CUEILLIR

Une conséquence heureuse des canicules -il y en a- ce sont ces olives splendides. J’en ai cueilli des kilos hier et j’ai de quoi en cueillir encore deux ou trois fois autant.
J’ai commencé à faire dégorger une première cargaison.
Il faut compter deux ou trois semaines pour que l’oléine amère se dissolve et obtenir des fruits mangeables. Ensuite saumure et bocaux pour quelques mois.

S. était malade hier et aujourd’hui c’est moi qui ait le nez bouché.
Ça ne m’a pas empêché d’aller repérer les parcelles délimitées par des planches dans le potager, pour les remplacer par des planches neuves et commencer à mettre en œuvre un projet de potager un peu structuré.
J’ai donc besoin de 52,8 m linéaires.
Il faut que j’inspecte le bois de récupération dans les dépendances pour voir si j’ai de quoi et, si ce n’est pas le cas, me mettre en quête de sources à proximité.

Après le déjeuner – sashimis et makis – nous avons regardé Godzilla Minus One et c’était perturbant de voir ce Godzilla si méchant.
Mais, au fond, pas plus effrayant, parce que des humains arrivent à le mettre – au moins provisoirement – hors d’état de nuire.
Bon, tout est tellement télégraphié et souligné que c’en est insultant mais cela permet d’aller et venir, de se faire un thé, d’aller accrocher du linge et toute cette sorte de choses sans avoir peur de rater une scène-clé.
Le cycle des scènes d’action étant lui-même prévisible, il est facile de se synchroniser.

Tout au long du jour, je suis sollicité par Mind Window une application conçue par l’Université d’Arizona.
Je reçois à intervalles irrégulier des notifications qui m’invitent à donner des informations sur mon état mental présent.
C’est amusant de faire ce rapport mental.
Cela oblige à des retours sur soi instantanés, rapides et récurrents.
La rémunération est symbolique, mais quand on aime on ne compte pas.
Ma première observation, c’est que mes pensées sont généralement positives, d’une positivité que l’on pourrait qualifier d’exaspérante ou d’ennuyeuse.
Mes pensées sont désespérément positives et très souvent ancrées dans le présent et dans une activité concrète, pour ne pas dire triviale.
Bref, je suis rarement en train de ne pas faire quelque chose (comme cuisiner, ranger, nettoyer, concevoir, mesurer, écrire, changer des draps, etc.), rarement en train de rêvasser. C’est curieux, ai-je pensé.
J’ai l’impression d’être un peu comme une machine à faire des trucs.
Une machine à faire des trucs qui ne s’arrête de faire des trucs que pour dormir et recommence à faire des trucs dès le réveil.
Et qui ne s’arrête pas de penser aux trucs qu’elle fait, la machine. De penser exclusivement aux trucs qu’elle fait au moment où elle les fait. Ou de ne penser à d’autres moments, d’autres lieux, d’autres trucs, qu’en fonction du rapport que ces autres moments, lieux et trucs entretiennent avec le truc qu’elle est justement en train de faire au présent, au moment où lui parvient la notification de l’université d’Arizona.
Mes pensées trouvent généralement leur origine dans l’environnement spatio-temporel immédiat et s’ancre dans la situation ambiante.
Tiens, justement, une notification.
Je remplis mon huitième check-in (j’ai commencé hier).
On me pose des questions du genre: juste avant de recevoir cette notification à quoi pensiez vous ? Vos pensées étaient-elles plutôt positives ou négatives ? Reliées à l’instant présent, au passé, au futur ? Liées ou non à l’activité dans laquelle vous étiez engagé ? », etc.
Donc me voici en pleine mise en abyme.

Sinon, j’attends avec impatience que la borne de recharge soit enfin opérationnelle. Ce devrait être le cas en fin de semaine prochaine. Les ponts du 11 novembre, me dit-on. Hum…