RETOUR DE LA LUMIÈRE

Nous étions allé boire un verre à L’Abordage, hier soir avec V. Un verre de rhum après quelques verres de vin rouge bus en dînant au Red House, juste avant. Steak tartare et mousse au chocolat.
Sur le chemin du retour, je tombe sur un pont levé que je dois contourner.

Ensuite, je m’endors rapidement en écoutant la radio.

Ce sont de vieilles émissions, qui passent la nuit sur France-Cul et c’est drôle comme les speakers font traîner les syllabes finales. 
Les syllaaaabes finaaaaales.
Le seul qui fait encore ça, c’est Finkielkraut.

Ce matin, calme. Quelques rendez-vous impromptus et travail sur un article.
Vers midi maffé et jus de gingembre à La Calebasse.

Étant donné que j’ai poussé une gueulante par écrit, à peu près tous les étudiants de troisième année sont là et à peu près à l’heure.

On termine tôt.

LA 103, SON JARDIN D’HIVER, SON JOUR DE SOUFFRANCE

Son jour de souffrance, mon jour de souffrance, nos jours de souffrance. De sous France.
Dunkerque, il fait beau.
Au moins, il fait beau.
Il n’y a pas grand-monde en cours ce matin.
D’abord personne, puis M., puis X., puis A.
Puis c’est tout.
Alors on fait des chansons.

Pour M., c’est une brute dans une cage sous la surveillance d’un sadique qui se venge et ça donne des coups sourds, une basse-drone et des raclements de métal.
Pour X., c’est une salade et on enregistre des sons de cuisine, dont on fait une rythmique.
Pour A., c’est un poème de Pouchkine, dont on fait de la country et on écoute des vendeurs aux enchères Amish, qui scattent comme des guimbardes folles.

Tout ça fait quatre heures.
Jour de souffrance.
Après c’est le menu 9 au Tokyo.
Toujours le menu 9.
Et le riz est toujours aussi mauvais.
Il faut que je trouve mes protéines ailleurs.

Ensuite, c’est corrections de la détection par X. de l’interview de C.B. puis un saut à la Plate-Forme pour voir Z.Y. et discuter avec elle au café de son projet de mémoire.
Il fait toujours beau.

Il fait toujours aussi beau, dans le coucher de soleil, en rentrant.
Toujours beau mais la nuit tombe.

Je termine d’écrire ça et je vais dîner en ville.
Je ne sais pas encore où mais ensuite j’irai boire un verre avec V.

Ce matin à cinq heures, quand je me réveille, un petit lutin m’attend dans le noir avec son peignoir de boxe à capuche pointue. C’est C., qui ne dort pas et reste près de moi jusqu’à mon départ à six heures dix, malgré mes remontrances et mes ordres d’aller se recoucher.

J’imagine son état à neuf heures du matin.
En fait non, je n’imagine pas.
On ne peut pas imaginer.

COMMENT ÇA VA DEPUIS VINGT SEPT ANS ?

Il y a vingt sept ans, lorsque, préparant le concours d’entrée à la FEMIS, j’ai pris contact avec lui et que je suis venu le photographier à l’aveugle dans son atelier de l’école des beaux-arts de Paris, C.B. devait avoir à peu près l’âge que j’ai aujourd’hui. 

Aujourd’hui, dans l’atelier, on se fait voir en Tasmanie. En vrai. En vidéo (mais sans le son).
On a le droit d’en douter, bien sûr. Il n’y a pas de preuve.
Pas de photographie du Bartlebooth morbide qui attend son cadavre.
Qui peut-être, on l’espère, perd son pari.
Et si c’était tout simplement mise en scène ?
Le doute est permis.
Le doute participe de.

À la faveur d’un entretien réclamé par X.J. pour un magazine de photographie chinois, nous sommes allés, avec Y., à Malakoff en début d’après-midi, rencontrer C.B. . Incroyablement pro. Très gentil, aimable et drôle mais glaçant de professionnalisme. Tout le discours est verrouillé, comme sur des roulettes. Ca rend obéissant. Et puis je suis discipliné: je pose mes questions chinoises.
J’avais eu envie de parler cuisine, de parler voyage, mais voir fonctionner l’organe de communication huilé se révèle fascinant et j’oublie tout.

