INDICATIONS GÉOGRAPHIQUES

Grâce au programme de la communauté européenne sur les indications géographiques (appellations d’origine etc…) il y a une tonne de parmesan à la maison. A. est partie voir ses parents et nous sommes restés entre garçons à la maison avec C., après avoir fait les courses et acheté des DVD de Jia Zhang Ke. Nous buvons du vin et du cognac, partageons nos bibliothèques i-tunes et mettons en place un réseau éthernet, à défaut du Wi-fi, dont C. ne retrouve pas les codes.

En début de soirée, il y a aussi de la salade de thon et beaucoup de coups de téléphone. Je suis très anxieux, sans nouvelle de Y. mais j’arrive enfin à la joindre et elle est dans son train. Soulagement.

Hier soir, global village party. Il était question d’aller faire un pique-nique et de visiter le Palais d’Eté avec des amis de C., rencontrés à la fête mais ce matin, malade (air conditionné), j’ai dû renoncer et dormir jusqu’à midi.
A l’instant (2h42) coup de fil de Y.
Il est temps d’aller dormir.

BEIJING AUTOMATIC CONCRETE DESTRUCTION PROGRAM

Arrivé hier à 12h10 heure locale (heure francaise + 6 heures). L’avion est à l’heure, les bagages arrivent vite. L’aeroport est propre, moderne, efficace. Un chauffeur est venu me chercher. Je repère immediatement la pancarte a mon nom. Ni hao. Le trajet est sans encombre. Il fait chaud (30 degrés) mais la voiture est climatisée. La voie rapide ressemble a n’importe quelle autre voie rapide. Cette impression d’équivalence presque totale des différentes villes de la planète. Sauf que des piétons la traversent aux abords de la ville et là ça devient un peu n’importe quoi. Et il y a aussi tous ces vélos, ces triporteurs, transportant les chargements les plus inattendus (ordures ménagères, animaux ficelés, tuiles, bois, etc…).

Que dire de Pékin, sinon que c’est une catastrophe majeure en terme d’urbanisme ? Une monstruosité effarante et irréversible: un programme minutieux d’élimination de toute trace historique au profit de gigantesques tours de béton qui poussent littéralement sous nos yeux.

C. vit a 400 a l’heure. Me rejoint à la délégation, le temps d’avaler un sandwich en check-listant l’emploi du temps avec L., qui travaille dans le bureau voisin. Puis départ pour une batterie de rendez-vous. Sur le trajet, en voiture, environ quatorze coups de téléphone. Avant de descendre de voiture, C. demande au chauffeur de me larguer place Tien Anmen avec pour consigne de visiter la Cité Interdite, d’en sortir par la porte Nord et de prendre la un taxi qui me ramènera a la délégation ou A. sa fiancée m’attendra a six heures trente.

Le chauffeur exécute les ordres et me voila bientôt place Tien Anmen, sous un soleil de plomb, dans une foule compacte et bruyante. Une jeune fille m’interpelle en anglais. Elle s’appelle Lili, est – me dit-elle – étudiante en art et tient beaucoup a me faire visiter une exposition de ses travaux qui a lieu non loin. J’accepte de la suivre en échange de la promesse qu’elle me fait de m’aider à acheter une carte SIM pour le téléphone portable.

Evidemment, il s’agit pour elle d’essayer de me vendre une ou deux mauvaises calligraphies dont elle commente inlassablement toute la portée symbolique: « You see, it’s a goat. Goat is a very important mythological animal in China…Here, it’s love. Man and woman…Here, it’s a dragon… » etc, etc… Mais je suis pressé et le lui dis. Nous allons acheter cette carte et je découvre, au bout de 45 minutes d’essais infructueux et de longues délibérations (quelle patience, Lili !). que mon téléphone est muselé par Orange (j’aurais du m’en douter) et que nous ne pouvons pas le faire marcher. 200 yuans (20 euros). Je suis un peu embêté et j’ai deja perdu beaucoup de temps. Je fonds au pas de course sur la Cité Interdite.

Là, des dizaines de marchands ambulants se jettent sur moi comme la misère sur le monde et cherchent a me vendre des cartes postales. L’un d’entre eux parvient a m’en fourrer une trentaine et a m’arracher 50 yuans en echange. Je ne sais pas comment il a fait mais je suis terrorisé et j’agite les bras pour écarter les nouveaux arrivants. Je ne parviens pas à me faire comprendre de la dame qui vend les billets d’entrée. Je rebrousse chemin. De toute façon il y a beaucoup trop de monde pour visiter quoi que ce soit. C’est là que je me rappelle pourquoi j’ai horreur de voyager. J’ai envie de m’asseoir par-terre et de pleurer, mais les places sont prises. J’ai envie de rentrer chez moi, mais je ne sais même pas comment faire pour traverser la rue, ni pourquoi il y a des barrières partout entre le trottoir et la chaussée.

