Maintenant que c’est officiel, je peux bien dire qu’il y a des biberons à stériliser tous les soirs, mais il n’y aura pas de photo, pas ici. Juste pour les amis.
Et pas de commentaire, ici.
On sépare, on trace une ligne. Hop.
– Mais alors, mais alors, attendez, je ne comprends pas bien. Qu’est-ce que c’est ? Un journal ou pas ?
– Oui, oui.
– Mais alors ?
– Mais alors, rien.
Sinon, ici, les bébés c’est Y. et moi. On ne bouge quasiment pas de la chambre et c’est la maman de Y. qui vient nous nourrir deux fois par jour, pendant qu’on change les couches et qu’on prépare les biberons, qu’on s’inquiète, qu’on appelle le pédiatre, qu’on apprend à connaître C., son rythme, son angoisse récurrente de 18h-20h, etc.
Pendant que C. roupille, on lit, on fait des mails, on mange des fruits, on roupille aussi.
Parfois on sort pour aller chercher un médicament, une soupe Phô, un café.
De toute façon, dehors il fait 40°C ou bien il pleut des cordes.
On est mieux à l’intérieur.
Et il y a un tel flot de vélomoteurs qu’on met un quart d’heure pour traverser la rue.
Il faudra que j’aille filmer ça.
Pour l’instant j’ai filmé C. et une écharde dans mon pied. Mais C., c’est en privé seulement, hein ? Pour les amis, rien que…
On s’est dit qu’on aurait pu faire une série de films sur nos pieds, ici, à Hanoï. Il y a de quoi faire (Y. a le gros orteil tout bleu, à la suite de la chute d’une bouteille de Motilium).
A force de lire des romans chinois, je suis en train de prendre une overdose d’horreur pour la révolution culturelle et toute forme de révolution. D’accord avec Gao Xingjian: c’est une bonne chose qu’il n’y ait plus d’idéologies. Il reste quand même pas mal d’excités. Et s’il se présente un idéologue, faites un grand sourire et quittez les lieux en prétextant une urgence. Brrr… Pas discuter. Sert à rien.
Fruits de la passion magnifiques. Un euro le kilo. Bananes succulentes (micro bananes: on en mange douze d’un coup). Mangues à se damner, etc.
Bon, au lit.
LA ROSÉE DANS LES ASPARAGUS
Il est bon, de temps en temps, de transférer les fichiers photos et vidéos du téléphone sur le macbook pro et de faire un tri.
Il y a le faux Warhol, avec sa caméra en carton, que j’aime beaucoup.
Il y a le piano de R. et l’escalier par lequel il a fallu le monter et le descendre.
Je pense que, depuis, il est redescendu.
La neige derrière la cafétéria à Tourcoing.
L’église, au milieu des travaux.
La coiffure d’une étudiante chinoise.
L’enseigne du café « Le Bailly ».
La mer, vue des hauteurs de Delphes.
Etc, etc…
Epouvanté par les récits de femmes chinoises recueillis par XinRan. Horreur absolue de la révolution culturelle. Je repense à S.B. et son père garde rouge. Brrr…
J’avance très lentement parce qu’on arrive très rapidement à saturation d’horreur.
Les révolutions dévorent avant tout leurs enfants les plus dévoués en servant les intérêts des opportunistes les moins scrupuleux et les plus prompts à en détourner les élans.
Il faut que j’aille préparer de la pâte à beignet pour les fleurs de courgettes du jardin.
Et demain, il faudra penser à filmer la rosée dans les feuillages d’asparagus (la partie visible des plants d’asperges): ça fait comme des nuages irisés argentés-vert de gris.
RIEN OU PRESQUE
Parce qu’il se passe pleins de trucs dont je n’ai pas envie de parler ici mais juste pour dire que le film de Guiraudie, « Le roi de l’évasion » est son plus beau, que c’est sublime, le plus beau film de l’année (je vois mal qui pourrait faire mieux). Bref, ne pas le louper.
Bises.
AU COURRIER CE MATIN
Sur fond de la 6ème symphonie de Chostakovitch, brutalement interrompue par un coup de fil.
Irruption de nouvelles machines à la maison. Un gros disque dur de 2 To pour stocker les rushes qu’on ne sait plus où mettre et un Time Capsule pour faire des copies de sécurité de nos disques durs en permanence.
Nouveaux fils, nouvelles diodes vertes, rouges, bleues, nouvelles odeurs de plastique chaud. Et c’est maintenant la machine à coudre de M.O. qui montre des signes de faiblesse. Angoisse.
