
Bon, alors déjà dire que j’ai bien travaillé.
On peut, on a le droit de le dire. Je veux dire, quand on a bien travaillé, bien sûr. Pas tout le temps et à tous les sujets.
Enfin, j’espère que j’ai bien travaillé. Est-ce que j’ai bien travaillé, au fait?
J’espère que le réalisateur et le mixeur seront contents. J’espère que la production sera contente. Que la télévision sera contente. Que les téléspectateurs seront contents.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours cette peur de m’être complètement planté, de n’avoir rien compris, de n’avoir rien fait de bon, d’avoir tout faux, d’être passé à côté.
Je me dis que ça y est, je vais recevoir un coup de fil désagréable, un mail déplaisant, un sms un peu sec, un message agacé. Je ne sais pas. Une lettre d’avocat, pourquoi pas ? Ça m’est déjà arrivé, une lettre d’avocat. C’était drôle d’ailleurs, j’aurais dû l’accrocher au mur.
On verra. Mais bon, donc j’ai tout de même enfin terminé le montage son de cette affreuse histoire de criminel nazi, en fuite au Chili. Cet horrible criminel nazi sadique, épouvantable, médiocre, roublard, maniaque, veule, haïssable, méprisable, qui a fini ses jours tranquillement dans ses pantoufles, après avoir encore fabriqué des camps d’exterminations pour Pinochet et trafiqué dans des colonies de vacances nazies style Salo ou les 120 jours de Sodome.
On ne sort pas indemne d’un truc comme ça. Ça vous donne des envies de… Je ne sais pas des envies de quoi, d’ailleurs. Des envies de ne pas être de cette humanité-là. Des bras qui vous en tombent. Des mâchoires qui vous en tombent. Des jambes qui vous en tombent. Tout qui tombe. Bon, il faut se redresser, se relever, reprendre de la hauteur. Alors, pour changer, j’ai réparé la chasse d’eau. Et j’en suis fier.
Alors, je ne sais pas si j’ai bien travaillé. L’avenir le dira, mais en tout cas, j’ai fini. Fini pour aujourd’hui, en tout cas. Ça c’est sûr, me dis-je. Je ne vais pas m’y remettre maintenant. Il est trop tard pour s’y remettre maintenant. Bien sûr, je me dis qu’avec encore une semaine de travail, ce serait encore mieux, mais on n’a pas encore une semaine. Alors, dans le temps donné, je crois que c’est déjà pas mal.
Je ne sais pas pourquoi, il me semblait que j’avais eu l’intention d’écrire quelque chose de particulier, mais je n’ai absolument rien de particulier à écrire pourtant, me dis-je. Simplement, comme l’idée qu’une idée m’avait effleuré. C’était l’ascension. Quelque chose montait. Quelque chose était tombé (les bras, la mâchoire, etc) et maintenant quelque chose montait. Quelque chose allait monter. C’est beau, cette ascension.
Je fais le décompte des douleurs. Ce ne sont que de petites douleurs, encore. La dent, c’est stationnaire. Du moment que je ne croque pas dessus et que je ne bois pas glacé, c’est imperceptible. Le torticolis, du côté droit, ça persiste. Ça ne s’arrange pas. Depuis deux ou trois jours. Il faudrait faire un peu de stretching, bien sûr. Mais la fatigue le matin, la migraine systématique, le manque de temps… Sans doute en partie à cause des anti-histaminiques, la fatigue, les maux de tête. Mais aussi, la dent. Alors il y a aussi le talon gauche, depuis deux ou trois semaines. Je pense que je me suis déchiré un ligament en faisant de la gym. Quand je me baisse, pour nouer mes lacets, par exemple, je sens que ça lance. J’attends que le corps se répare. Avec cette crainte qu’il ne veuille plus vraiment se réparer. Que ça lui prenne trop de temps. Que la réparation ne soit que partielle. J’hésite entre faire des efforts et me garder des accidents.
