C’EST TENDU

Avant d’aller aider à la direction de deux classes de CE1 en vue d’un opéra fin juin, j’étais passé à la banque pour tirer du liquide.
Il y a des choses qu’il faut savoir payer en liquide, me dis-je.
Tout est décidément affaire de trésorerie, me dis-je.
Et il faut savoir que le client paye à quarante cinq jours, pensais-je.
Pas oublier, dans le prévisionnel, me dis-je.
Et G. m’appelle pour me demander si j’ai pensé à la trésorerie et je lui réponds que justement j’y ai pensé. 
Pas possible, qu’il me fait. 
Si, que je lui dis.
Avec toi, même pas la peine de demander, qu’il réplique.
C’est normal, que je lâche.
Si seulement, qu’il soupire.

L’important, c’est d’assurer la trésorerie, pensais-je, me dis-je.
Anticiper, me dis-je. Investir, me dis-je.
On est à flux tendus.
Tendus comme le tissu.
Et c’est beau.
Et le meuble nous promet treize unités de racks dix neuf pouces.
En plus d’un abri frais pour l’unité centrale.
Il faudra penser patch et pitch.

Et il pleut mais je ne sais jamais qui est celui dont on dit qu’il pleut.
Dieu pleut ?
Le ciel pleut ?
Ca pleut, me dis-je.
Comme vache qui pisse, me dis-je.
Comme Marcel Pagnol, me dis-je encore.

On reste jusqu’à dix-sept heures avec G. et je ne devrais pas parce qu’on bavarde et ce n’est pas comme ça que les travaux vont avancer mais en même temps, me dis-je, c’est en parlant qu’on avance, me dis-je.
Je fais un saut sur le toit dont nous avions arrosé la pelouse hier soir avec C.
C’est encore bien de la paille.
Il va falloir de l’eau et puis ratisser large, me dis-je.
Les roses sont presque fanées.
Le petit jardinet avec ses fraises semble bien se porter.
C’est beau tous ces chantiers aux alentours.

Bon, c’est ce soir pour la déclaration des revenus.

Une odeur de cordons bleus.
Une petite fille qui vient mâcher trop près de mon oreille et s’appuie sur mon fauteuil.
– Quoi ? C’est l’arnaque ! Tu vas pas noter tout ce que je dis, quand même ? C’est vrai quoi ! Arrête ! C’est pas vrai, là !

Bon allez, ça suffit.

DES CERISES SUR LE TOIT

En me réveillant, vers sept heures, je me dis: « Tiens, c’est bientôt le jour le plus long ».
Et je repense à ces tentatives des astrologues chinois pour essayer de faire coïncider les cinq éléments avec les quatre saisons. 
Cette idée, par exemple, que l’on pourrait inventer une saison inexistante au centre (élément de Terre). 
Une saison invisible. 
Une saison d’un instant.

Je file à la gym, après les deux parties d’échecs réglementaires.
Il me faut éliminer tous ces hydrates de carbone, tout ce Chardonnay.
Une semaine d’ascèse.
Perdre deux kilos.
Et puis reprend le cours de la vie.
Au secours, je me dis.
Steaks et haricots verts.
Yoghourt zéro pour cent.

Apprentissage de WordPress, pour le site de C.A. Studio.
F.V. m’envoie des propositions de logo.
C’est bien, mais rien n’est aussi bien que le logo de Life Design.
Alors, avec l’autorisation de H. et de F., je m’en vais utiliser le logo de Life Design.
C’est un logo générique.
Un logo total.
En tout cas pour l’instant.
J’ai une semaine pour trancher.

Vers seize heures quinze, on part pour Montreuil avec C.
On retrouve G. dans la salle associative.
Il est en train de peindre les plinthes.
Seconde couche.
Puis il se remet à l’installation du tissu.
C’est fou comme c’est beau.
C’est beau comme c’est fou.
J’ai hâte.
C’est bientôt.