Je cherche un taxi, mais je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il faut faire pour en arrêter un. Heureusement, je tombe sur deux étudiantes qui, voyant mon désarroi, me prennent en charge et me jettent dans un taxi, après avoir recopié à la main l’adresse en chinois du bureau. Pendant tout le trajet, je prie très fort pour qu’elles n’aient pas fait d’erreur.
Je n’avais rien a leur donner à ces étudiantes si aimables, à part un mediator de guitare. Je ne sais pas trop ce qu’elles vont en faire.

Enfin, je suis sauvé: je reconnais les lieux. La course: 19 yuans.
C. est de retour. Long entretien hilarant entre L. et lui à propos de rendez-vous avec des vices-ministres, de discours, de rapports, d’emploi du temps. C’est a la fois très sérieux et complètement déconnant. Deux gamins s’entretenant de la gestion du Monde et jouant a se faire peur.

Puis A. arrive et nous allons boire un verre dans un hotel chic, avant que C. ne parte à son diner. Ensuite nous passons à l’appartement, qui est un gigantesque loft, le temps de prendre une douche et de me changer, avant d’aller manger un minestrone et une pizza aux fruits de mer au café du coin. Bon mais pas donné: 170 yuans les deux repas avec une bouteille de vin sicilien. Comme A. parle couramment le francais, j’ai tout a fait l’impression d’être a Paris. Nous rejoignons C. dans un bar du centre et cette impression persiste. 

Rentrés a minuit environ. Il fait une chaleur écrasante. Je dors peu et lis Proust par intermittence.

Première journée.

SUR LE DÉPART

Réveil 6h45. Frédéric est parti travailler et m’a gentiment laissé un morceau de pain sur la table et du beurre (que j’avais destiné un temps à la clarification). L’air est dense, le ciel chargé. J’imagine le smog de Pékin et crains un peu pour ma sinusite persistante. Faire les valises puis aller au bureau chercher le courrier, graver des DVD et déjeuner avec Hélène. Ensuite retour au Pré où Sylvette viendra me chercher à 17 heures pour être à Roissy à 18 heures.

Projet simple pour les trois semaines à venir: un plan séquence par jour avec les 3 minutes (environ) que m’autorisent la SD-card de l’appareil photo numérique. 

Question: est-ce que j’emporte la guitare ?

CAPULET ET MONTAIGU

Je me souviens que dans ce village une vieille guerre oppose deux familles. Les S. et les B.
Cette guerre est-elle encore d’actualité ?
D’autres familles ont-elles pris part au conflit ou s’est-il éteint faute de combattants ?
J’aurais pu poser la question à ma tante H., qui est de la famille S., mais nous avons parlé d’autre chose et j’ai vu mes deux cousines L. et E. L’une vient d’obtenir son brevet des collèges et l’autre fait des études de kinésithérapie à Bruxelles. H. et E. nous ont déposés ce matin à la gare de Moutiers.


Le train est en retard, mais la SNCF est arrangeante et crée des correspondances improvisées. Y. descend à Montmélian pour se rendre à Grenoble et j’attrape finalement mon TGV en gare d’Aix-les-bains à l’heure prévue. 

Nous avons retrouvé de vieilles perruques dans le grenier de l’école.
Je me suis souvenu de l’enchaînement: perruques>poupées>textiles, des yeux en plastique (où sont-ils ?), des vêtements à poils, des couvre-lits matelassés.

Dans le train, j’apprends quelques mots de chinois et lis la biographie très surprenante de Wu Zietan, seule impératrice chinoise (dynastie Tang) et sorte de Catherine de Médicis de l’empire du milieu (elle prend le pouvoir en 684 en faisant assassiner son propre fils, meurtre dont elle accuse ensuite son rival Gaozong, dont elle est, par ailleurs, la maîtresse), d’une cruauté et d’une habileté politique incroyable.

Elle faisait, entre autres réjouissances, exécuter des esclaves en musique.

NUAGES BLANCS

Il fait un peu plus frais au réveil. Les oiseaux étaient en retard: le jour n’avait pas l’air d’être là et pourtant si, mais nuageux, plus gris, plus diffus. Tant mieux pour mes coups de soleil, qui ont le temps de s’apaiser un peu. Obligé de retourner au Praz pour échanger la plaquette de beurre que j’avais achetée hier (date limite: 05 juin 2004, c’est un peu court).

Je suis un petit peu déçu de constater que le raccourci sert aussi aux voitures et n’est plus aussi ombrageux, frais et secret qu’autrefois. Du coup, est-ce encore un raccourci ou faut-il l’appeler « itinéraire de délestage » ? D’ailleurs il y a trop de voitures.