Je repense à la fausse interview de Sophie Calle par Claude Closky, dans laquelle les questions sont des réponses de Sophie Calle à des interviews précédentes reformulées en questions si bien que les réponses supposées de Sophie Calle se bornent à des « oui » et des « non ».

Ce n’est pas qu’il n’est pas sincère. 
Il l’est. 
Il n’est pas autre chose que ce qu’il décide d’être et ainsi il est, donc, ayant décidé de n’être que cela mais de l’être absolument et en connaissance de cause.
Il semble savoir exactement ce qu’il est, ce qu’il en est, ce qu’il dit et ce qu’il fait. 
Et cela, c’est tout à la fois assez glaçant et absolument admirable.
Bien sûr, il y a la gentillesse, le bon sourire, le charme, les anecdotes (le baron de Palerme assigné en résidence par la maffia dans un grand hôtel sous peine de mort).

Il parle d’un très beau projet avec des trompettes sur des poteaux dressées face à la mer en Patagonie et dont la forme est calculée pour produire, avec le vent, un chant similaire à celui des baleines, avec lesquelles on se propose de converser parce qu’elle possèdent le secret cosmique primordial. 

Un réflexe de promotion incroyable en fin de bande: l’annonce d’une exposition à Shanghai en 2018 à la Power Station of art de Shanghai. 
Absolument idoine. 
On aimerait être comme cela. 
Avoir cet à-propos, posséder ce degré de préparation, cette économie de parole. 

Je repense à J-C.C. qui était un peu comme ça aussi (qui l’est encore, d’ailleurs, probablement). Avec ce même air d’ennui triste et gentil de qui a répété un million de fois la même chose, dans le même ordre, parce que tout simplement il a été décidé une bonne fois pour toute que telle était la ligne. 
Avoir une ligne, mon général. La séduction glacée de la ligne.

Bon, mais ça m’a fait drôlement plaisir quand même de boucler la boucle et les trompettes, les battements de cœurs au Japon, Bartlebooth qui regarde, tout ça est bel et bon.

Là-dessus on rentre tôt. 
Tout cela est bouclé dans un battement de cil. Il fallait aller vite. 
On sentait que le temps était compté. 
D’ailleurs j’ai oublié de faire le point et du coup j’ai du recourir à un effet de netteté qui donne à l’image une qualité un peu sale, celle d’une vidéo de surveillance, ce qui n’est pas plus mal. 

Ce soir, C. est très en demande d’Harry Potter. On télécharge mais soudain, les foies devant ce qui ressemble à un gros fantôme dans la forêt.

Y. est allée à un rendez-vous alors on dévore des gâteaux de riz au lard fumé avec des choux de Shanghai, on se choisit des chouettes programmes sur la brosse-à-dent (elle douceur-massage, moi blancheur-anti-tartre) et on va lire l’épisode où Ulysse se fait attacher sur le pont pour écouter les sirènes.

Demain Dunkerque.

MIROIRS AUX ENFANTS RONDS

Ce matin, après avoir déposé C. à l’école, je vais faire un peu de gym (circuit cardio minimal et spécial dos) puis je retourne voir Yourself and yours au Reflet Medicis.
Cette fois-ci j’ai un cahier sur les genoux et j’écris sans cesse.
Je prends en note la description de chaque plan et d’une partie des dialogues.

Je note, par exemple, les arrêts et départs de musique.
Elle entre avec le fondu d’ouverture, lent depuis le noir. 
Comme si l’ampoule du projecteur chauffait.
Comme si l’on venait juste d’allumer ce projecteur.
Le son est nettement sous-modulé.
Comme si l’on avait oublié de monter le son.
Comme si le fait que le film est commencé était mis en doute.
Les cartons sont un peu trop pixelisés pour être honnêtes.
On doute même des cartons.
L’arrangement musical est minimal. Ce sont des instruments MIDI.
La musique s’arrête sur l’ouverture de la porte de l’atelier par l’ami en short aux lunettes.
Short lunettes et t-shirts verts.
Enfant par le short, enfant par les grosses lunettes rondes, par le vert pomme pétard du t-shirt. Enfant au cube.

