TURN THAT HELICOPTER OFF BABE !

Ca a commencé par les zombies.
Je n’ai plus supporté ça, les zombies, que ce soient ceux de The Walking Dead ou ceux de Z Nation. Je n’ai plus supporté ce carnage, cette boucherie de viande avariée, cette déferlante de cadavres ambulants. Puis c’est progressivement l’intégralité de ce qui se construit sur une tension, une angoisse, la peur de la catastrophe, d’une menace planétaire, d’un ennemi invisible, bref la quasi-totalité des films et séries américaines (à l’exclusion de quelques pépites reconstituantes comme Louie, la série comique de Louie C.K.), la quasi-totalité du marché des images en mouvement que je ne peux plus supporter.
Plus possible de regarder une minute de plus du huitième épisode de la saison 1 de Designated Survivor par exemple.
Je ne peux plus me sentir angoissé, tendu. Je ne veux plus. Plus de ça.
Déjà l’idée d’une image.
Me promener chez Darty ou à la FNAC me dégoute des appareils, des machines, des écrans.
Me dégoute de l’idée de produire une image. Un son, ça va encore.
La marchandise est épouvantable. Le marché des images est indigeste.
Envie d’un jardin zen, d’un grand vide, d’un moment de silence, de suspension.
J’ai pris rendez-vous pour me faire arracher la dent n°27 et sa voisine, la dent de sagesse n°28. Le 19 janvier. Après, on verra. Il faudra attendre quelques mois, que cela cicatrise, avant de parler d’un implant.
Et pourtant, je suis allé voir Docteur Strange au cinéma cet après-midi. De beaux visuels 3D. Ca reste enfantin. Au cinéma, c’est encore possible. Même s’il faut supporter les fantasmes de l’Amérique. Les corps, les désirs et les émotions américaines. 
Mais je préfères leurs émotions ploucs à leurs flips planétaires.

C’EST À SHANGHAI

C’est un nouveau geste. Maintenant tout se paye avec un téléphone. Le QR code de Wechat. Tout est affaire de QR code.
Google est coupé, Facebook est coupé, mon VPN ne fonctionne pas. 
Il m’en faudrait un chinois mais pour ça il me faudrait une SIM card chinoise puisque tout se paye par téléphone et par QR code. Trop tard: je rentre demain matin.
J’ai la surprise de constater que Live Journal fonctionne.
J’en déduis que les rapports sont meilleurs avec la Russie qu’avec l’Amérique.
Impression que ça se referme. Que tout se referme.
Il y a des distances qui se prennent. Ce se réorganise.
Le tourisme devient moins confortable.
L’information n’est plus fluide.
On est drivé. Dépendant. Désorienté.
Mais ce forum international, c’était drôle. 
Les japonais dans leur rôle de japonais, les anglais dans leur rôle d’anglais, les américains dans leur rôle d’entertainers, les allemands dans leurs rôle de manipulateurs conceptuels et moi dans mon rôle d’idéaliste abstrait. A chaque pays son rapport à la langue, à l’espace et au temps. Les organisateurs ont eu l’air d’apprécier aussi. C’était bien.
Ce qui est curieux, dans cet hôtel chinois (Hôtel Mercure, by the way) c’est le fossé entre le luxe des installations (espace, confort, équipements) et l’amateurisme des employés (les serveuses se prennent les pieds dans le tapis, cassent des assiettes, les réceptionnistes ne parlent pas un mot d’anglais, la barmaid ne sait pas se servir de la machine à café, etc).
Ca s’est développé trop vite. Le service ne suit pas.
Les finitions laissent à désirer. 
Du coup, ce sont les détails qui sautent aux yeux.
La période est laide.
Recomposition. Reconstruction. Ca va prendre un peu de temps sans doute.
Il faut revenir.
Le site de Hangzhou, magnifique.
On a envie d’y rester en contemplation.
Une résidence là-bas, oui, ce serait bien.
Demain, la très longue journée à remonter les fuseaux horaires alors qu’enfin je commençais à réussir à dormir la nuit. 
Mais il faut dire aussi que quand on demande un whisky ici, c’est toute la bouteille qu’on vous verse.