On va acheter des cerises, des chips et de l’eau et on rejoint N., M. et L. sur la terrasse pour l’apéritif.
C. se fait des peintures de guerre avec le jus de cerises.
On va dire au revoir à G. et on rentre.
Encore un peu de tutoriel WordPress.
Il va me falloir des notions de CSS.
Il faut savoir tout faire.
Faire de tout.
Mais j’oublie tout immédiatement.

C. écrit son journal intime, m’apprend-elle, en traversant l’avenue de la Résistance.
– Comme toi, papa, me dit-elle.
– C’est bien… tu écris tous les jours ?
– Pas tous les jours. Juste quand il m’arrive quelque chose de spécial.
– Moi, j’essaye d’écrire tous les jours, mais ce n’est pas simple. On n’a pas toujours quelque chose à écrire, ni envie, ni la force, ni le temps.
– Oui… Et en plus parfois il y a une petite fille qui te dérange.
– Tu veux parler de la petite fille qui toujours veut absolument être citée ?
– Oui, celle là même…
– Ra la la…

Je regarde deux épisodes de House of cards, j’achète des câbles sur eBay et je crois que maintenant, il est temps d’aller me coucher.
Une heure cinquante.
Il est temps.
Demain, on verra.

ET PUIS NOUS SOMMES RENTRÉS

On avait eu chaud, bien chaud, derrière les rideaux noirs, les baies vitrées inondées de soleil, dans le ronronnement des vidéoprojecteurs.
Tout le monde avait eu chaud et, plus que tout le monde, les étudiants qui présentaient l’épreuve du DNAP.
Mais l’on avait finalement eu raison de la chaleur et l’on s’était rafraîchis, rassérénés.

J’avais mangé trop de sucres lents, trop de féculents, trop de gâteaux, de pain, de frites.
C’avait été une semaine somptuaire sous l’angle des hydrates de carbone.

Tout avait commencé par le potjevleesch sur la plage de Malo, jeudi soir avec S. et P.
Puis à midi, vendredi, C. me fait découvrir une nouvelle cantine, qui fabrique des hamburgers.
En engloutissant cette nourriture trop riche, nous discutons des mérites comparées des philosophies de l’action et de la contemplation et poursuivons une conversation entamée la veille avec P. quant à la difficulté de dire la différence – sexuelle en l’occurence – l’indifférenciation étant confondue avec l’égalité en droit.
Dire la différence comme condition du désir.

Mais trop de pain, décidément, trop de gâteaux.
Il fallait mettre un terme à cette débauche.
L’on se mettrait au régime sec.
L’on reprendrait un entraînement intensif.
Et les travaux s’achèveraient.
On savait qu’au loin, pas si loin, les travaux touchaient à leur fin.
L’on était régulièrement informé de la progression d’une certaine quantité de colis, acheminés en notre direction par différents livreurs.
Mercredi avait été indiqué par nos soins comme la journée de convergence de tous ces colis.

Et l’on installerait mercredi.
Et l’on souderait.
Et l’on assemblerait.
Et l’on visserait.
Et l’on monterait.
Et l’on fixerait.
Et l’on brancherait.
Et l’on écouterait.
Et l’on étalonnerait.
Et l’on ferait la balance.
Et l’on testerait l’installation.
Et l’on installerait les mises-à-jour.
Et l’on autoriserait en ligne.

Pour l’heure, les lignes convergent nettement.
Lentement mais sûrement.

Hier soir, donc, quittant l’école, P.G. et moi nous étions installés avec un nombre insuffisant de canettes de bière dans le train de 16h56 en direction de Paris, que nous avions atteint à 19h15 environ.
Le temps de déposer mes affaires à la maison, de passer embrasser L.B. et ses amis rue Tiquetone et j’avais rejoint le Silencio où se produisait Yolk.
J’assistai au concert dans un état de catalepsie avancé.
Agréable stupeur contemplative dans la transe musicale.
Bises aux amis et back home, je m’effondre instantanément.