Dans la séquence qui suit, Youngsoo est dans son atelier. Il est peintre mais on ne voit pas ce qu’il peint. L’ami aux lunettes rondes est avec lui.

La manière dont l’ami aux lunettes rondes regarde Youngsoo, puis Minjung est un redoublement du spectateur et du directeur d’acteur.
Il est souvent au milieu de l’image pour regarder les autres et leur donne des indications minimales.

Comme un spectateur encourage un personnage ou s’énerve après lui.
Comme un metteur en scène dirige un acteur sans faire le travail à sa place.
Miroir pour nous. Miroir-enfant rond des enfants ronds que nous sommes.

Il est question de la mère du peintre, qui est sans doute en train de mourir.
L’on se dit que cela va être un thème majeur du film.
L’on se trompe.
Cette situation ne sert qu’à justifier le fait que Y. était absent (auprès de sa mère) tandis que sa fiancée, Minjung était restée en ville.
La référence à la mère mourante sert à éloigner M. de Y. (elle ne vient pas avec lui dans un moment pareil). 
« De toute façon vous n’allez pas vous marier » dit l’ami aux lunettes.
Et pourquoi pas ?
Vous n’allez pas bien ensemble. Tu n’as pas le chic avec les femmes.
Jusqu’au pot-aux-roses.
On l’a vu boire, au Goldstar et se disputer avec un type.
– Pas possible. Elle a arrêté. Je compte ses verres. Elle a droit à cinq verres.
– Tu comptes ses verres ?
– Oui, c’est nécessaire. L’alcool est dangereux.
– On l’a vue.
– Je lui demanderai.

Ensuite, c’est le soir.
Un autre type.
Coiffure de rocker.
Cheveux gris.
Sur un petit vélo pliable.
Enfant par son vélo. Enfant par sa coiffure. Son sourire aux yeux tombant. Droopy.
Il n’est pas agile, sur son vélo. Le vélo paraît trop petit.
Une femme l’interpelle, lui propose un verre, je ne sais quoi. Il refuse, il doit faire un tour. Il s’éloigne.

Il entre dans un bar.
Demande un « américano ».
Zoom avant.
Il a vu quelque chose. Quelqu’un.
C’est elle.
Minjung.
– Minjung ? – il fait.
– Pardon ? Elle répond. On se connaît ?
– Qu’est-ce que tu racontes, Minjung ?
– Pourquoi est-ce que vous m’appelez Minjung ? Qui est cette Minjung ?
– Arrête ton char.
– Je ne vous connais pas et je ne connais pas de Minjung.
– Vraiment ?
– Vraiment.

Emmerdé, le type sort, avec son vélo et son « américano » pour fumer à l’extérieur.

Il revient.
Elle rit. S’excuse.
– J’ai une sœur jumelle qui s’appelle Minjung. Excusez moi, mais on n’arrête pas de m’aborder en me prenant pour elle.

Ils partent ensemble.

Elle rentre seule.

Chaque séquence est un plan. Un seul plan.
Un continuum ponctué par des zooms et des panoramiques.
Il y a trente six séquences et donc trente six plans.
Trente six chandelles.
Avec des noirs, un peu, de temps en temps.
Deux ou trois fois.
Et puis les cartons.

Etc.

Je prends des notes pendant tout le film, en me servant du téléphone plaqué contre le cahier pour éclairer la pointe du stylo.
Lorsque la lumière se rallume, je m’aperçois qu’une femme derrière moi a aussi pris des notes mais nous ne nous parlons pas.

Après, je file chez R.B., qui a préparé de la soupe, du fromage et des pommes.
On mange un morceau en discutant puis j’ausculte ses Mac et répare ses problèmes de mails et de système. Ca nous prend tout l’après-midi. Il faut mettre à jour le système et les logiciels. On termine à la maison.
Ensuite, on va acheter des gnocchis avec C. et on se prépare à manger.

Dîner puis sept familles et brossage de dents.