TIME FLIES

Invraisemblable, comme il file, le temps.

Donc presque deux mois plus tard et dix à douze kilos en moins, mais là n’est pas l’essentiel. Phase trois. Consolidation. Il y a des fruits maintenant. Et du pain complet. Et du fromage. Et des féculents. Et des repas de gala. C’est moins austère. C’est plus dangereux. Ca dure cent jours. C’est coupé en deux. 

On laisse la chambre à C. et on emménage dans le salon. Y. a installé les bureaux dans l’entrée et c’est beaucoup mieux. En tout cas, j’aime mieux. Le meuble que je ne peux souffrir est à présent presque invisible, dans mon dos. Il ne nuit plus. 

Ce sont de drôles de journées d’automne, solitaires – tout le monde est parti mais il y a une foule compacte dans les rues – à écrire des courriers, mettre en forme, préparer des projets.
Les séries sont anxiogènes. Il plane sur l’Amérique comme la menace d’un crime fédéral. L’État y est curieusement envisagé comme l’ennemi fondamental. Le dragon ne dort que d’un œil. 
De l’autre côté, c’est Moscou-Damas et l’Europe si faible. Si dérisoire dans ses convulsions internes. Admirable de naïveté, inouïe de candeur. Pauvre vieille Europe.
Le maire d’Alep, aussi, sur France-Cul il y a deux ou trois jours, terrible.
Ne pouvant fortifier la justice l’on entreprit de justifier la force.
Et bientôt, Shanghai et nous verrons un peu de quel bois la Chine se chauffe. 

Je rencontre des architectes, des fournisseurs, techniciens et artisans du bâtiment, des acousticiens. Le dessin du studio son se précise, la conception de la VMC, les matériaux, l’aménagement de l’espace, le traitement acoustique, etc. Je continue à absorber de la documentation, mais cela prend forme. Cela va bientôt pouvoir commencer à se construire.
Perspective d’un projet Abduction pour Life Design à Tanger en février. 

Il y a eu un premier lancement de « Analogue » à la Malterie début octobre et la sortie numérique est programmée pour le 2 décembre. Faire un point avec J.F. mardi matin.
Dîner avec les B. le soir.

Se trouver devant des embranchements, des possibilités également désirables et exclusives les unes des autres. C’est difficile-amusant. 
Suspens, attente. Des dates clés sont posées. Des vecteurs simultanés.
J’attends de prendre les ordres du destin et, dans cette attente, j’essaye de me fortifier.

Je soigne mes dents. La 27 est fêlée, fendue en deux à la racine. Il faut l’extraire et insérer un implant de titane. En profiter pour faire sauter la 28 – de sagesse – qui n’est certainement pas innocente. Bel abcès, tête de hamster l’autre jour, alors que je m’étais rendu à Bordeaux pour une visite professionnelle. Ibuprofène, paracétamol, puis très vite morphine et anti-biotiques à doses massives. Jusqu’à ce qu’après dé-vitalisation la fêlure apparaisse par empreinte dans le pansement. Palimpseste. 

Aujourd’hui bilan corporel. Volume respiratoire 4,2 L. Indice de masse graisseuse 19%. Et d’autres valeurs que j’ai oubliées. Programme in progress.

Je vais essayer de lire un peu la correspondance de Tocqueville mais il m’est difficile de conserver longtemps la concentration nécessaire. Trop d’objets se présentent à la rêverie.

