Le soleil revient et il va falloir de nouveau tondre la pelouse. Il y a aussi le portillon de la grille à réparer. Je dois trouver le moyen de remplacer la charnière de rappel du portillon, qui a étrangement disparu – sans laisser de trace – empêchant le portillon de se refermer correctement et, par suite, gênant l’ouverture et la fermeture automatique du portail. Pour l’instant, je préfère le laisser ouvert en tout temps, mais cela ne saurait durer indéfiniment. Donc, le moyen le plus simple est d’installer un ressort et de trouver une fixation simple. Boulon et écrou, a priori. Puis, il faudra repeindre, pour éviter la rouille, qui déjà pointe. La rouille n’est jamais loin. La rouille ne dort jamais.
Nous étions allé faire trois courses avec S., dont le nez est bien pris et qui est de nouveau à l’amoxicilline. Coulis de tomates, poitrine fumée, polenta, brocoli, vinaigre blanc, kinder surprise. En rentrant, nous nous sommes préparé une bolognaise, des pâtes et nous avons déjeuné dans le jardin, avant de partir pour Cerizay,, chez Yaya Cool, où S. a sauté tout l’après midi dans des environnements pneumatiques. Et puis nous avons joué au hockey sur coussin d’air. S. s’est fait un copain pour l’après-midi et nous sommes restés presque jusqu’à la fermeture, vers 18h30. En rentrant, je remarque des affiches de cirque et l’on se dit que l’on irait bien au cirque demain. À l’instant, je vois qu’il y a le cirque de la famille Friteau à Sainte Verge demain à 18h, alors banco, je dis.
S. mange une galette de sarrasin puis nous regardons la fin de Jumanji, avant de laver le nez, les dents et d’aller dormir. Un loup en slip, un journal de Yoto, la bande son de Back to the Outback et hop, dodo. Et je ne vais pas tarder non plus.
Tout en rentrant, en conduisant, je me disais que j’allais écrire pour plus tard. Écrire pour relire plus tard. Ne rien penser sur le moment de ce que j’allais écrire. Ne pas relire, sauf pour en corriger l’orthographe. Ne rien en penser. Ne pas y mettre d’intention particulière. Pas d’autre intention que celle d’écrire pour plus tard. Pas pour maintenant. Il est trop tôt maintenant. Il faut faire reposer. C’est comme la pâte à crêpes. Mais c’est plus long que pour la pâte à crêpe. Plus tard, ça peut vouloir dire vraiment beaucoup plus tard. Il s’agit d’ailleurs de ne pas avoir trop d’idée quant à la nature de ce « plus tard ».
Mais, m’étais-je dit, ce n’est pas seulement pour plus tard que j’allais écrire, avais-je pensé. C’était pour quelqu’un d’autre. Il importait peu de savoir pour qui. Il fallait surtout ne pas chercher à savoir, sinon c’était cuit. Il ne fallait pas que ce soit trop cuit.
Tout en rentrant, en conduisant, j’avais pensé que, si c’était lu trop tôt, ça ne sonnerait pas. Ça ne sonnerait ni juste ni faux. Cela ne sonnerait tout simplement pas. Le son serait comme étouffé. Pour que cela sonne, il fallait attendre. Il fallait poser cela et ne plus y penser.
Il fallait écrire cela. Poser cela et ne plus y penser.
Simplement cela: que j’allais maintenant poser là des mots pour les relire plus tard. C’était une alternative. C’était la seule alternative acceptable. Parce que sinon, vite la nausée me prendrait. Cette nuit, la nausée. Hier soir, la nausée.
J’étais sorti, hier soir, après les évaluations de la situation image et j’avais marché jusqu’au restaurant de ramens Ichi-Go Ichi-E. Mais le restaurant était fermé à l’heure où j’arrivais, alors j’étais allé boire une IPA dans une brasserie non-loin. J’avais accompagné ces vingt cinq centilitres de bière d’une assiette de frites. Étant donné qu’habituellement je ne mange pas le soir, j’aurais dû m’arrêter là mais, je ne sais pourquoi, je m’étais dit que, puisque j’étais venu pour les ramens, du restaurant Ichi-Go Ichi-E, il fallait que je commande un bol de ramens avant de rentrer. Alors, puisque maintenant le restaurant était ouvert, j’étais entré et j’avais commandé un bol de Tantan ramen avec encore vingt cinq centilitres de bière. J’avais absorbé tout cela en lisant le journal sur mon téléphone et puis j’étais rentré. Et j’avais été malade jusqu’à une heure avancée de la nuit. La nausée. Des remontées acides. Mal au crâne. Impossible de fermer l’œil. Malade dès que je m’allongeais. Je me suis dit: plus jamais ça. Manger légèrement. Ou mieux, ne pas manger. Mais s’il fallait absolument manger, alors légèrement. Et pas d’alcool.