J’ai dit à A., l’institutrice, que je viendrai demain matin à l’ouverture aux parents. C’est à neuf heures. 

Et maintenant un peu de lecture.

RÊVERIES DE TRAMADOL

J’avais mis le réveil à 7h00, dans l’intention d’aller faire un peu de sport ce matin, après avoir déposé C. à l’école et patatras, à peine ai-je roulé sur le côté que je comprends que ce n’était pas le jour. Torticolis et tout le haut du dos absolument bloqué.
Décontractant et Tramadol.

Je passe la journée entre des courses – à la recherche de « La vie impossible » de C.B., que je dois interviewer mardi pour le compte de J.X., et emplettes de protéines diverses – et des siestes méditatives provoquées par l’anti-douleur.
L’ankylose circule d’une épaule à l’autre, diffuse dans les bras.
Dans cet état chimique, les rêves ne parviennent pas à une consistance suffisante pour se solidifier en langage. C’est un état de rêverie sans rêves. Un dessin sans traits.
Proche, j’imagine, d’une ivresse d’opium. Il y a même une amorce de nausée – mais aussi j’avais bu du café – passagère, heureusement. 

J’essaye de me fixer sur des objets de réflexion mais rien ne tient et c’est donc ce rien que je considère. J’examine le rien et c’est plutôt rafraîchissant. 

Onglet, piment, alfalfa et pousses de roquette, fromage blanc, coriandre fraîche.

Quelques mails, John Dewey, lectures d’entretiens de C.B., jeux cognitifs, Sense 8 saison 2 mais j’ai du mal à m’y intéresser. J’ai du mal à m’intéresser à quoi que ce soit d’américain en ce moment. J’ai l’impression d’entendre s’entrechoquer de gros sabots.

Hier, dimanche, pluie et mixage avec P.G. Nous terminons les travaux pour l’exposition « Terra Data » vers 16h et je file à Montreuil pour une mini-AG extraordinaire où m’est accordé le droit de faire des trous dans les murs pour permettre le passage de conduits d’aération en vue de la climatisation du futur studio d’enregistrement. Halleluia. 

Je ne reviens pas forcément plus avant en arrière. Qu’il me suffise de dire qu’il y eut un samedi et qu’il y eut un dimanche.

En fin de journée, j’appelle C.B., comme prévu, et il est finalement décidé de reporter l’interview à mercredi 15h. 

Demain matin, je ne pense pas être encore en mesure d’aller faire de la gym, mais si je m’en sens capable, en tout cas, je ne serai pas loin puisqu’à 11h35 je me propose d’aller revoir le Hong Sang soo en prévision d’un article commandé par R.B. pour Trafic.

LES TEXTES SONT AU MONDE

D’abord – j’écris d’abord parce qu’il faut bien commencer par quelque chose mais tout cela est sans ordre, simultané, cyclique, récurrent – je conduis une voiture dans une agglomération en chantier. Des ruelles croisent des bretelles d’autoroute. La largeur des voies varie d’un extrême à l’autre, le sens de la circulation n’est jamais sûr et des chicanes apparaissent soudain. 

La situation se trouve compliquée du fait que, pour une raison oubliée, je n’ai pas vraiment la possibilité d’utiliser mes mains et qu’il me faut organiser les mouvements du véhicule en donnant de grands coups de rein. D’autre part, je n’ai pas accès aux pédales non plus et je n’ai pas souvenir d’un volant ou d’un quelconque accessoire dédié au pilotage. Et pourtant, je roule et, miraculeusement, personne n’est écrasé.

À un autre moment, je me promène dans cette ville, qui pourrait être Pékin, mais ce n’est pas Pékin, je sais que nous ne sommes pas en Chine, bien qu’à proximité de la Chine. Nous sommes en vue de la Chine, mais nous ne sommes pas en territoire chinois. Nous sommes un groupe de promeneurs et soudain un immeuble s’effondre. Un immeuble gigantesque. Si haut, large et lointain qu’il semble fait de vapeur. L’on dirait d’un nuage qui affecterait la forme d’un immeuble. Mais ce qui donne cette impression de nuage, c’est précisément le fait qu’il s’effondre, qu’il tombe en poussière.
Une poussière dense, lourde, massive, qui tombe sur nous depuis une hauteur impensable, une distance impossible à évaluer et nous nous abritons comme nous pouvons avant d’être submergés par le déluge de pierres et de béton pulvérisé.

