
Au niveau de la molaire numéro 19 c’est pas la joie, comme dirait Henri Salvador. Heureusement, il y a le 15 et un docteur m’a prescrit hier de l’amoxicilline. Pour la douleur, le paracétamol ne suffit pas et je retrouve au bon moment une boîte de Lamaline (paracétamol, caféine, opium) qui me permet de dormir la nuit et de passer cette journée.
Les antibiotiques semblent agir et la douleur est moins intense ce soir. Quoique… Ça dépend des moments, de la position, des angles, etc.
Hier, je suis quand même arrivé à enregistrer des bouts de chansons, malgré la gueule en bandoulière, mais aujourd’hui, après être allé chercher mes médocs, j’ai roupillé presque toute la journée, tout en écoutant Witold Gombrowicz parler de sa détestation de James Joyce. Et, au fond, sans détester Joyce, je dois tout de même avouer n’être jamais parvenu à lire plus de trois pages d’affilée d’Ulysse sans passer à autre chose.
Nourritures liquides essentiellement (gaspacho, yaourts) et quelques écarts mous (tomates farcies, melon). Je mâche très lentement et précautionneusement. Le simple contact entre la mâchoire supérieure et la mandibule est source de douleur.
Ce soir, j’ai regardé coup sur coup Feuilles mortes et Pastorale d’Otar Iosseliani et, pendant un moment (le pic d’efficacité du Doliprane) j’arrive même à grignoter un reste de chips en buvant la dernière bière. Les films d’Iosseliani ressemblent à des films de famille. On dirait nos vacances: des gens qui font des travaux agricoles, jouent à des jeux de société, mangent , boivent, chantent, font de la musique, s’engueulent. C’est très plaisant et sans aucune tension. Chaque tension est en fait matière à rigoler, à prendre confiance, à ré-enchanter le monde. Je me souviens qu’on l’avait croisé, Otar Iosseliani, dans un bar – qui n’existe plus – rue Rambuteau, au début des années 2010. On s’était brièvement parlé et il m’avait pris dans ses bras et embrassé comme si j’étais son fils ou un truc comme ça. Et c’est l’effet que me fait le film, surtout le premier. Un film qui vous prend dans ses bras et vous embrasse tendrement. En rigolant. En pleurant. En chantant. En se cassant la gueule dans le caniveau.
J’ai commencé à monter les rushes de meules de foin et c’est très beau. C’est tellement beau que je n’ai même pas envie de mettre du son. On dirait qu’elles vont parler, les meules de foin. En revanche, il faut que je retourne en filmer. Des tonnes. Il me faudrait un système de caméras installées de part et d’autre de la voiture pour filmer en latéral pendant que je roule. Je pense que ça doit pouvoir se bricoler avec des Go-Pro et une télécommande. Je vais étudier la question. Trouvé une guitare électrique en 2/3 pour S., une Jackson Dinky Minion JS1X noire, avec un petit ampli Marshall. J’espère qu’il me la prêtera.
Et sinon, pendant que je comatais sous opium cet après-midi, L.B. a appelé pour me dire qu’elle était tombée sur un carton que j’avais laissé chez elle à Romainville en 2017. Dedans, il y a un classeur plein de photos de moi, de ma naissance à mettons mes vingt ans – photos de classe et bulletins scolaire compris – et elle me décrit chaque image au téléphone, pendant que je retrouve une bouteille de Zubrowka au fond du congélateur, que je la termine dans un dé à coudre de 25 cl en gloussant bêtement, alors que L.B. me décrit le contenu du carton, que je lui promets d’aller chercher à mon prochain passage parisien.