Moi qui n’ai jamais eu une passion pour les chevaux – et même parfois une sorte d’aversion – aujourd’hui ça me dirait bien de faire tous mes déplacements dans la région à cheval, plutôt qu’à pied ou en voiture. Mais ce qui me fait reculer c’est l’idée de devoir porter une bombe.

J’admire le jardin et le potager des A.
A midi nous mangeons du poisson carré, des tomates provençales et des pommes de terre sautées.
Un peu de travail sur les sous-titres de Polyeucte, pas mal de guitare et de farniente.
Quelques coups de fil. Banque, notaire, etc…
Vers cinq heures, nous allons jouer dans la chapelle du village avec J-P. Mais, erreur de manipulation dans garageband: j’ai perdu tous les fichiers sauf le dernier enregistré.

Nous essaierons de remettre ça samedi.

P. nous fait une délicieuse soupe aux légumes autour d’un os de jambon.
Après le dîner un peu de sous-titres et au lit avec Marcel.

C’EST BEAU !

Arrivé hier soir 22h03 à Moutiers. J.-P. et P. sont venus me chercher.
Pas revenu à la N. depuis sept ans !
Mais je retrouve mes repères.
La maison a un peu changé mais au fond pas tant que ça.

Le voyage s’est déroulé de manière idéale: après le TGV jusqu’à Lyon, le petit train, avec des compartiments, comme autrefois, est totalement vide et je peux jouer de la guitare et chanter à tue-tête et faire hurler l’harmonica. Le temps passe vite.

J’ai aussi acheté le guide du routard pour la Chine à la gare de Lyon et en ai lu une partie dans le TGV. J’apprends plein de choses curieuses et quelques mots. Il faut que je trouve quelque chose de plus sérieux sur l’histoire et la culture. T. me conseille les guides Gallimard. Je vais voir ce que je trouve…

Cette image n’a rien à voir avec la situation présente, mais j’avais oublié de la numériser précédemment: c’est le chemin qui mène de l’appartement de F. au Pré à la place des fêtes.

Aujourd’hui belle ballade: jusqu’à Courchevel 1550 par les Brigues puis déjeuner au bar de la grande Combe (salade, noix, fromage, pomme, jambon de pays) et chemin jusqu’à 1650 puis route jusqu’au lac de la rosière et retour. Me suis fait un peu brûler par le soleil. Il n’y a personne et aucun magasin n’ouvre avant 5 heures. 

Blog laconique, en raison du mode de connexion (modem téléphonique).

ANGOISSES DE JUIN

Une des visions les plus désespérantes est celle de cette verrière rose de la gare de Lille, qui jette sur tout ce qui se trouve en dessous une lumière triste à se tuer. Tout le contraire d’une vie en rose, semble-t-il. Qui a eu cette idée ? A-t-on pu croire qu’une telle lumière pourrait être bonne pour le teint ?

Pas de blog depuis deux jours: il n’y a plus d’accès internet au bureau. Je fais ce blog au lit, au Pré Gervais, avant de partir chercher mon visa à l’ambassade de Chine.
Commençons donc par un petit panoramique souvenir de la réunion pédagogique de vendredi.

J’ai remarqué que, régulièrement, les réunions pédagogiques me rendent malade. Je veux dire physiquement malade: redoublement de ma crise de sinusite. En fait, dès que je me sens mal quelque part, je me sens vraiment mal et je développe un symptôme pathologique. Il semble qu’on appelle cela l’hystérie ? Ça m’est arrivé encore samedi soir dans une soirée à Belleville. Tout à coup, je vois J-P. R., je me dis que merde c’est mondain, c’est un cauchemar toxique, un cloaque pestilentiel et paf! Voila que j’éternue, je me mouche et il faut que je sorte en courant.

A propos de courir, une idée pour filmer une scène de panique dans le métro, mais il faut être deux: l’un se tient avec sa caméra prêt à filmer, l’autre a un gros sac a ses pieds, semble nerveux, regarde sa montre et à un arrêt sort précipitemment au moment où les portes se referment, laissant son sac dans la rame… Il n’y a plus qu’à filmer les réactions.

Angoisse, anxiété: impression que je n’aurai jamais fini le dossier de l’AFAA à temps et que de toute façon ça ne marchera pas, etc… Du coup, presque pas dormi. Réveillé par les hurlements des oiseaux à 4h45 après m’être couché à 3h00. Bon, il faut aller à Issy-les-Moulineaux.

