CHARITÉ BIEN ORDONNÉE COMMENCE PAR SOI-MÊME

C’est ce que je me disais au réveil, en écoutant cet étrange témoignage d’une femme tatouée d’un Christ porno et soudain frappée par la foi (qu’elle avait honni jusqu’à cette épiphanie, survenue au cœur d’une crise existentielle). C’est ce que je me disais en considérant soudain avec tendresse, avec le sourire, l’étendue du désastre risible que constituait ma misérable petite personne, d’un certain point de vue et qui devenait simplement et modestement un exemplaire humain entre autres, qui en vaut bien un autre, d’un autre point de vue et c’était cela charité bien ordonnée: il fallait ensuite étendre cette charité à tous les points de vues. Et j’avais de la tendresse pour l’univers. Et j’avais de la tendresse pour celui qui aimait à se prendre pour dieu et qui n’était qu’un enfant comme moi, comme nous tous. Et l’on n’en finissait pas avec la tendresse. C’était l’entité bienveillante totale. C’était Pluribus. Il valait mieux en sourire. Même s’étouffer de rire, pas trop fort en buvant le café. Je me disais que décidément, l’on n’était jamais prêt.

Et la journée s’est enchaînée avec une souplesse rare. Tous les humains étaient des frères, des sœurs. Tout n’était que joie et béatitude. Échanges organisationnels, études et analyses de séquences, échanges, récits, rigolades, focus. Tout cela, très intense et très détendu. Une belle journée. C’est souvent comme ça.

A midi, j’ai mangé un bibimbap, puis une tartelette aux haricots azukis et aux noix et l’univers n’était qu’une grande liesse et comme tout cela était juste et bon. Et là, le soir, de l’eau minérale. J’en suis au deuxième litre de la journée. Ascèse, épure, alleluia.