Ce matin, grasse matinée jusqu’à 8h50.
Rapide petit déjeuner et je fais un saut à Montreuil où je tombe sur M.
Je fais des photos et je repars.
G. appelle.
Nous convenons de nous voir demain en fin d’après-midi.

Je fais des courses en rentrant.
Y. est allée chercher C. chez L.
Nous déjeunons et j’emmène C. à sa leçon de piano.
On achète de la crème contre les piqûres de moustiques (Onctose), un DVD (Les Pingouins) et des cerises avant de rentrer.

C. range sa chambre.
J’écoute Alfred Schnitke. Concerto Grosso n°1. Posté par M.S.
Merci.

ATTERRISSAGE

Atterrissage, disait la Région.
C’était la manière douce pour dire « les carottes sont cuites ».
Les carottes sont-elles cuites pour l’art et la culture en Région Hauts de France ? Non! 
Léguman !
T’es enfant de la Terre, le Soleil est ton père, tu fais mordre la poussière à tous ceux qui veulent la guerre…
Etc.

Et nous nous étions retrouvés, P.G. et moi, à 6h35 Gare du Nord.
Et nous nous étions aperçus qu’il avait réservé dans la voiture 18 la place 56 et que j’avais, pour ma part, réservé dans la voiture 18 la place 55.
Coïncidence…

La vie est bien faite, il n’y a personne dans la voiture et pour finir on s’installe absolument où l’on veut. 
Un soleil sans partage flotte dans l’azur.
Tout est bien.
Tout est lumineux.
Tout est illuminé.

On fait un arrêt à la pâtisserie, pour boire un café insipide servi dans des tasses Pantone® avec des viennoiseries qui ne font pas semblant d’être au beurre.
Puis, direction l’école, où P. doit remplacer au pied levé le président du jury de DNAP.
Je fais le porteur de chronomètre.
À midi, je n’ai pas droit à un plateau-repas et je suis bon pour le sempiternel menu à 11€80 du Tokyo.

Ensuite, je vais acheter des aiguilles et un spray antiseptique pour crever une ampoule sur la plante de mon pied gauche. J’en profite pour avaler une tarte au citron meringuée.
C’était pas le jour pour bouffer des protéines.
Retour à l’école.
Suite des passages.

C’est bien.
C’est fou.
Vers seize heure trente, le jury délibère.
Je fais des mails, des jeux.

J’attends.
C’est long.
Tout le monde attend.
J’attends toujours.
J’attends encore.

Viendra un moment où l’on n’attendra plus. Où l’on aura oublié avoir attendu.
On sera sur la plage.
On boira du vin blanc en regardant passer les filles.

C. ne voulait pas dormir hier soir parce qu’un jour la Terre allait exploser et alors, nous serions tous morts mais que deviendraient ses doudous ?
Sérieusement…

LE MONDE DU SILENCE

Et tout à coup il se dit qu’il n’avait rien posté depuis quatre jours.
Cela commençait à faire beaucoup, s’était-il dit.
C’était sans importance, mais cela commençait à faire beaucoup.
Et donc il se demanda pourquoi.
Il se demanda comment.
Comment se fait-il que ?
Pourquoi ce ?

Bref, il fallait rétablir le fil du récit, combler les manques, boucher les trous.
On pourrait commencer en partant de là où l’on se trouve et revenir en arrière de proche en proche.
Tout en écrivant cela, il pensait à la bouteille de Chardonnay qu’il venait de mettre au freezer quelques minutes plus tôt.
Attendre suffisamment pour que le vin soit frais mais ne pas l’oublier là.
Il avait reçu la poignée de remplacement commandée sur le site d’Electrolux-Arthur Martin le matin même, en conduisant sa fille à l’école.

