et ne sache que faire ou vers qui se tourner.
J’avais ainsi évité de m’endormir tant qu’une asphyxie me paraissait une issue, sinon probable, du moins possible.
Ça avait été une soirée drama-queen, avais-je pensé.
À ce sujet, il me revient à l’instant avoir soudain ressenti une violente douleur intercostale, sous le chapiteau, en revenant de l’entracte, et de m’être demandé si je n’étais pas en train de subir un pneumothorax ou une sorte d’attaque quelconque.
Ça avait bel et bien été une soirée drama-queen, me dis-je de nouveau, en repensant à ces minutes d’angoisse.
Donc, j’avais attendu que l’air circule de nouveau et j’avais surélevé mon oreiller et j’avais pu dormir jusque vers 8h00, heure à laquelle S. s’était éveillé, rendant toute poursuite de sommeil impossible.

Ce matin, la respiration était décente, même si l’écoulement nasal restait abondant. J’avais repris des corticoïdes, par acquis de conscience, mais j’avais attendu la fin de la journée pour reprendre un antihistaminique, ayant lu qu’il était sans intérêt de faire une surdose. Le nez de S., lui aussi, avait été congestionné toute la soirée et toute la nuit et encore aujourd’hui, toute la journée. Peu-être est-il, lui aussi, sujet aux allergies ?

Mais cela allait mieux, il pleuvait. Cela va toujours mieux lorsqu’il pleut. Les pollens retombent. Les graminées retombent. L’air est plus frais. L’on reste plus volontiers à l’intérieur.

R. devait rentrer vers 15h30 mais, suite à des retards sur la ligne, elle n’est arrivée que vers 18h. J’avais pensé pouvoir travailler un peu aujourd’hui mais c’est loupé. Je crois que je vais mettre le réveil sur quatre heures du matin pour travailler demain un peu à l’aube.