Ce serait bien sans aucune machine, mais comment faire ?
Revu Sogni d’Oro. Curieusement, des trois Moretti, il ne subsiste plus que la face la plus sombre. Ce sont les films les plus cafardeux que j’ai vus récemment. D’où vient qu’il ne subsiste aucune fraîcheur, aucune grâce ? Pas que ce soit de mauvais films, au contraire, mais ce sont maintenant comme des machines mortes. Parce que le monde dont elles sont le miroir a disparu lui aussi. Jusqu’à l’idée du cinéma. L’idée d’un cinéma qui aurait encore une place, qui réunirait et mettrait encore en jeu un peuple, fut-il minoritaire. Partout le silence glacé et la solitude.
Ecce Bombo. Oui, elle arrive.
A part ça, quoi de neuf ? Hum… cuisine japonaise, enfin.
Et maintenant, il est temps d’aller faire un peu de sport.
DUTY FREE
Impressions mitigées de l’aéroport d’Athènes. D’un côté on nous offre 45 minutes de Wifi gratuites, de l’autre il y a un insecte écrasé dans ma part de cake à l’orange.
C’est un vrai « duty free » à l’ancienne, où l’on peut acheter des parfums et des fringues hors de prix. Il faut montrer son boarding pass pour y accéder.
Le car est passé nous prendre à 4h00 du matin.
On était restés à boire des bières jusque vers 3h00 du matin à l’Agora, avec J.J. et M.X., puis on repasse prendre nos affaires et hop.
Magnifique levé de soleil sur l’autoroute. Ecouté Piano Solo de Gonzalez en boucle. Pas de problème. Nous arrivons à l’aéroport à 7h00 du matin.
Les espagnoles font les idiotes dans les caddies.
Un peu de Tai Qi dans les allées, au risque d’être happé au passage par un chariot.
Il y a des magasins d’alimentation compliqués et déserts qui ont pourtant l’air formidables mais il faut un mode d’emploi pour comprendre comment se servir, à qui s’adresser et où payer. Alors on se rabat sur une sorte d’équivalent Starbuck quelconque, mais plutôt correct.
Et là, si on prend un jus d’orange, ce ne sont pas moins de douze fruits qui y passent.
Acheté Libé. Cahier vacances. Boîte à bébés à Anvers.
Secte de narco trafiquants à Mexico (la Familia).
Je commence à me sentir cotonneux.
Maintenant la question: est-ce que l’avion va être à l’heure cette fois ?
La dernière fois, on avait tout de même gagné un billet gratuit.
LAST DAYS
J’ai mangé, il y a quelques heures, la plus mauvaise glace à la vanille de ma vie. Malgré les litres d’eau avalés entre temps, il m’en reste un arrière goût désagréable.
Il va être temps de tout empaqueter. Un car passe nous prendre cette nuit pour nous déposer à Athènes où nous prendrons l’avion à 10 heures.
Exporter la présentation Keynote de mercredi en un fichier QuickTime m’a pris environ deux heures et la vitesse de transfert de fichiers vers le disque dur qui nous sert de base de donnée commune est d’environ 0,5 Mo/s. C’est rien de dire que c’est lent.
Bon. On a beaucoup travaillé mais je ne suis pas sûr que cela produise quoi que ce soit. Ce dont je suis content, c’est notre présentation / concert de mercredi. Je commence à comprendre comment me servir d’Arkaos et de Live. C’est de plus en plus drôle et rapide à mettre en place.
Et je suis content des rencontres avec N, I et D.
Il est l’heure d’aller manger un morceau à la taverne, pendant que les fichiers se copient.
Il fait toujours plus chaud.
HELLO PYTHIE
Les conversations aux terrasses ont cessé vers 5h30-6h00.
Bientôt c’était la stridulence perpétuelle des cigales.
Sommeil en dent de scie. J’aurais pu dormir encore une heure ou deux mais il y a petit déjeuner à 9h à l’annexe des beaux-arts d’Athènes.
La typo des devantures de café, des enseignes d’hôtels et d’auberges, c’est la même que dans Astérix. Cette ville fait de nous des touristes américains.
Quand je dis « ville » c’est excessif. Disons plutôt quelque chose entre une grande aire d’autoroute et un mini-golf avec vue sur la mer.
Mais la vue est très belle. Il faut juste sortir de la rue commerciale.
On se serait bien acheté une armure intégrale, cela dit.