Il aimait l’idée qu’un autre que lui, qui était le même pourtant, parlât de lui à la troisième personne du singulier.
Il trouvait ça chic et choc.
La bouteille, se dit-il.
Et, se levant pour l’aller quérir, s’apprêtant à se lever, quittant le clavier, il se dit que cette phrase pouvait bien s’arrêter là.

Et hop, tchin tchin. Ce n’est pas frais frais mais c’est tout de même bien agréable.

Bon, pas de chichi, que je me dis, assez de salamalecs.

Donc, cette journée avait commencé par une poignée de frigo suivie d’une séance modique de gymnastique, de la rédaction d’une lettre à l’intention du Président de la République, d’un aller-retour à Montreuil pour aller admirer le ouatage des murs et installer la Livebox, d’un certain nombre de coups de fils, e mails, envois postaux et virements bancaires, d’une dépose de C. au Conservatoire à 15h30, d’un retour pour l’aller chercher à 16h45, en compagnie de L., où nous retrouvons I. et A. pour aller au parc, s’étant arrêtés pour des glaces aux bonbecs.

Tiens, me dis-je, E.N. avait dit mercredi et puis plus de nouvelles.
E.N. était constante dans son absence, me dis-je.
E.N. était absente par définition, ajoutai-je.
Il fallait envisager E.N. en tant qu’absente, complétai-je.

Mais, que ce soit E., V., M., A. ou autre, je ne constatais finalement qu’absence autour de moi. Solitude et absence. Alors, me dis-je, oublions tout ça.
Oublions même le soleil, même les fleurs, même les promenades.
Concentrons nous sur le travail, me dis-je.
Rien d’autre, me dis-je.
Vivre et tout ça, c’est pour les couillons, me dis-je.
Travailler, me dis-je.
Et c’est tout, me dis-je encore.
C’était pour ça, me dis-je.
Pour ça, ce silence.
Silence de bon sens.

Et avant, il y avait eu mardi. 
Tourcoing, l’assemblée générale, comité de salut public d’où la lettre à E.M.
Content de recroiser I. et de repartir au quart de tour, comme en quarante.
Une double Grimbergen à la gare avec O.
Le train. Ecrire dans le train. Ecrire sur du vent.

Et avant, il y avait eu des jours.
Des jours vides remplis de projets.
Des heures à lire et à apprendre.
A regarder le plafond.
A se dire que bon ça suffit. 
Qu’il faudrait s’y mettre enfin.
Le dos, la fatigue mais ça va mieux.
L. m’a prêté un coussin de massage.
J’ai fait mon circuit dos.

Ca va mieux.
Ca va bien.
Et merde.

ALWAYS THE SUN

C’est samedi mais l’on se réveille néanmoins à sept heures, quoi qu’il arrive.
On tombe du lit.
Le lit nous tombe dessus.
Ca bouge dans la rue, depuis une plombe ou deux.
Il y a du soleil, alors on bouge aussi. C’est animal.
C’est naturel.
C’est humain.
J’ai mal au dos.

De la poitrine fumée, des œufs, vite.
Du café.
Message de F. qui, elle aussi, s’est levée tôt.
On prend le café à distance.
C. est déjà en train de regarder des bêtises.
On joue aux cartes puis aux échecs.

Je somnole de dix à dix trente, avec une petite fille qui vient jouer les gremlins.

A onze heure moins quelque chose, E. revient avec un disque dur.
Elle reprend aussi le blouson qu’elle avait oublié.

On descend avec elle, pour aller faire des courses.
On la laisse devant Leroy Merlin et l’on poursuit jusqu’au Forum.

Plus de sandales en 30 chez Muji.
On en trouve chez H&M
Dorées, pour aller en boîte.
Puis, chez Okaïdi, un t-shirt blanc à rayures bleues, sur lequel se détache un perroquet en paillettes, et des sandales plus sportives.