Et pendant tout ce temps, dans un autre espace mental coextensif, je me trouve en villégiature dans une vieille demeure aux installations vétustes. C’est une maison qui devait être luxueuse au XVIIe siècle. Elle possède des secrets fabuleux. Tout un réseau hydraulique. Les murs contiennent du charbon pour le chauffage. Tous ces systèmes sont hors d’usage et fragilisent l’édifice.
Je suis en conversation avec un type d’une jeunesse, d’une beauté et d’une énergie formidables, qui me propose une sorte de jeu de piste, à travers une succession d’images, de phrases, de documents. Ca commence par un tableau représentant un groupe de jeunes femmes en costumes de religieuses. Ce pourraient être des nonnes ou tout simplement des jeunes femmes qui font leurs études dans un couvent. Je ne me souviens plus des images intermédiaires mais ce qui est important dans l’image, pour mon interlocuteur, ce sont les femmes. Il met cette image en rapport avec une phrase mystérieuse trouvée dans un des livres de la bibliothèque: « Il recherchait ce qui, ayant touché l’ombre, avait acquis l’expérience et le goût de l’onde. »

Mon interlocuteur se moque de moi qui n’ait pas compris que le goût de l’ombre, le contact de l’ombre font explicitement référence à la sexualité et que ce qui est recherché par le narrateur dudit texte ce sont des femmes nanties de cette expérience-là, dont il croit déceler un exemple parmi les jeunes femmes en costumes de bonnes sœurs du premier tableau.

Je réponds que les textes sont au monde. Qu’ils y sont pour une raison qui dépasse leurs auteurs et leurs lecteurs et possèdent une part essentielle et absolue de vérité qui – de même – échappe essentiellement à tous, même s’il est permis d’en apercevoir tel ou tel fragment, à la faveur d’un éclat de lumière, d’un malentendu, d’un hasard, d’un angle inattendu.

RENTRÉE DES CLASSES

Ca y est, je suis dans le train en partance pour Dunkerque à 7h46.
Me suis endormi comme une masse, avec mes deux Tramadol® et ce matin, réveillé comme une fleur vers 4h30. 
C. se réveille à 5h et reste debout jusqu’à mon départ vers 7h.
Impossible de faire en sorte qu’elle se recouche.
On prend notre petit déjeuner, on regarde des films, je prépare ma valise.
Le soleil se lève.
Il fait chaud dans le train.

TREMBLEZ MIROIRS

Damned, l’auberge de jeunesse était archi-complète.
Il faudra m’y prendre une semaine à l’avance désormais, on entre dans la mauvaise saison.
Du coup, je descends au B&B’s, qui coûte une fortune pour un confort certes supérieur mais qui ne vaut pas le quasi triplement du prix.

Bon. Too bad.
Il faut que j’en mette un coup sur le sound-design des deux films à rendre en début de semaine. Le confort et la bande passante sont donc les bienvenus.

Le cours de ce matin, un peu mou, à part M. toujours motivée dès qu’il y a de la musique dans l’air. D’une part, il y a toujours pratiquement une moitié d’étudiants absents – mais il y a des stages, des trucs, etc. – d’autre part, ceux qui sont là sont beaucoup en attente d’être divertis et peu en situation de proposer quoi que ce soit. Alors je m’ennuie un peu, c’est-à-dire que je fais le technicien de service et que je propose des trucs alors que je préfèrerais que ce soit eux. Mais bon, c’est normal. C’est pas grave. 

Feuilleton Fillon en mangeant mon menu n°3 au Tokyo.
Hahaha, j’ai envie de dire.
Si il se retirait, Macron aurait au moins une chance de faire un meilleur score que Le Pen. Ce serait moins honteux. Mais bref…
Du côté Trump, c’est maintenant Jeff Sessions qui va sauter, on dirait.
Chaque jour apporte son lot de plaisirs et de consolations.