PROTÉINE, C’EST MA COUSINE…

L’innocence de la langue Pasolinienne. Son innocence primordiale, sauvage, enfantine et cruelle.
Ouvrir le livre convoque la lumière et les parfums d’une vieille ferme frioulane. On entend les cigales.
Pendant ce temps là, il y a un petit bonhomme, en haut à gauche, qui fait la gueule en disant « HTTP » error mais je n’en crois rien.
Je serais bien resté encore trois semaines dans les Cévennes, chez P.G., sans électricité, dans la montagne, à des kilomètres du premier village. Séjour antique, apaisant. Prendre la voiture est une aventure. Il y a un virage en épingle à cheveux vertigineux et il faut rouler dans le chaos d’un chemin sans maître. Une réelle déconnexion et l’espace d’une pensée plus ample. P. fait des rêves bilans. Je ne me souviens pas des miens. Si j’avais pu rester encore et vraiment me mettre au travail (j’avais apporté une guitare, achetée à TM quelques jours plus tôt), j’en aurais sans doute fait de fameux. Il aurait fallu pouvoir renvoyer les enfants vers leurs jeux et rester à s’amuser entre adultes. Il fallait, cependant – principe de réalité – redescendre vers les plaines électrifiées et la métropole étouffée.
Du coup, pour m’alléger, j’ai entamé un régime drastique et ne mange quasiment plus que des protéines, avec des légumes un jour sur deux.
Ivresse de l’ascèse.
C’était un drôle d’exercice, hier soir, de dîner avec les A., en ne prenant, en tout et pour tout qu’un demi-verre de vin et une lamelle minuscule de fromage.
Pas désagréable, du moment qu’on sait que la privation n’est pas éternelle.
Éprouver le désir, le manque et la satisfaction de l’effort récompensé (entre trois et quatre kilos perdus cette semaine), c’est un peu vulgaire mais c’est bien agréable.
Et puis, piscine tous les jours cette semaine avec C. qui prend des leçons de natation.
Et encore, pour faire bonne mesure, club de gym deux fois (c’était fermé aujourd’hui malheureusement). Ne pas lésiner avec l’extase de l’effort.
Le mouvement est amorcé. C’est la bombe humaine.
Vu « Rester Vertical » d’Alain Guiraudie, avec Y. avant-hier. Merveilleusement libre et précis.
En ayant grosso-modo fini avec le livret de communication de l’école d’art, je me suis remis à réfléchir à Hong Sang-soo, à cette thèse commencée, suspendue. J’ai jusqu’au quinze septembre pour faire part de mes intentions auprès de l’école doctorale. Passé ce délai, il sera trop tard. 

Que de soucis flottants ! que de confus nuages
présentent à mes yeux d’inconstantes images !
Douce tranquillité que je n’ose espérer,
Que ton divin rayon tarde à les éclairer !

En attendant, je télécharge « Un jour avec, un jour sans ».

VACANCES INTERMINABLES

Il y a le fait d’être techniquement en vacances depuis plus d’un mois et la permanence de cet état de vacances qui n’est qu’une mise à distance du travail épuisante.
Hâte que ces vacances prennent fin.
Mais quel bonheur que ces vacances.
Vacances interminables.
Mais il y a surtout la réalité de la durée de cette vacance.
Comme on dit d’une vacance du pouvoir.
Vacance de huit ans, vacance de dix ans.
La question n’est pas: « pourquoi n’a-t-il rien fait pendant ces dix ans ? », c’est la question de l’anecdote, mais « pourquoi s’est-il soudain remis au travail après dix ans de vacance ? ». C’est la question du sens.
Pourquoi se remettre au travail ?
Parce que le devoir nous y appelle, les amis.
Sans appel, point d’urgence.
L’appel résonne. Il y a appel.
De Narbonne à Issoire, d’Issoire à Flavigny, de Flavigny à St Amand Montrond et bientôt à Nîmes, Alès et St Jean du Gard, je fais résonner l’appel et des voix me répondent.
C’est encourageant.
Il me faut trouver deux ou trois cent âmes bien nées.
Hommes et femmes de bonne volonté.
C’est en cours. Cela se produit.
Les vacances prennent fin.