Je voudrais que C. arrête de vouloir toujours acheter des choses.
Je lui dis que ça m’énerve, que c’est insupportable, qu’elle va finir dans une poubelle, comme Veruca Salt.
Elle ne me croît pas.
Elle devrait…

On achète des tomates anciennes, des amandes, des noisettes, des olives, de la ricotta, de la noix de coco fraîche et l’on rentre déjeuner.
Ensuite, une ou deux parties d’échecs en prenant le café, mais C. n’est plus concentrée (alors que ce matin j’ai dû coucher mon roi) et je lui bouffe toutes ses pièces.

On part pour Montreuil.
On achète des cerises sur le chemin.
On les mange avec G. sur la terrasse devant le local associatif.

Il termine de remplir les bass-traps de laine végétale, avant de vernir le sol et de passer les peintures.
On fait un tour sur la terrasse.
Les roses sont magnifiques.

On rentre, non sans passer chercher des glaces chez Picard.
La poignée de la porte du freezer me reste dans la main.
J’en commande une nouvelle sur le site d’Arthur Martin – Electrolux.
37,50 € avec les frais de port.

C. regarde La belle au bois dormant.
Avec l’aide de C.C., j’essaye d’arbitrer avec justice le débat Schiappa / Finkielkraut mais comme d’habitude personne n’a tort et personne n’a raison. Ne pas rentrer dans ce genre de débat. Quel imbécile je fais.
Je vais supprimer tout ça, très vite.
Ouste.

Là-dessus, c’est C. qui n’a plus de réseau.
Pff…

Tout ça n’est pas très intéressant.
Tout cela est sans intérêt.

Ca y est c’est supprimé.
Ne pas entrer dans des querelles futiles et sans enjeu réel.
Il y a déjà suffisamment d’emmerdements comme ça.

Heureusement que l’on trouve des fauteuils massants chez Nature & Découvertes.
Nous y avons passé un bon quart d’heure avec C. ce matin et ça fait vraiment du bien.

C’est ça qu’il me faut pour le studio.

Le Herman Miller Aeron c’est joli et tout mais pour le dos, ce n’est vraiment pas la panacée.

Donc des coussins massants ASAP.

CHEWING GUM

Et donc hier soir T. est venue manger et dormir à la maison.
J’ai eu la faiblesse de laisser les filles jouer dans le salon pendant que j’essayais de bricoler des logos pour le studio.
Résultat: elles ont fait des ribambelles de chewing-gum et les ont collées un peu partout sur les murs, les meubles, le sol, les tapis, etc.
L’horreur à nettoyer.
On en découvre de nouvelles traces à chaque instant.
Il y a des claques qui se perdent.

Ce matin, j’entend les petites souris grabotter dès sept heures du matin mais je prends mon temps. Petit-déjeuner, encore un peu de crobardage. O. me donne un cours de graphisme accéléré et m’envoie des liens utiles. Vers midi, je décolle. 
J’arrive un peu avant G.
Il a commencé à installer les linges pour le baflage et c’est beau.
On fait un point sur le planning pour cette dernière semaine.
D’ici la fin de la semaine prochaine, tout doit être terminé.
Tissu, plaques de chêne, portes, meuble, tablette, peinture, vernis, électricité.
Dernière ligne droite.

Dans la cour en regardant dans le soleil, on voit des myriades de micro-particules.
Ce sont des résidus cotonneux.
Des pollens d’arbres, sans doute.
Ou de la ouate.
G. pense que les avions à réaction n’y sont pas pour rien.
J’ai vu trente-six chandelles.
Les acouphènes sont aigus aujourd’hui.
Sur des plages de fréquences étendues.
Fatigue et les voix stridentes des enfants n’aident pas.