Aller voir le lieu où se tenaient les oracles.
Mâcher des feuilles de laurier.
35°C.
Les grecs ont l’air d’apprécier les terrasses en béton. Elles fleurissent partout.
Et les frites.
Il n’a pas l’air de faire beau à Paris.
Lu que les choses ne s’amélioraient pas avec Hadopi 2.
Ici on mélange grec, français, espagnol et anglais de cuisine.
Commentaire mystérieux et anonyme reçu suite à ce post:
Back in the game sur un blog tranquille. Tes lecteurs sont toujours les plus discrets, non ?
À l’occasion de la rétrospective Michael Mann, on mesure (à nouveau) à quel point la critique (s’il en reste) et les institutions françaises sont incapables de penser le désir, ou du moins la situation (je ne dis pas position) sexuelle, d’un cinéaste. Il est amusant de lire (à nouveau) la construction d’un discours « critique » des images (disons « de gauche ») depuis un lieu « de droite ». Bernard Bénoliel s’y colle avec un texte hagiographique et (involontairement) risible pour le programme de la Cinémathèque.
Mann n’est pas très éloigné du romancier Richard Stark. Ses personnages doivent masquer leur double identité « culturelle » et sexuelle dans un environnement hostile, mais fondamentalement ouvert : les territoires métapolitains des USA. De ce point de vue, « The Thief » est son film le plus personnel (la question de l’adoption y est exemplaire) – film dans lequel la duplicité de l’énonciation se retourne le plus souvent vers l’instance qui énonce, l’obligeant à de nouveaux travestissements et pas de côté.
Mann n’est évidemment ni « de droite » ni « de gauche », bien au contraire ; il est là où il est (encore) possible de faire des films, c’est-à-dire avec les nouveaux pouvoirs économiques et policiers de la planète, dont il est un grand documentariste. Il triche souvent sur le découpage et la représentation des actions (à l’inverse d’un Straub ou d’un Carpenter), mais il est très précis quant à l’objet de la représentation (le savoir-faire corporel, les procédures langagières et l’appréhension méthodique des lieux par Tom Cruise, magistral, dans « Collateral »). En tout cas, il est passionnant. « Collateral » est ainsi un très grand film sur ce que fait un agent de terrain en milieu hostile, en particulier quand il perd ses informations, un peu comme « Catch Me If You Can » (Spielberg) est un grand film sur le recrutement des analystes du FBI. Ce qui ne signifie pas que le spectateur souhaite s’identifier à ces personnages… « Collateral » est aussi un grand film sur la façon de quitter Downtown L.A. par les highways pour y retourner (je pense à « City Of Quartz » de Mike Davis, au montage financier des opérations immobilières de Downtown L.A. tel qu’évoqué dans ce livre).
Disons enfin, l’époque étant ce qu’elle est, que Mann est incroyablement « moderne » et fait vieillir dans l’instant un grand nombre de ses contemporains, peut-être un peu comme Anthony Mann dans les 50’s, Antonioni dans les 60’s ou HHH dans les 90’s. Les « innovations » techniques (la HD) et la surenchère formelle (décadrages, montage cut) y sont pour beaucoup, comme toujours.
Bonnes vacances.
Seydou Yéké
PS: ton blog ressemble de plus en plus à une BD de Guy Delisle, non?
STANDBY
2h40 de retard pour le vol d’Athènes.
Avec 3 heures de car ensuite, pour rallier Delphes, nous prévoyons d’arriver au milieu de la nuit. Du coup, profitons de cette attente inopinée et du réseau chèrement payé à ADP pour faire ce post.
C’est qu’en ce moment, j’ai conscience d’un certain relâchement.
Se ressaisir.
Hum…
Donc, à partir de demain, 12 jours de séminaire à Delphes. On peut rêver pire comme séjour de travail.
On va consulter l’oracle.
Tiens, des mouvements d’appareils.
Du nouveau ?
On nous a distribué des tickets de rationnement et offert un voyage gratuit sur Aegean Airlines pour nous dédommager des heures de retard.
Oui, on dirait qu’il y a de l’agitation.
Mais il y a tellement d’avions qui décollent.
En ce moment, les retards sont fréquents.
Sans doute du zèle dans les contrôles, après le récent accident.
Déjà l’autre jour, 4 heures de retard en revenant de Biarritz.
Il faut que je poste ceci avant que mon compteur n’arrive à zéro.
KILL THE POOR
150 ans de prison pour Madof.
Le comptable d’Enron, lui, s’en était tiré avec 24 ans 1/3.