Après midi, Y. et Y.
D’abord Y. avec des story boards de films poétiques, qu’il s’agit de mettre à l’épreuve du tournage et puis Y. avec une idée d’installation vidéo-projections et miroirs, qui, à mon avis, se scinde en deux projets, dont un réalisable pour la semaine prochaine (vernissage le 10) et l’autre pour dormir dessus un moment.
Mais je dis ça.

Et voilà, tout ça prend trois heures et demie.

C’est fou comme ça file quand on regarde des extraits de Tarkovski.

UNE JOURNÉE QUI COMMENCE BIEN

Alors que je monte sur le trottoir pour aller garer le velib’ avant de rejoindre P. à la Chaufferie ce matin vers 9h30, paf, voilà que la roue bute et ripe contre le trottoir, que le vélo dérape et que je tombe à plat sur le dos.
Sonné, mais apparemment indemne, je vais boire un café.
En attendant mon allongé, je sens une douleur monter au centre du dos.
Angoisse.

Je file à l’hôpital Lariboisière, qui n’est pas loin.
Presque pas d’attente. Je vois un médecin, qui me palpe. 
A priori, ce n’est rien. Petit trauma musculaire que l’on fera passer à l’aide d’antalgiques et de décontractants.
Par précaution, une radio est ordonnée. L’examen confirme qu’il n’ y a rien à signaler.
Je respire.

En revanche, au vu de ma scoliose, le médecin me prédit des souffrances à venir, probablement de l’arthrose lombaire, et m’engage à surveiller la chose de plus près.
Ca fait toujours plaisir.

Vers 11h45, je suis dehors et je passe chercher les médocs à la pharmacie.
Puis je monte au bureau et redescend avec P., qui a rendez-vous.
Je vais manger une soupe à la Pointe du Grouin.

Au boulot, sous Tramadol. Panama Papers.
Une somnolence légère est à prévoir.

RETOUR À PARIS

Les deux derniers jours sont occupés par la préparation de la restitution de fin de résidence.
Nous recevons un nouveau résident, L.G., qui fait des dessins avec d’incroyables détails microscopiques – que je suis trop bigleux pour distinguer à l’œil nu – et qui s’installe provisoirement dans le canapé du salon, jusqu’à notre départ ce matin.

Le calamar, là dans l’assiette, c’est au Rif Kebdani et c’est très bon mais j’ai hâte de retrouver une paix intestinale, de ne plus manger de pain ni rien à base de blé pendant quelques temps, de manger du riz, des légumes et des travers de porc.

L’arrivée de L. nous donne l’occasion de faire la rencontre de O. et I. qui s’occupent de plusieurs galeries d’art à Tanger. Nous les retrouvons à la salle Beckett samedi à 19h30 pour la restitution et la salle n’est pas tout à fait vide. Il y a une dizaine de personnes et pas mal de gens que nous ne connaissons pas. Cela donne un enjeu, une tension théâtrale à cette présentation. Il y a un beau moment lorsque H. dépose des épices dans un plat au bord de la scène et que je fais voler le drone au-dessus des épices pour que le vent provoqué par la rotation des hélices les propage vers le public, tandis que H. joue des nappes sonores harmonisées en Ré, qui est la fréquence fondamentale de la vibration des hélices du drone. 
Je perds presque les commandes du drone, dont les palpeurs paniquent devant le trou que constitue la salle devant la scène. Le drone a le vertige et j’ai du mal à ne pas l’envoyer dans l’écran.

Les images bleues, les fuseaux horaires et le texte sur la soupe touchent le public et nourrissent l’échange qui s’ensuit. On rentre dans la théorie musicale, les gammes, les modes, la monodies et la polyphonie, etc. La restitution et l’échange avec le public nous permettent de réévaluer tout d’un coup l’ensemble des projets menés, d’en concevoir de nouveaux. C’est une parenthèse qui se ferme, une étape que l’on dépasse et c’est un heureux moment, plein de promesses.