Je rentre épuisé.
Je fais des courses, épuisé.
Je souffle, je peste.
Je dors dix minutes.
On sonne. L. et H. viennent prendre un verre.
Puis c’est E., pour de la maintenance informatique mais les disques durs ne montent plus.
Je suis sans force.
Mon oreille droite siffle.
J’arrive à peine à tenir debout.
E. reviendra samedi.
Elle oublie sa veste.
On boit un verre puis L. et H. s’en vont. Au cinéma.
J’emmène les filles au parc.
Trente-six chandelles tournent devant mes yeux.
Sur un banc, j’appelle F. pendant que les filles jouent.
On reste un bon moment.
Je me repose un peu.
Toujours des étincelles, quand je me lève.
On passe prendre des pizzas avant de rentrer.
Après le repas, les filles prennent un bain.

Quelques verres de Chardonnay et ça va mieux.
J’achète un abonnement chez un hébergeur internet pour construire un site WordPress.
Je fais mon virement.
J’attends.

L’ATTENTE L’OUBLI

Ce n’est pas parce qu’un ciel bas et lourd pèse sur l’esprit gémissant qu’il faut renoncer à aller faire un peu de gym.
Dont acte.

Je dépose C. en vitesse – il faut que je rapporte la trottinette – et je repars aussi sec.

Passage à la banque pour déplafonner la Master card.
Paypal attend de pied ferme une somme importante.

Quinze minutes de cardio, un peu moins de trente minutes de musculation du haut du corps, quelques assouplissements, hammam, douche et l’on est quitte.
Tout cela en écoutant Les chemins de la philosophie.
Un beau texte de Tocqueville. 
Sujet du bac corrigé: « La politique est-elle affaire de spécialiste ? ».

Il fait gris, il fait beau.
Il fait frais, il fait chaud.

Dans le vestiaire, affluence des grands jours.
Pourquoi ? Mystère.

Mon camarade épileptique – il faudra qu’un jour l’on se livre à une présentation en bonne et due forme, mes camarades de gymnastique et moi – me parle de ses séances au hammam de la Mosquée.
Le temps qu’il faut prendre pour le rituel des bains, la manipulation, le récurage des peaux mortes, l’allongement et la rêverie.
Le temps qu’il faut pouvoir s’accorder.
Mais déjà passer deux heures au club de gym c’est du temps.
Sur le retour, je pose le sac à la maison et vais chercher poupette.

Pas le temps d’aller manger un sushi.
Je file à Montreuil pour réceptionner la livraison.
On ne va pas laisser un Neumann U87, fut-il AI, traîner dans les couloirs.
Alors j’attends la livraison dans la salle associative.
Tutoriel Illustrator puis Protools.

G. arrive vers 13h45.
Se change.
On cause.
Il va couper du bois. J’attends.
Vers 15h30, j’en ai marre d’attendre. M’apprête à aller boire un café.
Discussion avec G.
Devis prévisionnels pour les travaux supplémentaires: le caisson pour le vidéo-projecteur, l’insertion des enceintes, la tablette murale, le meuble sur mesure, le rideau de velour. 
Tout ça qu’il faut maintenant prendre en compte.
Et la main d’œuvre.
Ah…

Sur ces entrefaites, la livraison se présente.
C’est un long carton.
Il y a, entre autres, cinq pieds de micro à l’intérieur, il faut dire.
Je quitte Montreuil.
Une tartelette amandine aux poires sur le chemin, pour me remettre de mon anxiété arithmétique. 
Calculs mentaux dans le métro.
On va s’en sortir.
Rentré, j’appelle G. pour lui demander de mettre le carton en lieu sûr cette nuit.
– CNC, qu’il me dit.
– CNC ?
– CNC.
Alors, bon, CNC. Je regarde. J’écris. À suivre…

Puis je prends rendez-vous avec un technicien d’Orange pour l’installation de la ligne ADSL.
La box doit arriver lundi.
Le technicien mercredi.
Les enceintes partent aujourd’hui.
Le rack de monitoring arrive vendredi.
J’y suis.