Ce matin, j’avais pris ma douche vers sept heures trente et j’étais allé chercher un Doliprane dans la voiture. Puis, à la Maison, c’est à dire à la boulangerie qui s’appelle La Maison – et où je dois dire que les gens sont de plus en plus gentils avec moi, j’ai dû baisser la garde, ou bien je me fais vieux, mais passons – bref, à la Maison, donc, tout de même un kanelboller et un café allongé. Et là ça va. Ça va beaucoup mieux. Le pâté de maison est terminé. C’est construit, fini, flambant neuf. Beau comme un camion. Pour un peu, j’aurais pris une photo. Dans un sens j’ai le soleil dans les yeux, dans l’autre, je l’ai dans le dos. Et inversement. Selon que je me dirige vers la voiture, pour un Doliprane ou vers la Maison, pour un kanelboller. Vers la voiture, c’est à l’aller que je l’ai dans les yeux et au retour dans le dos. Vers la Maison, c’est à l’aller que je l’ai dans le dos et au retour dans les yeux.
Je croise deux fois le même type aux cheveux blanc, avec une cravate et une raie sur le côté. Une fois en rentrant du petit déjeuner et une fois en rentrant du déjeuner, pris avec C., à la Maison également. Il faut que je fasse attention à ne pas devenir un trop bon client.
Et puis c’étaient les accrochages de M1, c’est à dire la suite de la semaine dernière mais avec C. au lieu de T. Ensuite, j’avais rempli ma fiche de frais et j’étais parti en ayant pu remettre mon cahier de factures à T.B., qui était restée tard, elle aussi. J’ai de la chance.
S. a encore attrapé une otite. Avec R. et S. on regarde les vingt ou trente premières minutes de Jumanji, avant d’aller se coucher.
Non, décidément non, je ne peux plus supporter plus de dix minutes de n’importe quelle série américaine. C’est toute cette civilisation que je ne peux plus sentir. Et quand je dis « civilisation », il vaudrait mieux dire « barbarie ». Eugène avait raison. C’est l’ethos américain, le pathos américain, l’éros américain, tout cela que je ne peux plus supporter. Ces corps et ces regards que je ne peux plus regarder sans frissonner d’horreur. Ces voix que je ne peux plus entendre. Que viennent les poulpes, me dis-je. Que viennent les cachalots, me dis-je. Cette espèce a fait son temps.
Ainsi donc, fini Netflix, Prime video, Disney, et consort. Je n’y arrive plus. Ce n’est plus supportable. On va revenir aux fondamentaux. Au cinéma. À la littérature. À la musique.
Ce soir, les chats avaient attrapé un petit merle. Un petit merle se débattait sur le tapis en piaillant de terreur. J’avais d’abord pensé à une souris, un mulot. Mais c’était trop fort. On a réussi tirer l’oisillon de leurs griffes, mais il était tout de même un peu amoché. Apparemment, il a réussi à prendre la poudre d’escampette. Toute la famille merle était dans tous ses états, tous voletaient et sifflaient, et piaillaient à qui mieux mieux. J’avais temporairement bloqué la chatière pour offrir un répit aux oiseaux avant la nuit.
Je m’étais dit tout de même que ça allait bien comme ça, de poster des photos de roses et de parler de la météo. La météo, ça n’a qu’un temps, m’étais-je dit. Et aujourd’hui, il avait plu une bonne partie de la matinée. Cela dit, je dis ça comme si j’avais soudain l’intention de parler d’autre chose. Il ne faut pas rêver. Je n’ai pas d’intention du tout. Je n’ai jamais d’intention, mais il faut bien que j’ai tout de même quelques trucs, me dis-je. Des méthodes. Des stratégies. Appelons ça comme on veut. Le problème, c’est que je suis mal installé. J’ai la nuque raide. Je tape dans mon lit. Je m’y mets trop tard. Je devrais écrire le matin. Ou n’importe quand, mais pas toujours le soir. Pas toujours au bout du rouleau. Cela limite. Cela met un terme rapide à ce qui devrait pouvoir se développer; Bon, on ne va pas non plus tirer à la ligne.