AUVERGNE

Pas de réseau. Pas d’Internet. Je dicte ce texte à mon téléphone. Les mouches bourdonnent. C’est curieux. Curieux de ne pas taper, de dicter, de corriger quelques fautes. Pas du tout le même genre de rythme ni le même style, comme quoi le style c’est aussi l’outil. La voix c’est un autre outil. Avec d’autres contraintes, une autre forme d’extériorisation. Ce faisant, je remarque que l’application LiveJournal pour le téléphone est vraisemblablement d’origine russe. Comment m’expliquer sinon que tous les menus m’apparaissent en caractères cyrilliques ? 

C’est étrange. Je dois corriger, je dois revenir sur ce que je viens d’enregistrer. Mais pas du tout comme je le ferais pour quelque chose d’écrit.

Ce ne sont pas les mêmes corrections, les mêmes repentirs.

Je n’ai pas encore expérimenté les cas où le fait d’écrire se révèlerait plus fastidieux que d’enregistrer. En réalité, pour l’instant, enregistrer se révèle plus fastidieux que de taper à la main.

J’ajouterais même que ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Pas beaucoup d’intérêt d’en parler. C’est un peu sans intérêt. C’est un peu nul. Désolé.

Peut-être qu’à force… Il faut peut-être persévérer ? Il faut peut-être essayer ? Peut-être encore tenter ? Peut-être ? Je ne sais pas. C’est un peu embarrassant…

NARBONNE

On s’est installé tous les trois, avec Y. et C., dans un petit deux-pièces au centre de la ville, dans une impasse tranquille, à deux pas de la mairie, du marché et du Palais de Justice. Ici, c’est l’été, vraiment, enfin. On oublie comme c’est tout de suite l’été dans le sud.
Chaleur et indolence fournissent un arrière-plan propice aux méditations et aux retours sur soi. En ce moment, ça passe par la relecture des articles de Serge Daney et ce que ses prédictions émises au début des années 1990 rencontrent – ou pas – comme vérifications aujourd’hui. 
N. et D. sont dans les préparatifs de leur mariage, motif de notre présence ici, et il va y avoir quelque chose comme vingt ou trente enfants. Déjà avec quatre c’est joyeux.
Lecture, somnolence, terrasses de cafés à l’ombre, plage en fin de journée, dîners sur la terrasse de N. et D. avec toute la smala.
Un univers majoritairement féminin: quatre fillettes, trois mamans, une grand-mère et deux papas. J’aime bien.
Cauchemars cette nuit.
La chaleur.
On met des prises anti-moustiques.
Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Y. Suis allé commander des gâteaux puis j’ai laissé C. avec les autres filles pour les récupérer en fin d’après-midi, direction la plage.
Le vent est tombé. Peut-être que la mer sera un peu moins froide que ces derniers jours ?

CRÉER UN PARTI DE LA RÉFORME DES INSTITUTIONS

Ce matin, on prend le 47 jusqu’à Place d’Italie, on récupère les lunettes de C. – la petite chez C. – la grande, qui nous présente ses derniers travaux et c’est beau.
On s’extasie juste ce qu’il faut avant d’aller se détendre au Parc de Choisy. 
J’ai le nez qui coule. Rhume des foins interminable.
C. veut des sashimis au saumon, encore.
J’essaye de la persuader d’essayer un petit restau vietnamien ou un thaï ou un cambodgien mais c’est sahimi, sashimi, sashimi…
Alors on finit par trouver un restaurant japonais tenu par des chinois.
Sashimis, brochettes.
On attrape le bus et on arrive vers 13h à la maison.
A. vient faire le ménage pour la dernière fois avant les vacances.
Y. a rendez-vous en lointaine banlieue et va prendre un train.

Avec C., une fois A. partie, on va flamber à la canopée.