L’autre jour – jeudi je crois – un peu à plat, je regardais par la fenêtre de ma chambre le mur sans intérêt particulier qui me faisait face. Un mur blême percé d’une fenêtre banale. Et je me disais que chacun des gestes nécessaires à l’édification de ce mur, à la percée de cette fenêtre avaient coûté des efforts à des hommes et que j’étais là à faire la sieste et à ne produire, à cet instant, aucun effort. Et je pensais aux milliards de gestes semblables, aboutissant à l’édification de milliards de murs et de fenêtres, somptueux ou sordides, magnifiques ou ratés.
Quel vertige.

Et je ne parle pas des 39 années lumières qui nous séparent des fameuses sept exo-planètes découvertes par la NASA. 39 années de voyage à 360000 km/s qu’est-ce que ça représente de techniquement concevable à notre échelle ? 

Bref, je me dis qu’il faut poser sa brique. Si modeste soit-elle. Si fragile soit le mur. La fenêtre. Et je crois que, malgré tout, on a réussi a poser une première pierre et là, je suis content. 

Cette nuit, je rêve que je quitte une jeune femme qui m’impose d’accorder ma guitare d’une manière qui me contraint, ne me convient pas et me met en colère. Et puis elle a fait un trou à mon pull au milieu de la poitrine. Ca ne la dérange d’ailleurs pas trop que je m’en aille. Il me semble qu’elle n’attend que ça. C’est qu’il est temps de partir, en effet.
Mais pour revenir, sans doute.
Pour revenir, certainement.

Quelques mails et puis au lit avec John Dewey.
Bonsoir Paris.

LA RONDE DES NUQUES PLISSÉES

À 9h07 ce matin, l’horloge du Lycée Français indique, comme il se doit, 13h05.
Sans doute parce que nous sommes vendredi ?
Devant l’hôtel Chellah, un bus en stationnement.
Des adolescents tiennent les murs et se battent gentiment au milieu de la chaussée.
Les chauffeurs de taxi, philosophes, attendent patiemment que la situation se dégage.

Le ciel est gris. Il fait frais (15°C et 11°C ressentis).
Nous décidons d’aller prendre le déjeuner à la même petite échoppe voisine de l’Institut Français. 
Même petit-déjeuner mais le tarif a varié (l’on passe de 90 DH à 78 DH pour l’ensemble).
Nous ne cherchons pas à comprendre.

Rêvé d’un tueur qui me poursuivait.
Il faut dire qu’hier soir nous sommes retournés au Saveur du Poisson, d’où une digestion lente.
Aujourd’hui, il nous faut fixer les éléments de la restitution qui aura lieu demain à 19h30 à l’Espace Beckett. Il nous faut également décider si, oui ou non, nous nous produirons ce soir sur la scène ouverte du Tabadoul et, si oui, pour y faire quoi.

En attendant on dévisage les têtes rondes, les nuques plissées qui, selon R. , annoncent les repris de justices ou les « visages de prison », comme dit K.

Hier, journée transitoire.
H. travaille sur un dossier d’appel d’offre à rendre d’urgence. 
Je somnole et travaille la gamme harmonique mineure en mode phrygien majeur.
Elle se compose des intervalles suivants: 1 H WH H W H W.

J’en tire une musique pour rythmer le pas des chameaux.

Il est question de retrouver A.M. à la Cinémathèque pour le ciné-apéro mais il faut attendre la fin du film, qui dure 2h08 et nous sortons ronds comme des visages de prisons du Saveur et décidons, devant l’absence de table libre à la Cinémathèque, de rentrer à la maison.

En rentrant, H. fabrique un hymne Tarahumaras en utilisant la caisse de la guitare comme résonateur. Je ne fais pas de vieux os et suis au lit à 23h30.

Je décide de désactiver pour de bon mon compte Facebook et de ne garder que la page d’artiste.

Ce matin, en prenant le petit déjeuner, je me dis que nous devrions consacrer une part de notre temps à des activités graphiques. Dessin et peinture. 

D’une manière générale, plus le temps est prédit, organisé, moins les plages de liberté sont grandes et moins je ressens d’angoisse. J’ai donc intérêt à organiser davantage, à remplir davantage les cases et à me tenir à des règles plus strictes.