J’avais réussi à monter quelques sons pendant que S. regardait de nouveau Minecraft, le film. Et puis j’avais préparé un risotto avec les shitakes du marché et le bouillon du poulet de dimanche dernier. S. avait snobé mon risotto, qui était pourtant délicieux. R. avait à peine touché au sien. Tant pis, m’étais-je dit, je suis un incompris et je le terminerai dans la semaine. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent.
Ensuite, R. s’était remise au travail, correction de copies et préparation des derniers cours de l’année et j’avais encore monté quelques sons pendant que S. regardait encore et toujours la fin de Minecraft, le film. Et quand ce n’était pas Minecraft, le film, c’était Minecraft le jeu ou Minecraft, le set de briques Lego. Certaines questions épineuses étaient soulevées: par exemple, comment se faisait-il que, alors qu’il avait été mordu par le bébé zombie, Gareth-la-poubelle ne devenait pas lui-même un zombie ? Et pourquoi les squelettes étaient ils équipés d’arcs et de flèches enflammées ?
Le soleil était revenu et nous avons sauté dans la voiture pour nous rendre à Bressuire, au Fauteuil Rouge, assister à la projection de 16 heures de Cocorico 2, qui n’était pas une œuvre inoubliable mais une honnête comédie franchouillarde, qui nous avait mis juste dans la bonne humeur pour aller grignoter des frites au Mac Do avant de rentrer et d’être tôt au lit. À vingt et une heure trente, S. roupillait comme un bienheureux.
R. s’est effarée de nos choix cinématographiques consternants.
Le pli est pris, le rythme est le bon. J’arrive à monter environ dix minutes de son par jour, et c’est ce qu’il fallait démontrer.
Hier soir, dîner délicieux chez les P., mais je me suis trop gavé de beignets d’acacia (de faux acacia , c’est à dire de robinier) et j’ai trop bu de toutes sortes de boissons, ce qui me coûte cher au réveil (et en réalité, c’est toute la nuit que cela me coûte cher et puis aussi toute la journée ou presque). Je ne peux plus boire et manger comme ça. Ce n’est plus possible même si sur le coup c’est tentant.
Ma première molaire en bas à gauche me fait mal. J’ai bien peur qu’il ne lui soit arrivé la même chose qu’à celle qu’il avait fallu m’arracher en 2016. C’est à dire qu’elle est fendue au niveau de la racine et que le nerf commence à être attaqué. Si j’attends encore, l’infection guette. Il faut dévitaliser et arracher. Et là, étant donné l’exposition, il faudrait un implant. Je crois que la cause initiale de ces dents fendues est le débouchage d’une bouteille de Perrier avec les dents il y a de cela 26 ou 27 ans. On est pas sérieux quand on a trente ans. Bref.
Cette nuit, j’étais tombé sur Modiano dans les nuits de France Cul. Ce débit et cette façon de… enfin, de commencer une phrase et ne pas… en fait de partir sur autre chose plutôt que de…c’est à dire de commencer quelque chose mais finalement c’est autre chose qu’il… enfin ce n’est pas exactement ce qu’il se… en tout cas pas absolument mais c’est une étape nécessaire… enfin, peut-être, je ne sais pas. Il dit que ce n’est pas très agréable mais qu’il arrive à faire tenir tout ça en attrapant des bouts qui pourraient devenir la matière d’un roman mais sans les pousser jusqu’au bout. Enfin, quelque chose comme ça. Ou peut-être que…
Je prends des Doliprane et la dent me laisse en paix pendant quelques heures.
Il y a eu de la pluie et j’ai même démarré le poêle. Il faisait dix sept degrés mais j’avais eu un peu froid, à cause de la fatigue. R. avait emmené S. à Niort pour son premier tournoi de rugby. Je recevais les photos en temps réel. Ça avait l’air épique. Et ça l’était.