On invente une chanson pour l’occasion:

Dans mon canapé
Un avocat nappé
Sous la canopée

Mais avant, pendant que C. regarde des dessins animés débiles avec des licornes hystériques et que j’essaye désespérément de passer le niveau 697 de Candy Crush Soda, je rumine l’idée qu’il n’y a qu’une seule chose à faire: créer un parti politique et aller à la castagne.

Maintenant que la chose est dite, reste à la faire.

Bon, ensuite, ruminant cela et checkant toutes les cinq minutes les commentaires survenant à ce post, nous sommes donc retourné consommer comme des malades avec C. 
Bains moussants parfumés chez Sephora, accessoires et vêtements chez Muji, un coup de clef à la trottinette chez Go Sport

On va encore manger des pâtes sans beurre pendant quinze jours.

Ruines du jour:

Sashimis et brochettes: 29,50 €
Sephora: 15,90 €
Muji: 81,86 €
Chacun ses goûts (glaces): 16,75 €

PRENDRE L’ATTACHE

C’est formidable les notaires.
J’ai mis en relation mon notaire et celui du promoteur immobilier.
Les documents vont circuler. On va pouvoir évaluer, négocier, pinailler, garantir nos intérêts, nos droits…
Je demande à ce qu’on évalue la pertinence de mon intention d’achat. Je demande à ce qu’on me démontre que j’ai raison de vouloir acheter ce local professionnel et je suis prêt à entendre que je me trompe – il est encore temps – mais je veux du solide, de l’argumenté, de l’étayé.
Maintenant, on peut partir pour Narbonne le cœur léger. 

Et d’ailleurs, à ce propos, ce matin j’avais rendez-vous avec I.H., avec qui Life Design prépare un événement en septembre à La Malterie de Lille et, puisqu’elle résidait pour quelques jours dans le deuxième arrondissement, j’avais trouvé ce petit bistrot à brunch du quartier Montorgueil, le Matamata Coffee, 58 rue d’Argoult.
On s’y retrouve à 10h.

C. m’accompagne en rollers.

La veille on avait oublié – et donc perdu – sa trottinette aux caisses de l’UGC Ciné Cité des Halles, en allant voir « L’âge de Glace n°12 ». 
Sur le chemin, nous marchons derrière deux femmes et une petite fille et quelque chose me dit qu’elles vont au même endroit que nous.
Bingo, on les retrouve au café.

J’avais chopé l’occurrence de « Narbonne » dans leurs échanges et tout-à-trac je lance: « vous revenez de Narbonne ? ». S’ensuit une conversation nourrie et la naissance d’une amitié entre les deux fillettes. On prend les coordonnées de J. et de sa maman avec promesse de se revoir.
Pendant ce temps discussion avec I., qui est adorable et en pleine phase avec Life Design. On papote en buvant des cafés et en s’empiffrant de cookies et de cake provençal. 

Éloge de la description. Les hommes livres de Farenheit 451. De l’intérêt d’une démocratie de proximité fondée sur le modèle de la Justice. Des niveaux de responsabilités et d’expertise. De l’horreur de l’identité. Des grands espaces de la campagne. De la croyance en l’enseignement. De l’argent, du temps et de la Liberté. Du professionnalisme en matière d’art et de culture. De la domination comme seul horizon libidinal.

Vers 12h30 on se quitte et, avant de rentrer, on passe chez Go Sport remplacer la trottinette perdue. Par chance, elles sont en solde.
Encore une course chez Franprix et back home.

Steak tartare aller-retour pour C. Deux tranches de gigots et baked-beans pour moi. Y. s’était goinfrée de soupe miso et chipote dans la casserole de haricots.
Café, brève prise de tête immobilière, courriers aux notaires, puis sortie post-prandiale et essais de trottinette. On se prend une glace au yoghourt pour la route.
Quelques tours de fontaine, trois gouttes de pluie, on rentre.