Ça gueule à la poste ce matin: il n’y a plus qu’un guichet.
– Et encore, attendez le mois prochain, annonce le postier. Grâce au petit monsieur en costume noir, il n’y aura plus aucun guichet ici. Que des machines.
Ce matin, séance de 9h20, Drag me to hell de Sam Raimi. Curieux comme les gitans sont désignés comme les intercesseurs avec les enfers. Hum, hum…
Un petit côté propagande de Goebbels, non ?
Je dis ça…
De toute façon, ils sont tous affreux. Massacrables. A un moment , je me suis dit: « tiens, une idée », mais j’ai oublié ce que c’était. Ca reviendra. C’était au moment où je me demandais si j’allais quitter la salle ou non. Au moment où le choix de quitter la salle ou de rester se présentait comme indifférent. D’un côté, il fait frais et on peut toujours s’attendre à voir surgir un plan. Ah, oui, tout le film était désynchronisé. Un problème de projection, j’imagine?
Sinon, quelques emplettes, postages divers.
Il fait beau, il y a des soldes mais pas beaucoup de monde.
Acheter répugne. Acheter dégoûte.
Hier A. a repoussé notre déjeuner pour cause de départ en Suisse. Finalement, tout ça s’est terminé par un chat à 23h30. Et aujourd’hui, je dois voir H.V. et G. au Floor’s, ce café où l’on tourne des films pour le MEDEF. Hum…
On peut essayer de trouver mieux, évidemment.
Terminer de lire et d’annoter les mémoires des élèves de Biarritz.
Passer chez les L. pour dépanner un problème de réglages dans Final Cut Pro (E.G. dit « Coupe Finale »).
Et installer une barrette de mémoire dans le portable de F.
D’abord, grignoter quelque chose.
Un pantalon est arrivé par la poste.
Pas mal. Un peu étroit, je trouve.
Grignoter quelque chose.
LAISSEZ ÇA SUR LA TABLE
C’est un film qui s’appelle « La maison vide ».
Il est construit par tranches d’approches et d’éloignements de lieux. Un tiers, deux tiers, trois tiers. La même chose à l’envers et puis plus rien.
Superpositions.
On y entend des gens en train de travailler.
Il y a aussi ceux et celles qui déposent des cartons d’invitation pour des projections, des expositions.
La galerie « Bonjour en forêt » ou bien « Bonjour la vie », toujours « Bonjour » quelque-chose…
Dans un grand entrepôt. Ou une série d’entrepôts reliés entre eux.
On se déplace.
Il y a là des maquettes, des sculptures, des machines sculptures. On ne sait plus si c’est de l’outil ou du monument.
Quelques silhouettes. Des preneurs de sons avec leurs casques.
Toujours des conversations.
Des gens au téléphone se plaignent.
D’autres surveillent l’exposition depuis le poste de contrôle.
Il y a JMS qui dit qu’il ne veut pas apparaître. Mais lorsque je lui demande si, dans l’hypothèse où j’aurais besoin d’une présence dont sa personne serait l’incarnation, il accepterait, il dit oui.
On décide des costumes d’un acteur.
Il enlève une couche, je lui demande: « la chemise, tu la gardes ? ». Oui, ça je la veux. Et le pull? On ne sait pas trop. Il l’enlève. Curieusement la doublure du manteau vient d’un autre manteau. En fait c’est le deuxième manteau qui est une doublure du premier. Ça fait bien rigoler tout le monde. Et l’on s’aperçoit que les deux gros yeux qui forment l’avant du manteau, de la cape, ne sont plus symétriques.
A un moment, pour des raisons historiques, il faut faire venir un nouveau personnage au milieu d’un nouveau décor.
Une route ? Une clairière ? La question se pose.
Une scène violente. Un contrôle de police. Cela se passe dans l’antiquité. A Rome. L’accent tonique n’est pas le bon.
Une jeune fille de la galerie « Bonjour… » arrive avec un prospectus.
– Posez ça sur la table, mademoiselle…
Mais elle me le tend. Je répète, avec un peu d’humeur.
Elle fait une grimace et pose son prospectus. On sent qu’elle n’est pas contente.
L’idée de la scène, c’est qu’on voit quelqu’un de nouveau, dans un lieu nouveau et qu’on se dit: « ah, on va passer un moment ensemble » et puis pof, instantanément c’est fini, c’est mort, il n’est plus là, plus rien. C’était juste une transition, un flash forward d’un bon millénaire.