ALL THOSE LONGS AND LONELY SUMMER NIGHTS

Tôt ce matin, dans la salle de vidéo déserte, je réponds aux e mails de la nuit. Un vent frais fait valser les rideaux et menace d’aggraver encore ma sinusite. Hier, j’ai dû déclarer forfait et rentrer précipitamment m’effondrer à l’hôtel à cause de l’état d’épuisement provoqué par l’actifed. Du coup, privé de repas de fin d’année. Je suis anti-social, on dirait. 
Hier, bilans. Commission d’équivalence. Nous nous retrouvons dans le rôle ingrat de devoir faire barrage aux projets d’un réseau d’immigration chinoise (une vingtaine de candidats) en imposant à chacun d’entre eux de lire un article du journal à voix haute, afin de vérifier qu’il possède effectivement des rudiments de français et pas seulement une cinquantaine de phrases apprises par coeur (cas de la plupart).

Il y a aussi ceux qui sont venus avec un camion de travaux à montrer.

Un d’entre eux m’a vraiment fait flipper: il fait poser sa mère nue et la peint (corps flasque et adipeux et une manière à la Saville). Il parle de la sensation de la peau mais déclare très promptement: »Attention, ce n’est pas l’oedipe, hein ? ». Mal barré le mec. Perverse polymorphe, la mère, leur relation.

Réunion, jour 3/3. 
Ce soir dîner avec H.D., H.F. et U.

BESOIN D’AIR

Je n’en peux plus, ne respire plus, n’arrive plus à penser. Trop sous pression, trop de bruit, pas d’air, pas d’air, pas d’air. Partir, vite. Partir, vite. Partir, vite. Le train, la montagne, marcher, respirer. Partir, partir, partir. Assez. Repousser les rendez vous, boucler les dossiers, les crédits, les réservations. Suspendre toute activité.

Passé la matinée avec M.S. sur des tirages d’images et l’après-midi sur le dossier pour l’école de Genève. Envoyé le soir à la poste du Louvre. Racket hilarant à la post du Louvre: une quinzaine de SDF sur un banc ont organisé un trafic clandestin. Ils ont minitieusement fait disparaître tous les modes d’emplois des appareils, de telle sorte que l’on ne puisse se passer de leurs services. De même, ils ont confisqué tous les autocollants (« prioritaire », « lettre », « par avion », etc…) et les distribuent au compte-goutte. Lorsque je leur fais part de mon étonnement, l’un d’eux me répond avec un aplomb superbe: « On a dû les retirer (les autocollants) parce qu’avant c’était trop le bordel. » Je me dis qu’il a bien mérité un pourboire royal. Au Pré, F. qui lui aussi a eu une journée stupide d’allées et venues excessives en nombre. Terminé la salade de riz et au lit. Baudrillard à la radio. Pas une nouvelle idée depuis 1980.

MERCREDI

Réveil 5h45. Cours du Collège de France à la radio. A propos de L’étourdi de Molière.
Valise, préparatifs. A 7 heures, je frappe à la porte de F., comme il me l’avait demandé, avant de partir prendre le train de 7h58. 
3 jours de réunion à Tourcoing. Dernière étape avant les vacances.
La salle de réunion a été sacrément mise en scène. On se croirait au comité central du parti communiste chinois.

Comme c’était à prévoir, la première réunion (« Quelle école pour demain ? ») est un total fiasco. Aucun projet n’est véritablement défini, chacun campe sur ses positions. Ca devient franchement ennuyeux et j’ai du mal à ne pas m’endormir. Mais pour me maintenir en éveil, il y a le fait que ma banque a mystérieusement égaré mon dossier de demande de crédit, que je dois reconstituer par téléphone et par fax pendant les pauses. SMS de soutien de ***. Ca me fait bien plaisir. 
A l’hôtel je travaille sur la note d’intention du dossier de l’AFAA et j’avance plutôt bien.

Aux sombres heures

Ca me rappelle le film de Taku Oshima, Kana-kana (The summer that never was), ce froid, cette grisaille alors que l’été devrait être là. Et si l’été s’en est allé, alors quoi ?
Et je ne sais pas non plus ce qu’est devenu Taku Oshima après ce très beau film. Rien trouvé en tapant son nom dans Google. Quelqu’un a-t-il de ses nouvelles ?

Fait hier après-midi les sous-titres de Communication 7, avec V.D., qui est venu donner son accord et corriger les cartons (une seule modification, mais importante). Puis rentré et un peu avancé sur les sous-titres anglais.

Besoin de partir prendre l’air. Sensation d’étouffement, de blocage et de presse. Angoisse devant le temps qui défile à toute allure. Ce matin une reine d’abeille s’est noyée dans mon bain. Je l’ai attrapeé dans un verre et l’ai jetée par la fenêtre mais je pense qu’elle était déjà morte. Impressionant la taille de cette bestiole. Rêvé de bestioles, d’ailleurs. Qu’est-ce que ça veut dire ? Allô docteur F.D. ? Besoin d’une interprétation matinale percutante.

http://www.imdb.com/name/nm0960011/