Je reprends les comptes de campagne, parce que le principe de réalité ça a du bon.

Café, gâteaux: 14,60 €
Trottinette: 34,90 €
Courses: 17,50 €
Glaces: 12,10 €
Filé à M.: 2,00 €

OBSTINATION ET DÉSINVOLTURE

Sur cette photo de Thelma et Swann-Louise, dans le jardin de P.M. chez qui nous faisions halte, avec C. au début de nos vacances-éclair (du 11 au 22 juillet).
Séjour exquis, plein d’amitié, de chaleur et de bonnes choses à manger et à boire.
Trop court, parce qu’on doit ensuite passer chez C.M. à Change et que C. est impatiente de « gagner la Nouva », comme elle dit, et de n’en plus bouger, sauf pour aller au lac.

Au réveil il faut vite se rassembler.
Et il y a cette envie de se laisser dégouliner.
Mais il faut se rassembler.
Ne pas se répandre.
Ne pas de déprendre.
Ne pas laisser s’en aller, disparaître les rêves.
Les mots, les images. Les vrais. Les premiers. Les primordiaux.
Retenir, réunir, rassembler.
Dans le creux des mains.
Se concentrer.
Bénéficier du silence.
Passer sur la fatigue, la paresse, l’envie de replonger.

On oublie comme c’est épuisant, la famille.
Passer ces quelques jours à la montagne, entre mère, tante, sœur, cousins, neveux, ça vide l’esprit et on s’emplit le corps de nourriture, d’alcool et de soleil en attendant que ça passe. D’où un long silence.
Mais les enfants sont contents d’être ensemble et c’est tout ce qui compte.
Et c’est l’occasion de relire au hasard des petits bouts de « Liaisons dangereuses », de « Princesse de Clèves » ou de « Lettres Persanes » au bord du lac de Carouge, à Saint Pierre d’Albigny, dont les abords évoquent furieusement les paysages impressionnistes des bords de Marne au XIXe siècle. 

Seule ombre au tableau: pas de pédalos cette année. Le prestataire a démonté sa baraque. C’est moins drôle, moins paradisiaque, mais c’est toujours bien.

Ces livres qui restent dans les bibliothèques des maisons et qu’on n’ouvrirait jamais sans cette torpeur. On les emporte trois fois dans le panier sans y toucher et puis d’un hop on plonge et on ne lâche plus.
Sinon je découvre, en pratiquant les tests futiles qui émaillent Facebook, qu’il y a une manière particulière de conjuguer l’obstination et la désinvolture qui pourrait bien me servir de stratégie. Je garde ça en tâche de fond.
Journées agréables à Paris avec C. Inscription SACEM, visite du Palais de Tokyo, les films de Mika Rottenberg, manger des glaces, aller voir des dessins animés, se balader en trottinette, en rollers. 

Visite du local de Montreuil avec Y. qui fait un esclandre: « tu fais une connerie, tu ne vas pas acheter un truc pareil… ». Je suis furieux et je vais voir « Pires voisins n°2 » pour me remettre. C’est assez efficace, quoique plutôt effrayant s’agissant des évolutions en cours dans la société américaine. Ensuite j’ignore tous les appels et je pars picoler toute la soirée au bord du quai de Seine avec P.G. avant de rentrer méditer le reste de la nuit sur le canapé du salon, dans la fournaise estivale et les clameurs de ce samedi de juillet. 

Le promoteur m’a écrit très inquiet, je lui réponds que j’ai toujours l’intention d’acheter et qu’il ne faut pas tenir compte de la réaction désagréable de Y. Obstination, désinvolture. Ce qui me soutient c’est que C. voit tout de suite le côté joyeux, positif, créatif, du projet. Un atelier, un local partagé, des lopins de terre, une terrasse sur le toit, un hamac bientôt, des instruments de musique et de quoi enregistrer.