EN MÊME TEMPS

C’est un vrai émerveillement de voir les choses se mettre en place.
Les finitions sont engagées.
La climatisation fonctionne et elle est totalement insonore.
La chicane permettant de rafraîchir le vidéo-projecteur remplit son rôle.
L’air circule.

À l’instant, je viens de faire un gros virement en direction du Royaume Uni.
Les enceintes ne vont pas tarder à prendre le bateau ou l’avion.
G. est en train de leur construire de jolis berceaux, à l’instant où j’écris cette phrase.

Il est l’heure d’aller chercher poupette.
Je m’interrompt brièvement, le temps de ce faire.
Un brin de causette avec M., devant l’école.
C. sort. Nous rentrons.
Je ressors faire une course.
Gnocchis, tomates cerises, champignons de Paris, mélange de graines salées, Chardonnay 2009, tapenade, crackers bio aux graines de courges.
Je rentre pour faire cuire des haricots verts à la vapeur, tout en prenant l’apéro.

A midi, après la livraison du meuble technique fabriqué en Roumanie et expédié depuis l’Allemagne, nous étions allés déjeuner au Café Salé.
Environ une demi heure d’attente pour qu’un garçon s’intéresse à nous et encore une heure pour être servi.
Et ils se sont trompés sur la commande de G.
À éviter à l’avenir.
Même si, heureusement, la compagnie était bonne et la conversation nourrie.
Je ne comprends pas très bien comment on pourrait aller plus avant dans l’humiliation.
J’ai du mal à saisir quel comportement est attendu, exactement, de la part d’un client d’une brasserie parisienne, ou assimilée (nous sommes à Montreuil).
C’est un peu comme les services de livraison.
Y a comme du mou.

Avec A., on a fait passer les fils dans les passages techniques.
Tout est prêt pour le 5.1 quand les enceintes seront là.
En attendant, l’on s’émerveillera en stéréo.

FINITIONS

Eh ouais, pour une fois c’est une photo verticale.
Ca arrive.
Tout arrive.
Même ça.

Or donc, ce matin, après avoir déposé C. à l’école, je rentre.
Y. doit sortir, a rendez-vous.
Je passe à la banque. 
Ma carte bleue était bloquée, je ne pouvais plus faire de virement.
Et puis, comme par miracle, tout se débloque.
Un bug du week-end, je dis.
On va faire des courses, avec A., chez Leroy Merlin.
Appliques.
On prend un café au tabac, devant le parc Anne Frank.
On fait quelques crobards pour le logo.

On se sépare: A. va Porte de Champerret pour des roulements de skate board et je vais rue de Rome pour des partitions (pour le cours de piano de C. cet après-midi).
Allez-retour en Vélib’.
Mon sport du jour.
Deux steaks dans l’onglet, de la salade puis tutoriel Illustrator jusque vers 16h.

Je file à Montreuil.
Dans l’avenue Pasteur, je tombe sur O.S. qui, évidemment, habite juste à côté.
A. me rejoint au studio.
Point avec G.
Finitions. Il faut tout dégager.
Je dépose deux cartons chez N.
Demain matin, livraison du meuble, qu’il faudra momentanément entreposer dans le local associatif et mercredi, de nouveaux cartons.

Une petite fille aux dents fraîchement brossées vient lire par-dessus mon épaule.
Charles Trenet, en arrière plan, chante « Je Chante ».
La petite fille chante avec lui.
– Je chante mais la faim qui me poursuit tourmente mon appétit. 
Elle porte un casque qui n’est même pas branché.
Pauvre enfant.
– Allez, va te coucher chérie…
– Non, non, non! Jamais !

Donc, on repasse chez Leroy Merlin en fin de journée pour acheter un seuil de porte et un support de tablette murale. 
Ensuite, je chope des chips et je vais finir la bouteille de Chardonnay en passant mes ordres de virement.

On mange des coquillettes avec C. et on joue à Panic Cafard.
Il est temps d’aller coucher une certaine petite fille.

Demain, demain.